La lettre de Laurent Joffrin………………………(10/03/2017)

Libération

10 mars 2017
Laurent Joffrin
La lettre de campagne
de Laurent Joffrin

Le grand oral de «petit Benoît»

Hamon a livré hier soir sur France 2 une prestation fort honorable. Calme, sympathique, il a répondu avec précision à une série d’interrogateurs peu amènes. Sa mise au point sur le travail, face au souriant cuisinier Thierry Marx, était bienvenue ; son nouveau revenu universel-non universel a l’avantage d’être finançable ; on ne peut pas reprocher au candidat socialiste de proposer une mesure utopique puis, une fois le projet ramené à plus de réalisme, souligner son manque d’ambition. Il veut améliorer le sort des plus pauvres ? Quel crime !

De même on ne peut pas pousser les hauts cris quand il évoque une restructuration de la dette française et se gausser quand il revient en arrière pour plaider une mutualisation européenne ; c’était à l’origine une proposition allemande, récusée par Angela Merkel, mais qui n’a rien de farfelu. Au vrai, en rachetant massivement des titres, la Banque centrale européenne mutualise sans le dire.

Question décisive : Benoît Hamon fait-il président ? La réponse est nécessairement subjective. Mais beaucoup se la posent.

Deux faiblesses, en tout cas. L’attaque contre Macron est purement rhétorique. L’argument «vous faites monter le Front national» est un pont-aux-ânes de la polémique publique. On peut l’employer dans tous les sens. Si le libéralisme favorise le Front national, Sarkozy et Fillon sont coupables, plus que Macron. Si c’est l’Europe, tous les pro-européens sont coupables, Hamon compris. Si c’est l’ouverture des frontières, le mondialisme libéral et l’altermondialisme se retrouvent tous deux sur le banc des accusés. Comme il y a des partis nationalistes dans la plupart des pays européens, quel que soit leur système social ou leur performance économique, il y a fort à parier que les facteurs culturels jouent un rôle aussi important que la situation sociale. Pas de causalité simple, donc. Difficile d’en tirer un réquisitoire sommaire contre tel ou tel.

Quant au point central du projet hamoniste, le rapport au travail, il souffre d’une contradiction interne. A moins d’une baisse d’attention coupable, on n’a pas entendu prononcer le mot chômage dans cette émission, alors que le sous-emploi reste le fléau de la société française. Hamon postule que la croissance ne reviendra pas et Jadot dit que c’est une bonne chose (pour sauvegarder la planète). Qui le sait ? Elle ne remontera pas à 5% par an, certes. Mais à 1,5 %, seuil au-delà duquel le chômage commence à diminuer ? Hamon récuse la politique de l’offre et prévoit une augmentation du pouvoir d’achat pour les classes défavorisées. N’est-ce pas qu’il compte sur une demande plus forte pour favoriser l’activité et la création d’emplois ? Sur la croissance, donc…

C’était hier

L’impudence frontiste est frontale. Marine Le Pen condamne sans pitié les «politiciens corrompus», les emplois fictifs et le détournement de l’argent public. Sauf quand elle est elle-même accusée. Dans ce cas, elle refuse de répondre à la convocation des juges. C’est la force du réquisitoire «anti-système», qui repose sur un affect et s’évade de toute raison. Quand il est corrompu, on dénonce «le système». Quand il lutte contre la corruption, on le dénonce aussi.

Macron veut amadouer les partisans de Juppé, accusé par les conservateurs fillonistes de représenter la droite molle. Il reçoit le soutien de Bertrand Delanoë, auquel la gauche de gauche reproche son demi-socialisme et son demi-libéralisme. Un mou à droite, un mou à gauche.

Un certain Asselineau, François de son prénom, a obtenu ses 500 parrainages. C’est un ancien énarque souverainiste et pasquaïen, complotiste sur les bords, qui accuse les médias de passer sous silence son magnifique message. Il veut sortir de l’Europe. Comme Dupont-Aignan et Marine Le Pen disent la même chose, on peut légitimement se demander à quoi il sert. Ses affiches sont apposées à la sortie des métros parisiens. Un candidat souterrain, en quelque sorte. Mais écrire cela, c’est se désigner d’avance comme membre du complot.

Laurent Joffrin
Publié dans : Politique |le 10 mars, 2017 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Vu de Corbeil-Essonnes |
ARCHITECTURE D'UN CONGO NOU... |
DEBOUT SAINT ETIENNE |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | PS : UN NOUVEAU SOUFFLE POU...
| Comité de soutien de Quetig...
| Ségolène Royal présidente