La lettre de Laurent Joffrin…………………..(19/09/2017)

La lettre de Laurent Joffrin.......................(19/09/2017) dans Politique cleardot
Libération 18 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Macron, le neuf, le vieux

Décidément le nouveau monde est en marche. Les députés macronistes se réunissent deux jours dans le but de se connaître mieux et de coordonner leur action au Parlement. Ces quelque 300 élus, souvent neufs en politique, n’ont pas eu le temps pendant un été très actif, de repérer qui était qui dans cette Assemblée nationale massivement renouvelée. On appelait jadis ce genre de rencontre des «journées parlementaires». Du passé faisons table rase ! Les députés d’En marche se réunissent en «séminaire», ce qui n’a rien à voir.

Fidèles à leur culture managériale, ils ont confié l’organisation de leur jamboree à une boîte de «coworking» (autrement dit de «travail en groupe», mais «coworking» est plus chic…), appelée Up and Co (en vieux français : «En haut et Ensemble»). Certes, on a évité le week-end de «team-building» («instauration d’un esprit d’équipe», dans l’ancien monde) avec descente de rapides en canoë, escalade dans la forêt de Fontainebleau et guitare autour d’un feu de camp. Mais on travaillera en «small units» – «en petits groupes» – de manière à créer auprès des nouveaux élus un «effet wahoo» – un enthousiasme collectif – propre à motiver les fantassins de la révolution en cours. Au menu : mieux spécialiser par sujet les parlementaires néophytes de manière à résister aux objections techniques que peuvent leur opposer les élus plus expérimentés, apprendre à répondre au tac au tac aux interpellations en séance ou en commission, s’organiser pour assurer une présence continue des hommes et femmes du président dans les médias, garder le contact avec les «helpers» – les adhérents – qui pourraient considérer qu’une fois élus, les représentants du mouvement se coupent de la vraie vie.

On mesure facilement le caractère inédit («innovant», dans le nouveau monde) de l’exercice. Les élus LREM veulent se professionnaliser en politique, rationaliser leur travail au Parlement, répondre coup pour coup à l’opposition en développant leurs capacités oratoires et leur connaissance des dossiers, utiliser mieux les moyens d’information pour défendre l’action du gouvernement, maintenir des liens étroits avec les militants. Bref se mettre en ordre de bataille pour mieux soutenir et nourrir les mesures prévues par le président de la République et peser sur l’opinion en affinant et en démultipliant leur discours. Dans l’ancien monde – mais on hésite à l’écrire – il existait un mot pour désigner ce genre d’organisation, un mot maladroit et ringard à souhait : un parti politique.

Et aussi

Pierre Laurent se rebiffe. Martyrisé depuis de longs mois par La France insoumise, le chef de file du Parti communiste a pris la mouche. Son discours à la Fête de l’Humanité, d’abord dirigé contre la politique d’Emmanuel Macron, s’est également attaqué à l’attitude, à ses yeux agressive et méprisante, des mélenchonistes à son égard. Il a aussi appelé à l’unité de la gauche. Il a raison, à coup sûr : divisée, l’opposition n’a aucune chance de peser vraiment sur la politique du gouvernement. Mais son appel sonne un peu creux : le vrai but de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas de s’allier avec le PCF (pas plus qu’avec le PS d’ailleurs) mais de les détruire.

• La protestation contre la loi travail commence à s’étendre. Plusieurs catégories, plusieurs syndicats, ou bien, à l’intérieur du même syndicat, plusieurs fédérations, se joignent au mouvement. Seulement voilà : chacun veut manifester de son côté. C’est une convergence dans la désunion, ou bien une union dans la divergence. L’énumération des actions prévues (manifestations, journées d’action, débrayages, etc.) tourne même au ridicule. Chacune émanant d’un groupe différent, des actions auront lieu le 18 (aujourd’hui), le 21, le 23, le 25, le 28 septembre, le 3 et le 10 octobre. Soit sept protestations séparées. Suggestion utile pour venir en aide à ce mouvement unitaire d’un genre nouveau, c’est-à-dire complètement éclaté : avant le 10 octobre, il reste encore une douzaine de dates libres. Pour sauvegarder l’indépendance de chacun, il serait bon de nommer une commission arbitrale qui attribuerait les jours vacants à ceux qui les rejoindront, à la manière dont la Haute Autorité des communications attribue les fréquences libres. Ainsi, la contestation de la loi Pénicaud serait assurée de se manifester en ordre harmonieusement dispersé.

Laurent Joffrin
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Terrorisme…………………..(19/09/2017)

Publié dans : TERRORISME | le 19 septembre, 2017 |Pas de Commentaires »

Tribune………………(19/09/2017)

Comment contester les ordonnances ?

Par Christophe Ramaux, économiste à Paris-I, membre des Economistes atterrés — 18 septembre 2017 à 17:06 (mis à jour à 18:34)
A Paris, lors de la manifestation du 12 septembre.Zoom
A Paris, lors de la manifestation du 12 septembre. Photo Albert Facelly

Ces réformes minent les fondements de notre société, à 90% salariale, et le salariat est synonyme de démocratie.

Ces ordonnances, destinées à réformer le droit du travail, supputent que la flexibilité favorisera l’emploi. C’est oublier que les entreprises disposent déjà de souplesses (emplois temporaires, etc.). Loin des milliers d’emplois promis, presqu’aucune n’a utilisé les accords Fillon de 2004 et ceux de maintien dans l’emploi, introduits en 2013. C’est oublier qu’une entreprise embauche pour produire, et ne produit davantage que si elle espère vendre plus. Or, c’est la politique économique qui détermine la demande globale. Le gouvernement se décharge de ses responsabilités sur les entreprises. Le plus grave est sans doute ici : par cet acte I – couplé à une nouvelle cure d’austérité budgétaire – il tourne le dos aux priorités pour relancer l’emploi : engager la reconstruction pour les besoins sociaux et écologiques, remettre en cause le pouvoir de la finance, le libre-échange, les politiques d’austérité, les inégalités qui – l’OCDE le reconnaît – étouffent l’activité.

Les ordonnances détruiront des emplois. En facilitant les licenciements d’abord. Grâce à son régime plus strict, l’Allemagne n’a pas réduit l’emploi en 2009. En favorisant un surcroît d’austérité salariale ensuite. Les seuls accords visés par les ordonnances sont ceux de moins-disant social, les entreprises ayant toujours eu la possibilité – c’est l’essence du principe de faveur – d’accorder plus à leurs salariés. Prime d’ancienneté ou 13e mois prévus par accord de branche pourront être supprimés. Au dumping social externe, par le libre-échange et les travailleurs détachés, s’ajoutera le dumping social interne. Avec ce souci : nous vivons dans des sociétés salariales. Près de 90 % des emplois sont salariés. Ce sont les salaires qui portent l’essentiel de la consommation (80 % des débouchés), l’investissement (20 %) en dépendant beaucoup.

Les PME pourront établir des accords en contournant les délégués syndicaux. Un cadeau empoisonné à y bien réfléchir. Elles sont souvent en situation de sous-traitance avec de grands groupes, lesquels exigeront qu’elles mobilisent ces «nouvelles souplesses» pour comprimer leur prix. Nouvel oubli : le droit du travail a été conçu pour protéger la partie faible, le salarié, et aussi comme «loi de la profession», pour empêcher le dumping social entre entreprises.

Le patronat le plus autocrate est encouragé. Nulle trace dans les ordonnances d’une plus grande place pour les salariés. La fusion des instances du personnel réduit leur capacité d’action. Le recours aux experts est raboté : l’instance unique devra financer certaines missions à hauteur de 20 % et sera d’autant plus découragée à le faire qu’est introduite la fongibilité des parts sociale et économique de son budget (il y aura à choisir entre arbre de Noël et expertise). En Allemagne, le conseil de surveillance (qui nomme le directoire de l’entreprise) est composé pour moitié de représentants des salariés dans les entreprises de plus de 2 000 salariés (un tiers dans les plus de 500) et les CE sont possibles dès 5 salariés. Cette codétermination, à l’instar de la cogestion suédoise, favorise la coopération, l’investissement dans la qualification et la productivité.

Le travail suppose un engagement de la personne, on travaille mieux quand on a le sentiment d’être bien traité et la coopération suppose de la sécurité. Ces leçons de bonne gestion sont balayées au profit de l’adaptation sans fin aux exigences de la finance. En symbiose avec elle, est promue l’«entreprise liquide» avec des salariés jetables. Est niée l’entreprise pour ce qu’elle doit être : une institution collective, sociale, dont la vocation pour produire est de mobiliser un collectif de travail. Un financier achète et revend des titres le jour même, mais on n’achète pas des machines, on n’embauche pas des salariés, pour s’en débarrasser ainsi. Logiques financière et d’entreprise sont antithétiques comme le soulignait Keynes.

Contester au fond les ordonnances suppose d’articuler deux registres. Celui traditionnel de la lutte des classes (il y a bien régression pour les salariés), mais aussi celui de la démocratie. Celle-ci a un volet libéral (liberté de penser, de s’associer, de contracter), et un qui ne l’est pas, le primat du suffrage universel, de la loi, de l’Etat, l’intérêt général, n’en déplaise aux libéraux, n’étant pas réductible au jeu des intérêts particuliers. Ce qui vaut pour un pays vaut pour l’entreprise. Celle-ci ne se réduit pas aux actionnaires qui souvent la connaissent peu (les grands fonds ont des participations très minoritaires dans des milliers d’entreprises). Il existe, par-delà les conflits qui la traversent, un intérêt général de l’entreprise, qu’il importe de porter contre la vision libérale.

Aller au fond, c’est admettre que le salariat est émancipation avant d’être exploitation. Le code du travail a institué le statut salarié contre celui de «louage d’ouvrage», par lequel les ouvriers s’auto-exploitaient (au XIXe siècle, les prud’hommes opposent souvent les ouvriers entre eux). Le salariat libère le travailleur du tâcheronnage, du marchandage, il l’inscrit dans un collectif de travail, l’entreprise. Il y a bien lieu de le défendre face à l’asservissement ubérisé. Aller au fond, c’est défendre l’Etat social, avec le droit du travail, et la protection sociale, les services publics. Puissions-nous donc éviter le tête-à-queue observé contre la loi El Khomri, où un mouvement de défense de la loi, contre le primat des accords d’entreprise, s’est parfois rapetissé en happening libertaire contre l’Etat.

Christophe Ramaux économiste à Paris-I, membre des Economistes atterrés

Liberation.fr
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Terrorisme (encore)…………………..(18/09/2017)

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La lettre de Laurent Joffrin…………………(18/09/2017)

La lettre de Laurent Joffrin.....................(18/09/2017) dans Politique cleardot
Libération 18 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Macron, le neuf, le vieux

Décidément le nouveau monde est en marche. Les députés macronistes se réunissent deux jours dans le but de se connaître mieux et de coordonner leur action au Parlement. Ces quelque 300 élus, souvent neufs en politique, n’ont pas eu le temps pendant un été très actif, de repérer qui était qui dans cette Assemblée nationale massivement renouvelée. On appelait jadis ce genre de rencontre des «journées parlementaires». Du passé faisons table rase ! Les députés d’En marche se réunissent en «séminaire», ce qui n’a rien à voir.

Fidèles à leur culture managériale, ils ont confié l’organisation de leur jamboree à une boîte de «coworking» (autrement dit de «travail en groupe», mais «coworking» est plus chic…), appelée Up and Co (en vieux français : «En haut et Ensemble»). Certes, on a évité le week-end de «team-building» («instauration d’un esprit d’équipe», dans l’ancien monde) avec descente de rapides en canoë, escalade dans la forêt de Fontainebleau et guitare autour d’un feu de camp. Mais on travaillera en «small units» – «en petits groupes» – de manière à créer auprès des nouveaux élus un «effet wahoo» – un enthousiasme collectif – propre à motiver les fantassins de la révolution en cours. Au menu : mieux spécialiser par sujet les parlementaires néophytes de manière à résister aux objections techniques que peuvent leur opposer les élus plus expérimentés, apprendre à répondre au tac au tac aux interpellations en séance ou en commission, s’organiser pour assurer une présence continue des hommes et femmes du président dans les médias, garder le contact avec les «helpers» – les adhérents – qui pourraient considérer qu’une fois élus, les représentants du mouvement se coupent de la vraie vie.

On mesure facilement le caractère inédit («innovant», dans le nouveau monde) de l’exercice. Les élus LREM veulent se professionnaliser en politique, rationaliser leur travail au Parlement, répondre coup pour coup à l’opposition en développant leurs capacités oratoires et leur connaissance des dossiers, utiliser mieux les moyens d’information pour défendre l’action du gouvernement, maintenir des liens étroits avec les militants. Bref se mettre en ordre de bataille pour mieux soutenir et nourrir les mesures prévues par le président de la République et peser sur l’opinion en affinant et en démultipliant leur discours. Dans l’ancien monde – mais on hésite à l’écrire – il existait un mot pour désigner ce genre d’organisation, un mot maladroit et ringard à souhait : un parti politique.

Et aussi

Pierre Laurent se rebiffe. Martyrisé depuis de longs mois par La France insoumise, le chef de file du Parti communiste a pris la mouche. Son discours à la Fête de l’Humanité, d’abord dirigé contre la politique d’Emmanuel Macron, s’est également attaqué à l’attitude, à ses yeux agressive et méprisante, des mélenchonistes à son égard. Il a aussi appelé à l’unité de la gauche. Il a raison, à coup sûr : divisée, l’opposition n’a aucune chance de peser vraiment sur la politique du gouvernement. Mais son appel sonne un peu creux : le vrai but de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas de s’allier avec le PCF (pas plus qu’avec le PS d’ailleurs) mais de les détruire.

• La protestation contre la loi travail commence à s’étendre. Plusieurs catégories, plusieurs syndicats, ou bien, à l’intérieur du même syndicat, plusieurs fédérations, se joignent au mouvement. Seulement voilà : chacun veut manifester de son côté. C’est une convergence dans la désunion, ou bien une union dans la divergence. L’énumération des actions prévues (manifestations, journées d’action, débrayages, etc.) tourne même au ridicule. Chacune émanant d’un groupe différent, des actions auront lieu le 18 (aujourd’hui), le 21, le 23, le 25, le 28 septembre, le 3 et le 10 octobre. Soit sept protestations séparées. Suggestion utile pour venir en aide à ce mouvement unitaire d’un genre nouveau, c’est-à-dire complètement éclaté : avant le 10 octobre, il reste encore une douzaine de dates libres. Pour sauvegarder l’indépendance de chacun, il serait bon de nommer une commission arbitrale qui attribuerait les jours vacants à ceux qui les rejoindront, à la manière dont la Haute Autorité des communications attribue les fréquences libres. Ainsi, la contestation de la loi Pénicaud serait assurée de se manifester en ordre harmonieusement dispersé.

Laurent Joffrin
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Merci Nadine…………………………….(18/09/2017)

Merci Nadine..................................(18/09/2017) dans INFORMATION
Nadine
18 septembre, 05:36
BILLET DE LA SEMAINE
Du Lundi 18 septembre au dimanche 24 septembre 2017

18 septembre 1981
La France abolit la peine de mort

Le 18 septembre 1981, à Paris, l’Assemblée nationale vote la loi d’abolition de la peine de mort présentée par le garde des Sceaux, Robert Badinter, 53 ans.
369 députés votent en sa faveur et 113 s’y opposent. Cette initiative met la France au diapason des autres pays d’Europe occidentale. C’est la principale mesure qui reste des deux septennats du président François Mitterrand.
Un long chemin
Dès la fin du XVIIIe siècle, la peine de mort fait l’objet d’une contestation courageuse. Elle vient d’un jeune marquis italien, admirateur de Montesquieu, Cesare Beccaria. Dans un opuscule publié sous le manteau en 1764, Des délits et des peines, il écrit : « L’État n’a pas le droit d’enlever la vie. La peine de mort est une survivance de rigueurs antiques et un anachronisme dans une société policée. Elle n’est pas seulement inutile parce que sa valeur d’exemple est nulle, elle est aussi nuisible ».
Sa protestation est relayée par Voltaire et même par Robespierre (qui changera assez vite d’avis).
La Révolution française accomplit un pas décisif vers la modulation des peines en introduisant la privation de liberté, autrement dit laprison.
Jusque-là en effet, dans tous les pays du monde, l’incarcération était réservée aux prévenus en attente de jugement. Les délinquants et criminels étaient sanctionnés soit par une amende, soit par une peine infamante (bannissement, fers, carcan ou pilori), soit par une mutilation, soit enfin par la peine de mort. Le code de procédure pénale voté par l’Assemblée législative en 1791 ajoute à cet éventail de peines la prison, avec une durée variable selon le délit ou le crime. Il va dès lors devenir possible de réserver la peine capitale aux crimes les plus graves…
Après la chute de l’Empire, François Guizot relance le combat en faveur de l’abolition de la peine de mort et échoue de peu à faire voter une loi dans ce sens. Le jeune poète Victor Hugo publie en 1829 Le Dernier Jour d’un Condamné (il s’agit du récit des derniers moments d’un jeune condamné, par lui-même).
Les pays nordiques sont les premiers à délaisser la peine de mort. La Finlande entame le mouvement dès 1826, suivie par la Norvège en 1875, le Danemark en 1892, la Suède en 1910. Les Pays-Bas l’abolissent en 1850. Née en 1830, la Belgique applique la peine de mort avec réticence, le roi usant généralement de son droit de grâce. La peine capitale est systémariquement commuée en détention à perpétuité à partir de 1950 et officiellement abolie en 1996. La Suisse entame le processus d’abolition en 1874. Plus surprenant, le Portugal l’abolit en 1867 et l’Italie en 1890 (Mussolini la rétablira brièvement). Parmi les tard venus à l’abolition figure l’Allemagne (1949).
France : essais successifs
En France, après la vaine tentative de Guizot, le républicain Jules Simon tente une nouvelle fois en 1870 de faire passer l’abolition.
Au tournant du siècle, les présidents de la République Émile Loubet (1898-1906) et Armand Fallières (1906-1913) usent systématiquement de leur droit de grâce, en résistant avec courage à la pression de l’opinion publique. Le garde des sceaux Aristide Briand veut transformer l’essai en faisant passer une simple loi : « La peine de mort est abolie », mais l’opposition se déchaîne !
En 1939, le gouvernement interdit les exécutions publiques. Celles-ci auront désormais lieu dans la cour des prisons. Mais dès lors, pendant l’Occupation, on ne rechignera plus à exécuter des femmes, ce qui n’était plus arrivé depuis 1906… Et à la Libération, la peine de mort n’est plus limitée à des crimes de sang mais étendue à des vols à main armée.
La guillotine revient en force pendant la guerre d’Algérie. Cela dit, on compte ensuite de moins en moins d’exécutions et, en 1970, année sans exécution, le sombre rituel paraît voué à tomber en désuétude. Mais l’exécution de Buffet et de son complice Bontemps, le 28 avril 1972, anéantit les espoirs des abolitionnistes, parmi lesquels maître Badinter, avocat de Bontemps.
Le 10 mars 1976, une nouvelle condamnation envoie à l’échafaud Christian Ranucci, un jeune homme de 20 ans accusé du meurtre d’un enfant. Christian Ranucci se voit refuser sa grâce par le président Valéry Giscard d’Estaing, sous la pression croissante de la fraction conservatrice de son camp. Mitterrand va faire du thème de l’abolition le marqueur de sa campagne de 1981 et même de son double septennat…
La peine de mort dans le monde
La peine de mort a été unanimement répudiée par les États européens et le Canada ainsi que de nombreux États latino-américains et plusieurs États d’Afrique subsaharienne et d’Océanie. La Russie ou encore l’Algérie ont instauré un moratoire sur son application…
Au total, en 2009, 140 des 192 membres de l’ONU ont aboli ou suspendu la peine de mort, ou bien ne l’appliquent qu’à des cas très particuliers (crimes contre l’humanité en Israël, crimes militaires…). Mais ces pays ne rassemblent que 40% de la population mondiale et constituent la fraction la moins dynamique de la planète !
Mais l’essentiel de l’Asie et les pays les plus peuplés du monde (Chine, Inde, Indonésie, États-Unis, Pakistan, Japon, Bangladesh, Nigéria, Égypte etc) continuent d’appliquer la peine de mort sans guère d’état d’âme.
Par ailleurs, au vu des barbares « exécutions » mises en scène par les islamo-terroristes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la peine de mort est en passe de devenir, comme la condamnation du blasphème, une marque de différenciation entre l’Occident chrétien et ceux qui le combattent.

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BILLET DE LA SEMAINE
Du Lundi 18 septembre au dimanche 24 septembre 2017

18 septembre 1981
La Franc…

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Code du Travail…ce qu’il en reste……………(18/09/2017)

Sondage

Réforme du code du travail: 60% des Français craignent une hausse de la précarité des salariés

Par Luc Peillon , Lilian Alemagna et BIG — 17 septembre 2017 à 20:46
Sondage ViaVoice : l'image du gouvernement (infographie BiG)Zoom
Sondage ViaVoice : l’image du gouvernement (infographie BiG) BiG

Selon un sondage Viavoice pour «Libération», 53 % des Français estiment que la politique de l’exécutif bénéficie aux plus aisés. Néanmoins le soutien aux manifs à venir reste minoritaire.

  • Réforme du code du travail: 60% des Français craignent une hausse de la précarité des salariés

Les premières limites du «en même temps». Après un été où le chef de l’Etat a connu une chute historique dans les enquêtes d’opinion, les Français jugent sévèrement les premiers pas de la présidence Macron. Sur la forme mais aussi sur le fond de sa politique économique et sociale.

Selon notre sondage Viavoice, le gouvernement va devoir, à dix jours de la présentation de ses choix budgétaires pour le quinquennat, et alors que le bras de fer dans la rue sur le code du travail ne fait que commencer (lire ci-contre), cravacher pour expliquer que sa politique s’adresse «à tous les Français». Certes, les personnes interrogées sont très partagées sur les soutiens aux manifestations, mais les erreurs de l’été ont infusé. Résultat, souligne Aurélien Preud’homme, directeur des études politiques à Viavoice : la «politique économique [est] perçue comme essentiellement à destination des plus aisés» et la «réforme du droit du travail […] comme favorisant les licenciements et la précarité». Une étude pas vraiment rassurante pour l’exécutif.

Sondage ViaVoice : le code du travail (infographie BiG)

Une Réforme qui ne convainc pas

Rare concession faite par les Français au gouvernement dans son argumentaire sur la refonte du code du travail : «le droit du travail a un impact négatif sur l’emploi», estiment 58 % des sondés. Et encore, ce chiffre est en baisse de cinq points depuis septembre 2015. Pour le reste, le sentiment sur ce texte phare du début de quinquennat est plutôt négatif. Non, les ordonnances Pénicaud «n’aideront pas les grandes entreprises à créer des emplois», estiment la moitié des personnes interrogées, contre 37 % qui pensent l’inverse. Pour 52 % des sondés, elles ne favoriseront pas, non plus, le dialogue social (contre 36 % de oui).

Plus des deux tiers (68 %) estiment en revanche que la réforme favorisera les licenciements, et 65 % considèrent qu’elle affaiblira le rôle des syndicats. Pour 60 % des sondés, la réforme du code du travail va «accroître la précarité des salariés». Seul effet éventuellement bénéfique, pour une petite majorité des Français (45 %) : les ordonnances aideront les TPE/PME à créer des emplois (41 % pensent le contraire).

Liberation.fr

Publié dans : SONDAGES | le 18 septembre, 2017 |Pas de Commentaires »

Enfin ! (17/09/2017)

Publié dans : Médias | le 17 septembre, 2017 |Pas de Commentaires »

L’édito de Laurent Joffrin………………(16/09/2017)

édito

Néonazis : rhétorique

Par Laurent Joffrin — 15 septembre 2017 à 20:16
Alexander Gauland, leader d'Alternative pour l'Allemagne (AfD), a vanté les mérites de la Wehrmacht.Zoom
Alexander Gauland, leader d’Alternative pour l’Allemagne (AfD), a vanté les mérites de la Wehrmacht. Photo Odd Andersen. AFP

ÉditoCe n’est pas une tendance, une «montée», encore moins une résurrection. Mais c’est une notation d’atmosphère, une marque d’ambiance, bientôt un signe des temps. Dans de nombreux pays, en Europe mais aussi aux Etats-Unis, les mouvements néonazis, jusque-là voués à l’obscurité groupusculaire, font de plus en plus parler d’eux. A la marge des formations d’extrême droite qui, elles, progressent un peu partout, leurs militants apparaissent de plus en plus souvent prodigues en formules racistes, en symbolique provocatrice et en violences circonscrites mais bien réelles. Si bien que plus de soixante-dix ans après la chute du IIIe Reich et en dépit d’une pédagogie insistante de l’histoire et de la mémoire, les arrière-petits-enfants du Führer ont de nouveau pignon sur rue, ou du moins sur Toile. Comment ne pas mettre cette étrange résurgence en lien avec le retour en force de l’intolérance identitaire et de la rhétorique de la nation ? Non pour pratiquer un simpliste et douteux amalgame. La plupart des thuriféraires de la nation condamnent évidemment toute référence à l’ordre hitlérien. A tort ou à raison, ils estiment que c’est aussi la perspective d’un effacement des identités nationales, réelle ou supposée, qui alimente le discours extrémiste. Historiquement, le souverainisme gaulliste, par exemple, a gagné sa légitimité en combattant au premier rang contre le nazisme. Nulle continuité inexorable entre patriotisme, nationalisme et extrémisme raciste. Mais cela ne dispense pas de réfléchir à une question dérangeante : en remettant au sommet de l’échelle des valeurs la logique des racines, des origines culturelles, du mélange impossible entre traditions différentes, on finit par déprécier l’universalisme et les droits de l’homme. Et l’on risque d’éroder à terme les défenses démocratiques qui s’opposent à l’extrémisme.

Laurent Joffrin

Liberation.fr
Publié dans : Non classé | le 16 septembre, 2017 |Pas de Commentaires »

Attention, danger………………………….(16/09/2017)

Enquête

Les néonazis redonnent du brun à moudre

Par Guillaume Gendron , Mathieu Ait Lachkar et Ariane Debernardi — 15 septembre 2017 à 20:16
Le leader grec d’Aube dorée, Nikólaos Michaloliákos, en 2012.Zoom
Le leader grec d’Aube dorée, Nikólaos Michaloliákos, en 2012. Photo Louisa Gouliamak. AFP

Les nostalgiques d’Adolf Hitler sortent de plus en plus de l’ombre, lors de rassemblements spectaculaires, comme aux Etats-Unis, ou dans la vie politique, en Slovaquie ou en Grèce. Une résurgence largement alimentée sur Internet.

Voilà comment tombe un tabou : début septembre, lors d’un meeting de l’AfD (parti d’extrême droite antimigrants), un dirigeant politique allemand a réclamé le «droit d’être fier des performances» de l’armée nazie entre 1939 et 1945. Une déclaration publique inouïe, révélée dans une vidéo jeudi soir (lire ci-contre), alors même que le parquet de Munich, après deux ans de procédure, venait de requérir mardi la réclusion criminelle à perpétuité contre Beate Zschäpe, seule survivante d’un trio néonazi responsable d’une série d’assassinats racistes visant des immigrés turcs. Les auteurs de ce que la presse allemande a surnommé «die Dönermorde» (les «meurtres des kebabs») étaient membres du Nationalsozialistischer Untergrund («parti national-socialiste souterrain») et avaient ensanglanté sept villes allemandes, en commençant par la ô combien symbolique Nuremberg. Mi-août déjà, la justice allemande avait ouvert une enquête sur une soirée nazie (au programme : saluts hitlériens, foot avec une tête de porc et hard rock facho) organisée sur un champ de tir par des soldats des forces spéciales. A Berlin, 500 nostalgiques du IIIe Reich étaient de sortie, toujours mi-août, pour célébrer le trentième anniversaire de la mort de Rudolf Hess, grand camarade de Hitler.

Début septembre, en Angleterre cette fois : dans les environs de Birmingham, la police arrêtait, en vertu de la loi antiterroriste, quatre soldats suspectés d’être membres de l’organisation néonazie National Action, récemment interdite.

A leader of People's Party Our Slovakia (LS NS), Marian Kotleba, attends a commemoration of the 87th anniversary of the death of Slovak general Milan Rastislav Stefanik near the village of Brezova pod Bradlom, Slovakia, in this May 6, 2006 file photo. REUTERS/Radovan Stoklasa/Files - GF10000336037Le leader négationniste du Parti populaire - notre Slovaquie, Marian Kotleba, en 2006. (Photo Radovan Stoklasa. Reuters)

La Grèce, elle, se débat depuis deux ans avec le procès de 69 militants et députés du parti néonazi Aube dorée, accusés d’avoir «formé une organisation criminelle».

En Suède, les fascistes en chemises blanches et cravates noires du Mouvement de résistance nordique (MNR) entendent à nouveau défiler, le 30 septembre, cette fois devant une synagogue de Göteborg, le jour de Yom Kippour, avec la bénédiction des autorités.

En Pologne, dans une relative indifférence médiatique, les phalanges du Camp national-radical, groupuscule prohibé par les autorités et connu pour brûler des effigies de juifs hassidiques en public, ont paradé par centaines dans le centre de Varsovie, en chemises brunes et brassards verts courant avril. Pour les médias polonais, il s’agissait du premier défilé nazi dans la capitale depuis 1945.

Et puis, de l’autre côté de l’Atlantique, il y a eu à Charlottesville. Ce grand raout raciste à deux heures de route de Washington DC conclu, le 12 août, par la mort de Heather Heyer, militante antiraciste, passée sous les roues de la voiture bélier d’un sympathisant de Vanguard America, groupe ouvertement nazi. Réunie sous le large parapluie de l’«alt-right», mouvance identitaire longtemps cantonnée à l’activisme en ligne et qui a fait de Trump son champion, l’extrême droite la plus radicale, du Ku Klux Klan aux néoconfédérés, en passant par les adorateurs du Führer, a marché dans les rues de cette bourgade universitaire avec flambeaux, boucliers et armes automatiques. Et les Américains de découvrir sur leurs écrans des jeunes hommes criant «sang et sol !» et «les juifs ne nous remplaceront pas !» sans que leur Président ne parvienne à choisir un camp entre manifestants à svastika et groupes antifas venus les confronter. Et ce alors que les associations antiracistes américaines, à l’instar du Southern Poverty Law Center, alertent l’opinion sur l’augmentation «incroyable» des «crimes haineux» dans le pays depuis l’arrivée au pouvoir de Trump. Le 12 septembre, le Congrès a sommé le président américain d’approuver officiellement une résolution rejetant le «nationalisme blanc» et la «suprématie blanche».

White nationalist leader Richard Spencer of the National Policy Institute speaks on campus as a silent protester holds a placard at an event not sanctioned by the school, at Texas A&M University in College Station, Texas, U.S. December 6, 2016. REUTERS/Spencer Selvidge     TPX IMAGES OF THE DAYRichard B. Spencer, inventeur autoproclamé du terme «alt-right» et figure de proue du mouvement, fin 2016. (Photo S. Selvidge. Reuters)

Miroir

Certes, l’accumulation de faits divers et d’épiphénomènes spectaculaires ne fait pas une tendance. Mais les événements de Charlottesville ont tendu un miroir à la Vieille Europe, et la question de la résurgence de ces groupuscules se pose à nouveau. La montée des populismes et des sentiments antimigrants en Europe, comme aux Etats-Unis, symbolisés notamment par l’accession au pouvoir de Trump, ont-ils poussé les cliques néonazies à se remettre en lumière ?

«Il est vrai que l’homme le plus puissant du monde est quelqu’un auquel une partie de la droite radicale et identitaire européenne trouve des vertus, concède le spécialiste de l’extrême droite européenne Jean-Yves Camus. A partir du moment où Trump a été choisi [par le Parti républicain, ndlr], il y a eu des groupes qui se sont dit : « Tout est possible. » Mais dire qu’il est le vecteur d’une certaine évolution du néonazisme en Europe, c’est pousser le raisonnement trop loin.» Pour l’auteur de Droites extrêmes en Europe (Seuil, 2015, avec Nicolas Lebourg), il convient de nuancer : «Charlottesville, les néonazis et le KKK, ce n’est compréhensible que dans un contexte américain. C’est impensable en Europe.» Même s’il existe en Allemagne «une scène néonazie assez active» (lire aussi pages 4-5), Camus souligne la forte répression des autorités à l’échelle du continent envers ces groupes et leur développement historiquement «en dents de scie».

Bombe

Pour le spécialiste suédois du «nationalisme radical» et contributeur à la publication antiraciste Expo Jonathan Leman, son pays fait actuellement face à un réel pic de fièvre brune. Ragaillardi, le MNR, aussi connu sous le nom de «Nordfront», se fait de plus en plus visible et bruyant, y compris chez les voisins finlandais et norvégiens, et notamment en ligne. «Le mouvement a réussi à unifier la mouvance néonazie scandinave en radicalisant ce milieu suprémaciste blanc, commente Leman. Ils se revendiquent révolutionnaires, plus enclins à la violence.» Cet hiver, des membres du MNR se sont distingués dans trois attaques à la bombe visant un «bar gauchiste» et deux refuges pour migrants à Göteborg, blessant gravement un employé des services de l’immigration. Leman pointe les liens entre le Nordfront et l’alt-right américaine, dont certains membres ont collaboré au Daily Stormer (lire pages 6-7) et au site Alt-Right.com de Richard B. Spencer, inventeur autoproclamé du terme et figure de proue du mouvement. En mai, BuzzFeed révélait que Spencer avait l’intention de s’associer à deux entrepreneurs proches des néonazis suédois (l’un détenant une maison d’édition d’ésotérisme nationaliste, l’autre un serveur de podcasts racistes) pour lancer un «Breitbart (1) en plus idéologique» à l’international.

The leadership of the right-wing, anti-immigration Nordic Resistance Movement gives a speech in front of the Royal Palace to a crowd of around 600 members and supporters. *** Local Caption ***<br />
europe extremist right wing politics meetingsSimon Lindberg est à la tête du Mouvement de résistance nordique suédois. (Photo Espen Rasmussen. REA)

Il serait néanmoins faux de penser que l’alt-right a insufflé une nouvelle vie aux mouvements néonazis et identitaires européens : l’influence agirait plutôt en sens contraire. Les nébuleuses les plus extrêmes du Vieux Continent ont servi de modèle aux nouveaux avatars du suprémacisme américain, autant sur le plan organisationnel que doctrinaire. Dans le documentaire remarqué de Vice News sur les événements de Charlottesville, Matthew Heimbach, fondateur en 2003 du groupe suprémaciste Traditionalist Youth Network, calqué sur les Français de Génération identitaire, explicitait ce lien : «Nous suivons principalement l’exemple européen d’Aube dorée, du MNR et d’autres organisations pionnières parmi les nationalistes du monde.» En retour, l’alt-right a structuré un ensemble de codes de reconnaissance visuelle (Pepe the Frog, l’émoticône «bouteille de lait» ou encore le signe «OK» avec la main droite pour signifier «WP», comme «White Power»). Un lexique suprémaciste «trollesque», adapté à la conversation numérique et jouant sur l’ambiguïté. Au point d’être repris par le fils du Premier ministre israélien, Yaïr Nétanyahou, qui a récemment choqué le pays en relayant une caricature complotiste aux références antisémites pour attaquer la presse progressiste de l’Etat hébreu. Le rejeton du leader du Likoud s’était déjà illustré cet été en se disant plus inquiet, après Charlottesville, par la gauche antiraciste que les néonazis américains…

L’Europe fascisante exporte ainsi ses bases idéologiques (des écrits racialistes de l’Italien Julius Evola aux classiques de la Nouvelle Droite, comme le Camps des Saints de Jean Raspail) ; l’Amérique invente une façon plus moderne de communiquer. Comme en témoigne le nom d’une des phalanges présentes à Charlottesville, Identity Evropa, il s’agit plus une d’européanisation du nationalisme américain qui se joue que l’inverse. D’autant que, comme le rappelle Jean-Yves Camus, «l’anti-américanisme reste une composante structurelle de nombreux groupes de droite radicale européenne – les Etats-Unis représentent pour eux la finance, le melting-pot et une hyperpuissance qui bride quelque part les Etats d’Europe».

Paramilitaire

Une influence globale, voire virtuelle, qui ne se traduit cependant pas politiquement pour la majorité des groupes radicaux. «Je ne vois pas pour le moment, en Europe de l’Ouest, de groupes néonazis susceptibles d’entrer au Parlement d’un pays», relativise Camus. En France, comme en Scandinavie, les partis d’extrême droite, du FN aux Démocrates de Suède, ont percé dans les urnes en purgeant (ou en faisant mine de) les éléments les plus caricaturalement racistes et antisémites en faveur d’un populisme en apparence moins ethnique et plus «antisystème», concept attrape-tout. Un constat qui n’est valable que pour l’ouest du continent, alors qu’une dynamique inverse semble s’exercer en Europe centrale et orientale. Il en va ainsi au Parti populaire – notre Slovaquie (LSNS) ou au Jobbik en Hongrie, au poids politique réel dont les doctrines «s’inscrivent dans la continuité des mouvements d’extrême droite des années 30», souligne Camus. Ces derniers opèrent en public grâce à leur façade politique mais continuent d’entretenir des milices affiliées.

Top candidate of Germany's anti-Islam, anti-immigration AfD (Alternative fuer Deutschland) party for upcoming general elections Alexander Gauland, gives a speech during an election campaign event in Frankfurt/Oder, eastern Germany, on September 11, 2017.<br />
German hold parliamentary elections on September 24, 2017. / AFP PHOTO / Odd ANDERSENLe dirigeant allemand de l’AfD, Alexander Gauland, a salué «les performances» de l’armée nazie. (Photo AFP)

Ainsi le Jobbik (fondé en 2003 sur les bases d’un mouvement étudiant ultranationaliste) a créé en 2007 une organisation de type paramilitaire, la «Garde hongroise», tout en s’implantant durablement au Parlement hongrois malgré l’existence d’un parti d’extrême droite plus mainstream, le Fidesz, dont le leader de Jobbik, Gábor Vona, est d’ailleurs issu. En 2014, Jobbik obtenait 20 % aux législatives (et 23 sièges) avec une rhétorique anti-roms et son vieux fond antisémite. En Slovaquie, LSNS raflait en 2016 aux dernières législatives 14 des 150 sièges, surfant sur la popularité de son leader négationniste de 36 ans, Marian Kotleba, crâne rasé et fine moustache, adepte de l’uniforme fasciste. Ce nostalgique de l’Etat slovaque clérical-fasciste de Tiso, allié des nazis, a été élu en 2013 président de la région de Banská Bystrica. En Ukraine, le régiment Azov (à l’origine une milice largement composée de hooligans et de néonazis formée au moment de Maidan) a été incorporé au sein de la Garde nationale ukrainienne pour combattre les forces prorusses à l’Est, malgré leurs uniformes ornés de l’alphabet runique cher aux SS. Ses vétérans ont fondé un parti politique et une «ONG», qui organise désormais des camps scouts pour enfants, régulièrement comparés aux Jeunesses hitlériennes pour leur teneur nationaliste et guerrière. Sans aucune, ou presque, loi limitant la liberté d’expression ou les incitations à la haine raciale, l’espace post-soviétique est ainsi un terreau fertile pour les groupuscules néonazis, dont l’apparition coïncide avec l’effondrement de l’URSS. «En Europe occidentale, il y a eu une césure très nette en 1945 du fait de la culpabilité liée aux crimes nazis, commente Jean-Yves Camus. En Europe de l’Est, le communisme était censé éradiquer le fascisme, mais ces idées ont subsisté. Elles ne revêtent pas le même caractère inacceptable et transgressif qu’en Europe de l’Ouest. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mobilisation contre, mais il n’y a pas le même degré d’ostracisme.»

Légitimation

Idem en Grèce, patrie du phénomène Aube dorée. «Jusqu’à la guerre en Yougoslavie, le nationalisme n’était pas condamnable, il était même inculqué dans le système éducatif dès la maternelle, et se retrouvait ensuite dans les partis», rappelle Angélique Kourounis, et auteure du documentaire Aube dorée, une affaire personnelle (2015). C’est ainsi que le parti néonazi (qui compte 18 députés depuis leur percée au Parlement grec en 2012) a la même devise, «la Grèce aux Grecs», que le premier slogan des socialistes d’Andréas Papandréou. La mue d’Aube dorée, de groupuscule adepte des ratonnades à troisième force politique du pays, en a fait un exemple partout dans le monde. «Pour les néonazis, Aube dorée fascine car c’est un parti qui « va au bout des choses » [jusqu’au meurtre, parfois publiquement revendiqué] et garde la même ligne politique depuis sa création», analyse Angélique Kourounis.

Chairman of the radical nationalist Jobbik party Gabor Vona, center, delivers his speech after the parliamentary elections in the Budapest Congress Centre in Budapest, Hungary, late Sunday, April 6, 2014. (AP Photo/MTI, Janos Marjai)Gábor Vona, homme politique hongrois fondateur du Jobbik, le 6 avril 2014. (Photo Janos Marjai. AP)

Sur ce modèle, le MNR suédois (qui a créé son bras politique en 2015), prétend aux élections de 2018 en misant sur la dédiabolisation du parti xénophobe des Démocrates de Suède, qu’ils espèrent repoussoir pour ses électeurs les plus radicaux. Une autre formation néonazie, le Svenskarnas, avait également fait ce pari, sans succès, en 2014, avant de se dissoudre.

Néanmoins, ce qui réussit le mieux aux néonazis, ce sont les élections européennes. En 2014, des partis ont pu accéder pour la première fois au Parlement européen, notamment le Parti national-démocrate allemand (un élu) et Aube dorée (trois). Le Jobbik y est présent depuis 2009. Outre la légitimation problématique offerte par Bruxelles, se pose la question du financement par l’Union européenne : «Aube dorée a dû obtenir pas loin de 300 000 euros grâce aux élections», estime ainsi Angélique Kourounis. Des limites de la démocratie.

(1) Un média américain pro-Trump.

Guillaume Gendron , Mathieu Ait Lachkar , Ariane Debernardi

Liberation.fr
Publié dans : INFORMATION | le 16 septembre, 2017 |Pas de Commentaires »
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