Sarkozy joue le jeu du Medef


 

Nicolas Sarkozy s’adressait jeudi à un auditoire gagné d’avance: les participants à l’université d’été du Medef. On attendait la liste des prochaines réformes économiques, il n’a donné que quelques coups de pinceau, dans un discours-leçon où il a expliqué aux patrons ce qui est bon pour eux. Il faut coopérer avec les salariés parce que les « destins sont liés », leur a-t-il ainsi enseigné:

« Je veux la rupture avec cette façon absurde de penser qui oppose les entreprises aux ménages, les entrepreneurs aux salariés, le secteur privé au secteur public »

Pour cela, un objectif: l’efficacité de l’Etat et des entreprises. Un ennemi: les spéculateurs. Peu de réformes économiques concrètes ont été annoncées, mais beaucoup de promesses. On allègera la taxation du travail, les 35 heures deviendront plus souples avec le développement d’accords de branche, les prélèvements obligatoires seront remis à plat. Plus concrètement, la réduction du nombre des fonctionnaires se fera par la réforme de l’Etat qui fusionnera des services. L’ANPE et l’Unédic devraient faire un avant la fin de l’année. Suivra aussi la fusion de la comptabilité publique et des impôts.

Autre mesure attendue, le crédit d’impôt recherche sera élargi, son taux sera triplé. Enfin, en terme de contrat de travail, l’idée de « séparation à l’amiable » entre le salarié et l’entreprise, si chère à la présidente du Medef, Laurence Parisot, sera mise en place.

Mais la véritable surprise n’est pas une mesure économique. Sarkozy a annoncé la dépénalisation du droit des affaires. Sans faire allusion à sa promesse de campagne de traque des « patrons voyous », Sarkozy veut réparer ainsi ce qu’il considère comme « une grave erreur » du système juridique français: l’inflation des mesures pénales dans le droit des sociétés. Très rapidement la garde des sceaux devrait faire des propositions pour mener à bien cette réforme. Autre nouveauté juridique, l’accusation de fraude, sous forme anonyme, sera irrecevable:

Et le PS? Tout sauf tabou. Au contraire. A l’évocation du nom de Jacques Attali, a qui il a confié une mission sur « les freins à la croissance », le Président marque une pause qui fait rire son auditoire. Puis répond à ceux qui croient voir dans sa célèbre « ouverture à gauche » une tactique de destruction du Parti socialiste. « Dans une autre vie j’aurais pu faire directeur des ressources humaines » (du PS). L’auditoire s’esclaffe. Quelques minutes plus tard, le Président loue aussi les mérites du Small business act américain; mais là, il se garde bien de rappeler que l’idée a été introduite dans le débat par Ségolène Royal ou encore François Bayrou.

Sur le terrain européen, Nicolas Sarkozy a affirmé qu’il proposerait, avec les organisations agricoles, une « nouvelle politique agricole commune ». Un dossier qu’il pourrait porter à l’occasion de la présidence française de l’Union européenne, à l’été 2008. Puis il a insisté sur sa volonté d’ouvrir le débat, qui déplaît tant à la Banque centrale européenne, sur l’euro fort.

Tonalité dominante du discours: « Toutes les élites politiques vous mentent tout le temps, sauf moi. » Sarkozy a expliqué que si des Français s’opposent aux réformes, c’est en réalité parce qu’ils n’ont pas compris quel intérêt ils en tireraient -la faute aux technocrates. Il compte, lui, indiquer « simplement » à tout un chacun la direction:

« Il faut dire la vérité aux Français, si on taxe trop le travail, le travail se délocalise, si on taxe trop le capital, il s’en va. »

Aux patrons, maintenant, de « comprendre les salariés » et faire tout ce qui est « possible » pour augmenter les salaires. Sans définir ce qui est possible.

Fort de son parler « simple », Sarkozy ne s’encombre pas d’une théorie économique particulière. Favoriser la production ou le pouvoir d’achat? Les deux sont liés, répond-il. La présidente du Medef, qui avait affirmé, au Monde daté de jeudi, qu’elle attendait du Président qu’il mise sur la production avec une politique de l’offre, en est pour ses frais. Elle se dit toutefois « convaincue » de la pertinence des propositions, et ravie du « geste » présidentiel que constituait sa présence devant les patrons.

Concernant son absence aux réunions d’autres collectifs, Sarkozy avait coupé court dès le début de son discours: « Pour que je vienne, il faut m’inviter. »



Publié dans : Economie, Politique |le 31 août, 2007 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Vu de Corbeil-Essonnes |
ARCHITECTURE D'UN CONGO NOU... |
DEBOUT SAINT ETIENNE |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | PS : UN NOUVEAU SOUFFLE POU...
| Comité de soutien de Quetig...
| Ségolène Royal présidente