Totalement Total….

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PAR LAURE LIMONGI

 

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(Stephen Hird / Reuters)

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Je pense n’étonner personne en écrivant que nous vivons une étrange période. Ni totalement totalitaire, ni éminemment euphorique. Mais une espèce d’entre-deux particulièrement gris misant son va-tout sur les effets d’annonce, de manche, d’image. Quelque chose de lisse aux mains de maîtres en communication.

C’est ainsi, un jour comme un autre, qu’on nous balance ces chiffres: Total a engrangé 14 milliards de profit en 2008.

Le chiffre d’affaire de l’entreprise est de 180 milliards d’euros.

Sa capitalisation boursière, de 89 milliards.

Au même moment, les syndicats  annoncent 555 suppressions d’emploi. La direction précise «zéro licenciement» et évoque un «ajustement des effectifs».

555 «ajustements des effectifs», c’est-à-dire, entre autres: 199 à la raffinerie de Gonfreville l’Orcher, 130 au complexe pétrochimique qui lui est associé et 54 à l’usine de butanol de Notre-Dame de Gravenchon qui sera fermée.

De l’ajustement strict, quoi, limite régime de l’été. Heureusement que la France est vieillissante, cela permet de pousser des salariés vers la porte de la retraite miséreuse sans se sentir obligé de les remplacer (je me demande s’ils ont une expression à eux pour «embauche» chez Total… «gonflement exceptionnel des effectifs», «accueil temporaire d’effectif amené à être ajusté peu après»…)

J’ajoute quelques éléments à cette guerre numéraire quotidienne: 6 français sur 10 ont une mauvaise image de Total (1). En septembre 2010, 30 personnes ont trouvé la mort à l’usine AZF (procès en cours).

Le SMIC s’élève à 1321,02 euros bruts.

Le RMI (pour une personne seule, sans enfants): 454,63 euros

Bref, Total, c’est l’incarnation de l’indécence capitaliste s’exprimant au grand jour. Une sorte de gros pléonasme à bénéfices incarnant une France écartelée entre extrême richesse et dénuement (2). Un plénonasme maniant l’euphémisme avec cynisme; ou comment cacher la détresse des travailleurs, de futurs drames personnels à grande échelle, sous le terme désincarné: «ajustement».

On s’insurge, bien évidemment, de cette «maladresse» extrême de la cossue Total – d’où les réajustements sémantiques de ses conseillers en communication. Le secrétaire d’État à l’Emploi parle de «scandale», Ségolène Royal – toujours à l’affût d’une solution «réaliste»… – suggère à l’État de «prélever les bénéfices» de l’entreprise, François Bayrou fustige la loi du profit pour le profit. C’est oublier que Total est l’arbre qui cache la forêt. Arbre colossal, certes, mais épiphénomène d’une situation globale des emplois en France. L’Insee estime à une moyenne de 8% le chômage au deuxième trimestre 2009. Certaines institutions et économistes évoquent la possibilité d’un taux de 10%… Bref, «travailler plus pour gagner plus», ça ne va pas être de la tarte.

(1) Selon Posternak Margerit/Ipsos.
(2) Le titre de cet article

Publié dans : SOCIAL |le 12 mars, 2009 |Pas de Commentaires »

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