L’édito de Laurent Joffrin…………………………(22/04/2016)

Toute institution cherche à se protéger en cas de scandale. Elle préfère, selon le jargon contemporain, «régler les affaires en interne», c’est-à-dire laver son linge sale en famille. Elle craint – c’est à la fois condamnable et courant – qu’un mouton noir débusqué ternisse l’image de tous les autres. L’Education nationale échappe-t-elle à la règle ? L’enquête exclusive que nous publions tend à prouver que non, même si la prompte réaction de la ministre laisse espérer à l’avenir une transparence améliorée. Ainsi une commission interne a décidé – à l’unanimité – qu’un professeur condamné à la prison ferme en Grande-Bretagne, peine assortie d’une interdiction de contact avec des enfants, pouvait malgré tout enseigner. Les arguments invoqués – incertitude de la justice britannique, doute sur la matérialité des faits – paraissent si faibles qu’un sentiment de malaise étreint le lecteur. La réaction de ces responsables éducatifs rappelle l’attitude oblique longtemps adoptée par l’Eglise catholique dans les affaires de pédophilie, que le film oscarisé Spotlight a mise en scène de manière spectaculaire. Elle renvoie aussi à une statistique inquiétante établie par le «John Jay report», publié avec l’accord de l’Eglise catholique américaine après le scandale de 2002, selon laquelle environ 4 % des prêtres américains avaient été mis en cause dans des affaires de ce genre, même si le pourcentage des clercs condamnés tombait à un chiffre nettement plus faible. Qu’en est-il dans les institutions éducatives ? Le ministère a diligenté une enquête dans une académie témoin, sans découvrir de cas litigieux. Il se donne un an pour vérifier les casiers judiciaires des 850 000 agents. L’enquête demandée par la ministre montre aussi que, dans l’académie de Versailles, sur dix années, il a été procédé à 14 révocations ou mises à la retraite d’office sur 24 affaires, ce qui tend à dissiper le soupçon de laxisme qu’on pourrait ressentir.

Pour autant, on sait que les victimes de pédophilie parlent peu, tout comme leurs parents, et que la lutte contre ce fléau exige prise de conscience collective, vigilance pointilleuse, procédures claires et sanctions rapides. Le cas dont nous parlons montre que ces exigences n’étaient pas respectées jusqu’à maintenant. Les associations de victimes estiment que nombre d’agressions sont encore ignorées ou tues. Les mesures prises par Najat Vallaud-Belkacem suffiront-elles ? L’étrange décision de la commission administrative montre en tout cas qu’elles étaient urgentes.

Laurent Joffrin

Liberation.fr

Publié dans : Education |le 22 avril, 2016 |Pas de Commentaires »

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