La lettre de Laurent Joffrin…………………(10/04/2017)

Libération 10 avril 2017
Laurent Joffrin
La lettre de campagne
de Laurent Joffrin

Tout un programme

C’est avec des civils qu’on fait des militaires. C’est avec des modérés qu’on fait des mélenchonistes, avec des soumis qu’on fait des insoumis. Avérée par tous les instituts, la percée de Jean-Luc Mélenchon correspond au glissement réel d’une partie de l’opinion. Le candidat de La France insoumise a gagné quelque six points depuis le début de la campagne, soit environ 1,8 million de voix, peut-être 2 millions (cela dépend du taux d’abstention, qu’on ne connaît pas encore). Ces transfuges ne sont plus rebutés, de toute évidence, par le discours radical de Jean-Luc Mélenchon. Ils adhèrent à la personne. Ont-ils vraiment lu le projet ? Si oui, nous assistons à un gauchissement spectaculaire de l’opinion française, dans un pays qui tend à se droitiser (paradoxe compliqué mais réel : des deux côtés, les extrêmes progressent).

Un cinquième environ de l’électorat, donc, souhaite désormais accroître les salaires de 6% en moyenne, revenir aux 35 heures, aller vers les 32 heures, restaurer la retraite à 60 ans, lancer un plan d’investissement de 100 milliards d’euros, supprimer le CICE, instaurer une gratuité totale des soins, accroître les indemnités de chômage, créer une allocation autonomie pour les jeunes, nationaliser les industries d’armement et la production d’électricité, embaucher 60 000 professeurs… Le tout financé par un accroissement des prélèvements obligatoires de 45% à 49%, une augmentation de l’impôt sur le revenu jusqu’à 90%, une hausse de l’ISF, une inflation à 4% en fin de période, et une création monétaire conséquente qui financerait la dette publique. Et l’Europe ? On l’obligerait à ratifier cette politique ou bien on en sortirait. Bref, un programme de rupture qui aurait fait dresser les cheveux sur la tête des mêmes électeurs s’ils étaient restés là où étaient il y a deux semaines. Après, on dira que les Français sont rétifs au changement. A moins qu’ils n’aient pas encore lu le programme de Jean-Luc Mélenchon…

Et aussi

• Rien de tel qu’un retour aux sources. Marine Le Pen estime que ce n’est pas «la France» qui est responsable de la rafle du Vél d’Hiv. Vieille histoire. Il y a en fait deux versions de cette théorie. Celle de Marine Le Pen, précisée dans un communiqué. Par horreur de «la repentance», elle s’en tient à la fiction historique instaurée par le général de Gaulle en 1944 et maintenue, entre autres, par Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand : la France était à Londres, pas à Vichy. L’ennui, c’est que Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont entre-temps précisé les choses : c’est la République qui était à Londres et l’Etat français à Vichy. La France était partagée, favorable au maréchal Pétain au début, puis ralliée progressivement à De Gaulle. On estime donc aujourd’hui, sans être pour autant masochiste, que la France porte une part de responsabilité dans les horreurs de Vichy, et donc dans la rafle du Vél d’Hiv, organisée conjointement par les nazis et le gouvernement Laval, réalisée par les policiers français. Le gaullisme orthodoxe de Marine Le Pen est sans doute un progrès par rapport aux anciennes positions du FN, très maréchalistes. Mais sont-elles si anciennes ? Bruno Gollnisch a donné sa version : la rafle du Vél d’Hiv a été organisée à Paris alors que le gouvernement était à Vichy (sous-entendu, le Maréchal est innocent). Sophisme notoirement collaborationniste : la rafle découle de l’accord passé avec les Allemands par René Bousquet, secrétaire général de la police, nommé… par le Maréchal. Derrière le néo-gaullisme du FN, le vieux pétainisme.

• «Je ne vous demande pas de m’aimer, mais de me soutenir», dit François Fillon à ses partisans réunis porte de Versailles. Traduction : peut-être me prenez-vous pour un malhonnête, mais je défends vos idées. On a connu des appels plus enthousiasmants.

• Le Figaro brise un tabou : il a fait sonder des seconds tours avec les troisième et quatrième du premier tour. Macron bat Le Pen 61% contre 39%, Fillon 55% contre 45% et Mélenchon 57% contre 43%. En cas de duel Macron-Fillon, le premier écrase le second par 66% contre 34%. Exercice amusant dans le Figaro, quoique très hypothétique : il tend à montrer que Fillon est le candidat le plus faible.

Laurent Joffrin
Publié dans : Politique |le 10 avril, 2017 |Pas de Commentaires »

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