Et quelle victoire………………….(08/05/2012)

Second tour : les surprises d’une victoire annoncée

Créé le 07-05-2012 à 18h32 – Mis à jour le 08-05-2012 à 08h32 70 réactions

Claude Weill

Force est de constater que la ligne nationale-populiste suivie par Nicolas Sarkozy a failli payer. Elle a séduit la majorité des électeurs lepénistes sans vraiment effaroucher les centristes, ni les « apolitiques ».

Valérie Trierweiler et François Hollande (Sipa)

Valérie Trierweiler et François Hollande (Sipa)

On attendait Hollande. Et c’est Hollande. Un résultat « normal », donc. Les chiffres du second tour n’en méritent pas moins d’être examinés avec attention, car ils marquent une inflexion par rapport à ceux du premier tour et apportent des enseignements utiles sur l’état de l’opinion.

La « raclée » n’a pas eu lieu. C’était la grande crainte de l’état-major sarkozyste – et l’espoir secret de quelques-uns, à l’UMP, qui, quitte à perdre, espéraient voir la ligne Buisson sévèrement sanctionnée. Cela n’a pas été le cas. Avec 48,38% des suffrages exprimés, le candidat sortant évite la débâcle. Son retard sur le vainqueur est deux fois moindre que celui de Ségolène Royal en 2007.

Jamais aucun des quelque 600 sondages d’intentions de vote publiés n’avait donné si peu d’écart. Ce 48,38% obtenu par Sarkozy est à comparer au score dont il était crédité dans les dernières enquêtes, réalisées les 3 et 4 mai, qui le situaient plutôt entre 47 et 47,5. Et aussi à son socle de départ, en février : aux alentours de 43 à 44%. Autrement dit : en trois mois de campagne active, Sarkozy a gagné 5 points, dont la moitié entre les deux tours (au lendemain du 22 avril, le rapport de forces entre Hollande et Sarkozy était d’environ 54/46) et 1 point dans les tout derniers jours. Ce en dépit du fait que toutes les enquêtes avaient donné Hollande vainqueur du débat du 2 mai.

Evaporation de l‘électorat de Mélenchon

La clef de cette minivague est évidemment à chercher dans les reports des voix. Et d’abord de celles de Marine Le Pen. Si l’on en croit la Sofres (sondage réalisé le jour du vote), 58% de ses électeurs ont voté Sarkozy, 14% Hollande, et 28% se sont abstenus ou ont voté blanc et nul. Si l’on s’en tient aux exprimés, cela fait 4 voix pour Sarkozy, 1 pour Hollande. Ou, en masse : 3.700.000 suffrages pour Sarkozy, 900 000 pour Hollande. Le reste se répartissant entre l’abstention (en hausse de 3,5 points par rapport à 2007) et les votes blancs et nuls, qui atteignent le taux record de 5,8% des votants.

A cette perfusion massive d’électeurs lepénistes s’ajoute un apport de suffrages venus de chez Bayrou : en dépit de la prise de position de celui-ci, et en dépit de la droitisation accentuée de la campagne de Sarkozy, ils ne se sont pas répartis en trois tiers, comme on l’espérait à gauche, mais se sont portés plutôt sur Sarkozy que sur Hollande (40% contre 28%, avec un petit tiers d’abstentions blanc et nuls).

Plus, toujours selon la Sofres, un renfort venu des abstentionnistes du premier tour : ceux qui se sont mobilisés le 6 mai auraient à près des deux tiers voté Sarkozy. A quoi on pourrait ajouter, en défaveur de François Hollande, une certaine évaporation de l‘électorat de Jean-Luc Mélenchon, dont un quart, apparemment, ne s’est pas reporté sur le champion de la gauche.

La bataille promet d’être rude

Cela éclaire la lecture que l’on peut faire de cette campagne. On ne saura jamais si une ligne plus « présidentielle » – disons plus modérée et rassembleuse – aurait permis à Sarkozy de faire mieux, voire de l’emporter. Mais force est de constater que la ligne national-populiste qu’il a suivie – centrée sur l’immigration, le « vrai » travail, l’antiélitisme, l’exaltation des frontières – a jusqu’à un certain point payé. Elle a séduit la majorité des électeurs lepénistes sans vraiment effaroucher les centristes, ni les « apolitiques ».

Voila qui en dit long sur les passions qui travaillent l’opinion française. Et qui ne va pas simplifier le débat stratégique qui s’ouvre à droite. Face aux Raffarin, Borloo et autres partisans d’un recentrage, Patrick Buisson et les tenants de la droite dure pourront continuer à soutenir que « l’école buissonnière » a limité la casse et sauvé Sarkozy du naufrage. Entre la droite dite « populaire » et les « humanistes », la bataille promet d’être rude.

D’autant que les sympathisants de l’UMP se déclarent massivement (à 70% selon Ipsos !) en faveur d’un accord de désistement avec le FN, aux législatives de juin. Et ceux du FN de même, dans une proportion similaire. Avec la victoire de François Hollande, c’est, pour la gauche, l’autre bonne nouvelle de ce 6 mai : la droite n’a pas fini de se débattre dans les mâchoires du piège bleu Marine.

Claude Weill – Le Nouvel Observateur 

Claude Weill

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Publié dans : Politique, PRESIDENTIELLES 2012 |le 8 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

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