Sont-ce les gilets jaunes ? (18/02/2019)

Le parquet de Paris a annoncé dimanche l’ouverture d’une enquête à la suite des injures dont l’essayiste Alain Finkielkraut a fait l’objet en marge d’une manifestation des gilets jaunes la veille, dans les rues de Paris. L’enquête est ouverte pour «injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion, par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique». Sur Twitter, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a enfoncé le clou : «Parce que la France ne leur appartient pas, qu’elle n’est pas cette haine, une enquête a été ouverte.» Décryptage d’un incident qui survient après l’annonce d’une recrudescence de 74 % des actes antisémites en un an dans le pays.

De quoi parle-t-on ?

Après avoir apporté son soutien au mouvement des gilets jaunes cet automne, Alain Finkielkraut en a dénoncé les travers vendredi dans un entretien au Figaro. Samedi, sortant d’un taxi dans le XIVe arrondissement, pile sur le passage de la manifestation parisienne, le philosophe s’est retrouvé pris à partie par un petit groupe qui l’a agoni d’injures, le traitant de «sale sioniste de merde», «sale race» ou de «fasciste». «La France, elle est à nous» et «nous sommes le peuple», entend-on aussi dans les vidéos de l’altercation. Devant cette explosion de violence verbale, des policiers se sont interposés pour protéger l’académicien, connu pour ses positions controversées, notamment sur l’islam.

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«Ni victime ni héros», Alain Finkielkraut a expliqué qu’il ne voulait pas porter plainte, tout en parlant de «violence pogromiste» dimanche sur LCI. Selon lui, les invectives qui le visaient mêlaient antisémitisme, accents «soraliens» du nom du polémiste d’extrême droite Alain Soral et «rhétorique islamiste». Mais «cela m’étonnerait que ce soient des gilets jaunes d’origine car je suis un des seuls intellectuels à avoir soutenu le mouvement à ses débuts», a ajouté le philosophe auprès du Parisien.

Quelles ont été les réactions ?

Quasiment unanimes, les réactions politiques de droite comme de gauche ont afflué dès samedi soir à la découverte des images. Emmanuel Macron a appelé l’essayiste au téléphone dans la soirée, avant de tweeter : «Les injures antisémites dont il a fait l’objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation. Nous ne les tolérerons pas.»«L’antisémitisme, c’est aussi simple, aussi simplement abject que ce « rentre chez toi à Tel-Aviv » visant un écrivain français juif», a lancé le cofondateur du mouvement Place publique, Raphaël Glucksmann. Quand une partie de la classe politique pointe une responsabilité de l’extrême droite dans ce discours de haine, Marine Le Pen a voulu voir dans l’altercation de samedi un «acte détestable et choquant» illustrant selon elle «la tentative d’infiltration du mouvement des gilets jaunes par l’extrême gauche antisémite». Présente dans les cortèges depuis l’émergence de la contestation, la sénatrice écologiste Esther Benbassa s’est désolidarisée sur Twitter : «Gilets jaunes je suis avec vous depuis le début. Là, stop. Certains franchissent toutes les limites.» «Je combats les idées réactionnaires et radicales d’Alain Finkielkraut. Mais je condamne sans aucune réserve ceux qui l’ont conspué, insulté et traité d’un « sale sioniste » qui voulait dire « sale juif »», a expliqué Benoît Hamon, fondateur de Génération·s. Dans un tweet, Jean-Luc Mélenchon s’est quant à lui félicité du succès de cette nouvelle mobilisation, sans faire référence à l’événement. Sur BFM TV, la députée La France insoumise (LFI) Danièle Obono a rappelé que l’antisémitisme était un délit et insisté sur le fait que «les incidents qui se sont produits sont des actes isolés et [qu’]ils ne reflètent pas l’ensemble du mouvement».

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Plusieurs personnalités, venues pour la plupart des rangs de LFI, ou proches du parti de Jean-Luc Mélenchon, comme la directrice du Média, Aude Lancelin, contestent soit le sens des insultes lancées contre Finkielkraut soit la portée de l’incident. «Cela fait des années qu’Alain Finkielkraut répand la haine en France. Contre les jeunes de banlieue. Contre les musulmans. Contre l’Education nationale, etc. L’insulter, comme insulter quiconque, est condamnable. Mais le plaindre, certainement pas», écrit le politologue Thomas Guénolé. Après avoir estimé que l’essayiste l’avait «bien cherché», l’avocat proche d’Emmanuel Macron Jean-Pierre Mignard a exprimé dimanche ses «regrets» d’avoir pu «blesser».

Qui sera à la manifestation contre l’antisémitisme mardi ?

Face à la recrudescence des actes antisémites, la réponse politique s’est organisée pendant toute la semaine pour aboutir à un appel quasi unitaire à manifester mardi, à 19 heures, place de la République à Paris. Des déclinaisons régionales doivent avoir lieu à la même heure dans plusieurs autres grandes villes de France.

Seul ostracisme reconnu et assumé par les organisateurs : Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan n’ont pas été conviés. «Nous portons dans le débat public des orientations différentes, mais nous avons en commun la République. Et jamais nous n’accepterons la banalisation de la haine», peut-on lire dans l’appel signé par le PS (qui est à l’origine du rassemblement), Les Républicains, EE-LV ou LREM. Il n’est «pas impossible» que François Hollande soit de la partie, a fait savoir son entourage, et de nombreux ministres ont annoncé leur présence place de la République. Au terme d’une longue série de bisbilles entre socialistes et insoumis, ces derniers se plaignant d’avoir été sciemment écartés de l’appel initial, Jean-Luc Mélenchon manifestera également mardi.

Laure Bretton

Liberation.fr

Publié dans : Non classé | le 18 février, 2019 |Pas de Commentaires »

Catastrophe, oui…………………………….(17/02/2019)

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VIDEO. « C’est une catastrophe ce qu’il se passe en Antarctique ouest » : pourquoi la fonte du glacier Thwaites inquiète les scientifiques
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Publié dans : Non classé | le 17 février, 2019 |Pas de Commentaires »

Prier pour lui (bof)……………………………..(16/02/2019)

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Etats-Unis : accusé d’abus sexuels, l’ex-cardinal Theodore McCarrick est défroqué par le Vatican
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Publié dans : Non classé | le 16 février, 2019 |Pas de Commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………………………..(15/02/2019)

Libération 15 février 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Chalençon le grand démocrate

Arroseur arrosé… La transparence dont se réclament les «gilets jaunes» – ils voulaient, par exemple, diffuser en direct leurs discussions avec le gouvernement – se retourne contre eux. Ou plus exactement contre l’un des plus connus d’entre eux : Christophe Chalençon, «référent» gilet jaune pour le Vaucluse. Ce grand démocrate a été enregistré à son insu en Italie par la chaîne de télévision 7. Ses propos valent leur pesant de cacahuètes : «Je sais que je risque beaucoup. Je peux me prendre une balle dans la tête à n’importe quel moment. Mais j’en n’ai rien à foutre. J’irai au bout de mes convictions, parce que s’ils me mettent une balle dans la tête, Macron il est passé à la guillotine. On est arrivé à un tel point de confrontation, que s’ils m’abattent, il est mort aussi. Parce que le peuple il rentre dans l’Élysée et il démonte tout. Lui, sa femme, et toute la clique. On est plusieurs comme ça. S’ils en touchent un, on a des gens, des paramilitaires qui sont prêts à intervenir parce qu’ils veulent aussi faire tomber le pouvoir. Donc aujourd’hui tout le monde est calme, mais on est à la limite de la guerre civile. Donc soit il y a une solution politique très rapidement, parce que derrière il y a des gens qui sont prêts à intervenir de partout.»

On dira qu’il s’agit d’un délire marginal prononcé par un individu isolé qui ne représente que lui. Hum ! Chalençon est l’un des premiers porte-parole du mouvement, il est intervenu maintes fois sur les chaînes d’info, il a envisagé de se présenter aux Européennes, il a pondu des communiqués pour réagir aux déclarations officielles, etc. Et surtout, il faisait partie de la délégation de gilets jaunes que le vice-président du Conseil italien, Luigi Di Maio, a rencontrée subrepticement pour marquer sa solidarité et souligner les points communs entre les gilets jaunes et le Mouvement Cinq Etoiles qui codirige l’Italie. Pas exactement un marginal de la protestation. On dira encore que dans ce mouvement, personne ne représente personne. Mais cela revient à dire que tout le monde représente tout le monde, et donc que Chalençon le fait comme les autres. Il faut bien s’accrocher à quelque chose pour comprendre ce que veulent les manifestants. Pourquoi pas Chalençon ?

Sa puissante déclaration est intéressante parce qu’elle déroule parfaitement un raisonnement qu’on retrouve souvent, sous une forme ou sous une autre, dans les déclarations publiques de ces représentants qui ne représentent personne mais parlent au nom de tout le monde.

1) Le complotisme : l’Etat français pourrait bien avoir décidé de faire assassiner d’une «balle dans la tête», une des figures éminentes des gilets jaunes (supposition grotesque assénée d’un ton péremptoire). Autrement dit, cet Etat prétendument démocratique n’en est pas un, mais se comporte comme la pire des dictatures. Idée largement répandue, bien au-delà des cercles gilets jaunes, dont on peut facilement déduire le prolongement : si la démocratie n’est pas démocratique, les moyens illégaux ou violents utilisés contre elle sont légitimes.

2) La violence verbale et physique : en représailles, Macron sera «guillotiné» (une paille…), son épouse sera «démontée» (?) et les «paramilitaires» interviendront pour prendre le pouvoir (!).

3) L’appel à l’insurrection : si nos revendications n’aboutissent pas, «il y a des gens qui sont prêts à intervenir de partout».

Ridicule, évidemment, mais significatif de l’état d’esprit ambiant. Comme par le passé (les ligues dans les années 30, les communistes dans les années 50, quand ils distinguaient démocratie «formelle» et démocratie «réelle», etc.), on décrète que la République est un régime Potemkine, ouvert en façade, tyrannique en fait. Chalençon le dit de manière outrancière, mais on retrouve ce raisonnement chez nombre de procureurs de «l’oligarchie» qui gouvernerait en fait le pays sous couvert d’institutions démocratiques, ou encore chez les contempteurs d’une classe politique réputée étrangère à la volonté du peuple, qu’il convient donc de «dégager» par toutes sortes de moyens (voir les attaques directes contre la personne ou le domicile des députés, qui se multiplient depuis quelques semaines). On prétend vouloir une «démocratie directe». Mais il apparaît surtout que cette exigence a pour but de dégommer les pouvoirs en place au profit d’assemblées populaires (des soviets, disait-on en Russie) expéditives et brutales. Chalençon a d’ailleurs livré lui-même la clé de ses élucubrations : c’est lui qui a appelé à la rescousse un sauveur militaire en la personne du général de Villiers, promu à son corps défendant successeur de Boulanger. Quand le «démocratisme» débouche sur l’aspiration autoritaire.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans : Non classé | le 15 février, 2019 |Pas de Commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………………..(15/02/2019)

Libération 14 février 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le testament de Juppé

Les testaments d’hommes politiques font souvent événement. On se souvient de François Mitterrand exaltant «les forces de l’esprit», réflexion peu habituelle pour un leader socialiste. De Dwight Eisenhower mettant en garde son pays contre le pouvoir excessif du «complexe militaro-industriel», paradoxe pour un militaire de carrière par excellence. Ou encore de Lénine, qui n’était pas un tendre, s’inquiétant du caractère brutal de l’un de ses successeurs possibles, Joseph Staline. L’histoire de France offre d’autres exemples illustres : Louis XIV confessant qu’il a «trop aimé la guerre», ou Napoléon se justifiant à Sainte-Hélène en invoquant les acquis de la Révolution qu’il avait maintenus, ce qui a permis au bonapartisme de perdurer bien après sa mort en 1821.

Le discours d’adieu aux Bordelais prononcé ce jeudi par Alain Juppé n’aura peut-être pas la même postérité. Pourtant, il marque une borne dans la vie politique française. Avec une sincérité émue – ce qui n’efface pas les critiques qu’on peut émettre par ailleurs à son encontre – l’ancien Premier ministre a expliqué pourquoi sa décision de quitter la vie politique était pour lui «un crève-cœur». Il a dénoncé «la montée de la violence sous toutes ses formes, verbales et physiques, le discrédit des hommes et des femmes politiques réputés « tous pourris », la stigmatisation des élites dont tout pays a pourtant besoin […] dans ce climat général infecté par les mensonges et les haines que véhiculent les réseaux sociaux». «L’esprit public, a-t-il ajouté, la vie publique, sont difficiles à vivre et lourdes à porter […]. Aujourd’hui, aucune fonction n’inspire plus le respect à nos concitoyens, il faut agresser, il faut insulter, systématiquement», a-t-il continué, tout en défendant d’avoir pris sa décision en raison du mouvement des «gilets jaunes», dont sa ville est un des bastions.

Tout cela mérite un brin de méditation. La dénonciation indistincte «des élites» et l’exaltation «du peuple», même si on en comprend l’origine, sont néanmoins un poison de la vie publique. «Les élites» sont-elles toutes coupables ? Et d’ailleurs, qui vise-t-on à travers ce terme confus ? Les professeurs, les médecins, les chercheurs scientifiques, les universitaires de renom, font partie «des élites». Faut-il leur couper la tête ? Et pourquoi cibler en particulier les hommes politiques ou les hauts fonctionnaires, quand on sait que la grande majorité d’entre eux sont honnêtes et s’efforcent de remplir leur tâche avec zèle et sens de l’intérêt général ? Question plus délicate mais également légitime : «le peuple» a-t-il toujours raison, est-il toujours plus pur ou plus sage ? Cette opposition simpliste, par le passé, a conduit en général à l’établissement de régimes autoritaires. L’a-t-on oublié ?

De la même manière, la violence verbale qui émaille le débat public, sur les réseaux mais aussi ailleurs, ne saurait être considérée comme un progrès démocratique. Certains y voient une «libération de la parole», une «juste expression de la colère», une «revanche sur le mépris», etc. Réflexions de révolutionnaires en peau de lapin. La liberté est la première valeur des civilisations. Mais cette liberté ne consiste pas à laisser libre cours à toutes les pulsions, comme on le voit si souvent sur Internet. La civilisation, au contraire, repose sur la maîtrise des pulsions. La violence appelle la violence, la parole conduit aux actes quand elle ne les accompagne pas. Là encore, l’histoire des dictatures démontre qu’elles ont été précédées le plus souvent d’une brutalisation de la discussion collective, d’un abandon de la retenue minimale qui sied aux polémiques entre adversaires politiques, bientôt changées en pugilats où s’entrechoquent des ennemis irréductibles. Si l’adversaire est un traître, un salaud, un félon, un «dominant» cynique et indécrottable, un cruel exploiteur du peuple, pourquoi prendre des gants avec lui ? Pourquoi respecter à son endroit les garanties individuelles offertes par les libertés publiques ? Pourquoi rester en démocratie, puisque cette démocratie n’est qu’un paravent de l’oppression la plus insidieuse ? Les «élites ennemies du peuple» ? On sait ce qu’on fait habituellement des ennemis du peuple. On les fusille.

C’est ce qu’a voulu dire, de toute évidence, Alain Juppé. Figure de l’ancien monde, il s’inquiète de l’avènement du nouveau. Suffisamment, en tout cas, pour ne pas en être. Dans sa longue vie de combats politiques, pourtant, il ne laissera pas le souvenir d’un bisounours. Plutôt celui d’un sage arrivé, après maintes épreuves, à une respectable et utile lucidité.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans : Non classé | le 15 février, 2019 |Pas de Commentaires »

La lettre de Laurent Jofffrin………………………(14/02/219)

Libération 14 février 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le testament de Juppé

Les testaments d’hommes politiques font souvent événement. On se souvient de François Mitterrand exaltant «les forces de l’esprit», réflexion peu habituelle pour un leader socialiste. De Dwight Eisenhower mettant en garde son pays contre le pouvoir excessif du «complexe militaro-industriel», paradoxe pour un militaire de carrière par excellence. Ou encore de Lénine, qui n’était pas un tendre, s’inquiétant du caractère brutal de l’un de ses successeurs possibles, Joseph Staline. L’histoire de France offre d’autres exemples illustres : Louis XIV confessant qu’il a «trop aimé la guerre», ou Napoléon se justifiant à Sainte-Hélène en invoquant les acquis de la Révolution qu’il avait maintenus, ce qui a permis au bonapartisme de perdurer bien après sa mort en 1821.

Le discours d’adieu aux Bordelais prononcé ce jeudi par Alain Juppé n’aura peut-être pas la même postérité. Pourtant, il marque une borne dans la vie politique française. Avec une sincérité émue – ce qui n’efface pas les critiques qu’on peut émettre par ailleurs à son encontre – l’ancien Premier ministre a expliqué pourquoi sa décision de quitter la vie politiqueétait pour lui «un crève-cœur». Il a dénoncé «la montée de la violence sous toutes ses formes, verbales et physiques, le discrédit des hommes et des femmes politiques réputés « tous pourris », la stigmatisation des élites dont tout pays a pourtant besoin […] dans ce climat général infecté par les mensonges et les haines que véhiculent les réseaux sociaux». «L’esprit public, a-t-il ajouté, la vie publique, sont difficiles à vivre et lourdes à porter […]. Aujourd’hui, aucune fonction n’inspire plus le respect à nos concitoyens, il faut agresser, il faut insulter, systématiquement», a-t-il continué, tout en défendant d’avoir pris sa décision en raison du mouvement des «gilets jaunes», dont sa ville est un des bastions.

Tout cela mérite un brin de méditation. La dénonciation indistincte «des élites» et l’exaltation «du peuple», même si on en comprend l’origine, sont néanmoins un poison de la vie publique. «Les élites» sont-elles toutes coupables ? Et d’ailleurs, qui vise-t-on à travers ce terme confus ? Les professeurs, les médecins, les chercheurs scientifiques, les universitaires de renom, font partie «des élites». Faut-il leur couper la tête ? Et pourquoi cibler en particulier les hommes politiques ou les hauts fonctionnaires, quand on sait que la grande majorité d’entre eux sont honnêtes et s’efforcent de remplir leur tâche avec zèle et sens de l’intérêt général ? Question plus délicate mais également légitime : «le peuple» a-t-il toujours raison, est-il toujours plus pur ou plus sage ? Cette opposition simpliste, par le passé, a conduit en général à l’établissement de régimes autoritaires. L’a-t-on oublié ?

De la même manière, la violence verbale qui émaille le débat public, sur les réseaux mais aussi ailleurs, ne saurait être considérée comme un progrès démocratique. Certains y voient une «libération de la parole», une «juste expression de la colère», une «revanche sur le mépris», etc. Réflexions de révolutionnaires en peau de lapin. La liberté est la première valeur des civilisations. Mais cette liberté ne consiste pas à laisser libre cours à toutes les pulsions, comme on le voit si souvent sur Internet. La civilisation, au contraire, repose sur la maîtrise des pulsions. La violence appelle la violence, la parole conduit aux actes quand elle ne les accompagne pas. Là encore, l’histoire des dictatures démontre qu’elles ont été précédées le plus souvent d’une brutalisation de la discussion collective, d’un abandon de la retenue minimale qui sied aux polémiques entre adversaires politiques, bientôt changées en pugilats où s’entrechoquent des ennemis irréductibles. Si l’adversaire est un traître, un salaud, un félon, un «dominant» cynique et indécrottable, un cruel exploiteur du peuple, pourquoi prendre des gants avec lui ? Pourquoi respecter à son endroit les garanties individuelles offertes par les libertés publiques ? Pourquoi rester en démocratie, puisque cette démocratie n’est qu’un paravent de l’oppression la plus insidieuse ? Les «élites ennemies du peuple» ? On sait ce qu’on fait habituellement des ennemis du peuple. On les fusille.

C’est ce qu’a voulu dire, de toute évidence, Alain Juppé. Figure de l’ancien monde, il s’inquiète de l’avènement du nouveau. Suffisamment, en tout cas, pour ne pas en être. Dans sa longue vie de combats politiques, pourtant, il ne laissera pas le souvenir d’un bisounours. Plutôt celui d’un sage arrivé, après maintes épreuves, à une respectable et utile lucidité.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans : Non classé | le 14 février, 2019 |Pas de Commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………………(14/02/2019)

Libération 13 février 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le mur des mensonges

Tel celui de Jéricho, le mur de Trump va – probablement – s’effondrer. Ce ne sont pas les trompettes de Josué qui ont causé sa chute mais, plus prosaïquement, celles du Parti démocrate, qui a réussi à passer un compromis budgétaire avec les Républicains excluant le financement de la barrière d’acier exigée par le président américain. Un bout de muraille sera néanmoins construit, qui s’ajoutera à la barrière déjà existante sur une partie de la frontière avec le Mexique. En tout état de cause, le passage entre les deux pays sera rendu plus difficile aux migrants venus d’Amérique latine.

Le cas est symbolique. Les détracteurs de la classe politique classique, dont Trump est l’un des plus célèbres, reprochent aux élus traditionnels de ne pas tenir leurs promesses, de prononcer des discours flamboyants qui ne sont jamais suivis d’effet, de vendre à l’électeur des châteaux en Espagne, etc. Or qu’a fait Trump ? Outre sur les insultes qu’il a proférées envers Hillary Clinton – «enfermez-la !» –, il a fondé sa campagne sur la construction de ce mur continu et infranchissable, qui serait de surcroît financé par le Mexique : «Build the wall !».

Malheureusement pour lui, il apparaît que cette construction – dont l’utilité est contestée par toutes sortes de gens qui ne sont pas forcément des défenseurs échevelés des migrants – se heurte à des problèmes techniques inextricables. Les portions de la frontière aujourd’hui sans mur serpentent le long du Rio Grande, ou bien traversent des montagnes. Sa longueur et la difficulté de son édification sont très supérieures à ce qui était annoncé. Les estimations de son coût varient largement mais sont également très supérieures à celles de Trump. Quant au gouvernement mexicain, il a aussitôt prévenu qu’il ne souhaitait en rien financer le projet.

Il est clair que ces difficultés ont été grandement sous-estimées pendant la campagne, au profit d’un slogan simple, dont l’usage ne reposait pas sur une étude sérieuse du projet, mais sur son efficacité électorale. Pour un pourfendeur du mondialisme, le symbole du mur est parfait : il est censé isoler le peuple américain des dangers extérieurs, même si cette croyance est principalement mythologique. Deux ans et demi plus tard, la réalité rattrape le président : le mur est trop cher, peu efficace, il contredit de surcroît l’un des fondements historiques de la démocratie américaine, l’accueil des réprouvés du monde entier, symbolisé par Ellis Island et la Statue de la Liberté. Il suppose l’accord du Congrès, alors que les démocrates y sont hostiles, tout comme une partie des députés et sénateurs républicains.

Autrement dit, Trump a délibérément trompé ses électeurs, dégradé l’image des Etats-Unis, méprisé le fonctionnement du système politique, allant jusqu’à provoquer un «shutdown» (une interruption du fonctionnement de l’Etat) interminable, dont le coût est désormais estimé à quelque trois milliards de dollars. Ainsi ceux qui dénigrent la classe politique traditionnelle et la démocratie représentative – elles sont loin d’être parfaites – usent de pratiques autrement plus néfastes à la souveraineté populaire, en fourvoyant le peuple et en confisquant la souveraineté. La critique de la démocratie est nécessaire, utile, précieuse, même. Sauf si on la remplace par la démagogie.

LAURENT JOFFRIN
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Boeing va être content………………..(14/02/2019)

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Airbus annonce la fin de la production de son gros porteur A380
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Fiscalité verte………………………….(14/02/2019)

Enterrée en décembre, ressuscitée en février ? Elément déclencheur de la crise des gilets jaunes, l’impopulaire «taxe carbone» – de son vrai nom «contribution climat énergie» – bouge encore. «C’est comme le cheval : quand vous tombez, il faut remonter tout de suite, sinon vous en aurez peur toute votre vie», justifie une source ministérielle. Au risque de souffler sur les braises du mouvement ?

Depuis quelques jours, trois membres du gouvernement et plusieurs dizaines de députés tentent de remettre sur de bons rails une fiscalité environnementale à la française, gelée par l’exécutif en décembre sous la pression des gilets jaunes. Dans une tribune publiée mercredi dans le Figaro,86 parlementaires issus des rangs LREM, Modem, PS et centristes poussent pour «un nouveau contrat […] autour de cette fiscalité», moyen «efficace de […] favoriser les comportements vertueux». «On n’ouvre pas le retour de la taxe carbone comme avant. Notre tribune ne devrait pas susciter la polémique», explique l’un des principaux initiateurs, le député Matthieu Orphelin.

A LIRE AUSSIEmmanuel Macron tiraillé entre colères sociale et écolo

Pour ce proche de Nicolas Hulot qui vient de quitter le groupe LREM, il s’agit d’inciter les «acteurs [à] se saisir du sujet pour inventer une autre fiscalité écologique» «Il faut flécher, trouver des alternatives, faire de la redistribution. Ça peut être des baisses de TVA sur les transports en commun, de la rénovation énergétique à un euro pour un tiers à la moitié des ménages.» Les signataires plaident aussi pour élargir le champ des possibles afin d’engager la transition écologique : «renforcement et simplification des aides» ou encore «nouveaux secteurs professionnels couverts par la fiscalité carbone», comme celui de l’aviation. «Ce chantier, il faut l’ouvrir sur des bases nouvelles», abonde Dominique Potier (PS).

«Bon outil»

Dès mardi, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, a jugé que c’était «le moment où jamais d’en débattre», rappelant que «3 centimes de hausse sur l’essence et le carburant, c’est 2 milliards d’euros» de recettes. Avant lui, ses secrétaires d’Etat Brune Poirson et Emmanuelle Wargon, ainsi que le délégué général du parti présidentiel, Stanislas Guérini, avaient déjà jugé plausible un redémarrage, sous conditions, de la «trajectoire carbone» française. Pas question que cela «se fasse au détriment des classes populaires», a insisté Guérini. Quant au produit de la taxe, il devrait être dédié «à 100 % à la transition écologique et aux aides pour ceux qui en ont le plus besoin», a jugé Rugy. «C’est un bon outil fiscal, mais il faut le reconstruire et l’expliquer, défend la députée LREM Bénédicte Peyrol. Il faut être transparent sur l’utilisation des recettes.»

Des contributions accueillies sans excès de flamme par Emmanuel Macron : «Le Président a souligné que nous étions entrés dans ce moment, le 17 novembre, suite à une hausse de la fiscalité et ce n’est sans doute pas par une hausse de la fiscalité qu’on répondra à la colère qui s’est exprimée», a fait savoir mercredi Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Mais la décision est renvoyée au terme du grand débat national.

Adoptée sous François Hollande et renforcée par l’actuel exécutif, la trajectoire carbone devait voir augmenter chaque année le montant des taxes sur les carburants. En janvier, celles-ci auraient dû croître de 2,9 centimes par litre d’essence et de 6,5 centimes pour le gazole. A l’automne, la perspective de cette hausse alors que les prix à la pompe grimpaient pour cause d’augmentation mondiale des prix du brut avait mis les gilets jaunes dans la rue. «Aucune taxe ne peut remettre en cause l’unité nationale», avait finalement jugé le Premier ministre en décembre, après avoir juré que le gouvernement ne reculerait pas. Certes, Philippe n’a jamais exclu son retour mais, a-t-il convenu en janvier, difficile de «voir l’hypothèse» qui permettrait de relancer proprement ce sujet.

«Oubliettes»

«Je ne comprends vraiment pas pourquoi ça ressort,s’étonne un ministre. Cela me semble un débat encore plus risqué que la réforme de la fonction publique.»«C’est de la poudre» explosive, reconnaît-on aussi dans l’entourage de Philippe, tout en faisant mine, à l’heure du grand débat, d’encourager «les ministres qui ont des idées fortes à les défendre publiquement» . «Ce qu’on accepte des Français, on ne peut l’interdire aux ministres, estime-t-on à Matignon. On laisse les roses fleurir. Si la taxe carbone n’est pas défendue, ses partisans ne devront pas déplorer qu’elle soit mise aux oubliettes.»

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Le gouvernement ne peut pas non plus donner l’impression de caler sur la fiscalité écolo à l’heure où la société civile se mobilise contre le réchauffement climatique. Un collectif d’étudiants franciliens appelle ainsi la jeunesse à manifester vendredi à Paris, avant une réplique nationale le 15 mars. «L’affaire du siècle», pétition soutenant l’initiative d’ONG d’attaquer l’Etat en justice pour inaction climatique, a recueilli plus de 2 millions de signatures. Ses représentants seront reçus ce jeudi par Philippe et Rugy. Ceux du «manifeste pour un réveil écologique», regroupant des étudiants qui s’engagent à choisir un employeur selon son engagement environnemental, seront bientôt reçus par Poirson. «Les gens de Bercy trouvent que c’est insensé de relancer le débat, rapporte une source ministérielle. Mais on a face à nous une pétition à 2 millions de signatures et un possible mouvement national.» Exactement ce qui avait poussé le gouvernement à reculer face aux gilets jaunes.

Laure Equy Lilian Alemagna Dominique Albertini

Liberation.fr

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Ca c’est du dialogue……………………..(14/02/2019)

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« Gilets jaunes » : 8 400 personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement, annonce Christophe Castaner
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