Archive pour le 1 mai, 2017

Vive l’unité………………………………(01/05/2017)

Publié dans:Politique |on 1 mai, 2017 |Pas de commentaires »

Lalettre de Laurent Joffrin………………….(01/05/2017)

Libération 01 mai 2017
Laurent Joffrin
La lettre de campagne
de Laurent Joffrin

Une sourde inquiétude

Etrange atmosphère, qui évoque celle qui régnait aux temps du référendum sur le traité constitutionnel européen. Les sondages donnent huit à dix points d’avance à Emmanuel Macron, mais cet écart confortable semble soudain fragile. Macron a perdu quatre ou cinq points en une semaine de campagne, ses arguments, même les plus justes, peinent à accrocher, les électeurs fillonistes et les mélenchonistes pensent que «le système» (lequel ? peu importe : la justice, les médias, la finance, tout, quoi…) leur a volé la qualification, ce qui rend les reports plus difficiles. Macron est pour la mondialisation, l’Europe plus unie, l’immigration, la concurrence, l’ouverture : tout ce que les Français, si souvent, détestent.

Iago de la République, Nicolas Dupont-Aignan a rejoint le Front national qu’il avait juré de combattre. Aussitôt, ses deux vice-présidents ont démissionné, préférant la solitude au déshonneur. On lui promet en échange Matignon. C’est donc la soupe qui le motive, fatigué d’un long chemin solitaire. Une soupe à l’oseille : on soupçonne un arrangement financier qui lui permettra de se faire rembourser des avances de campagne.

Marine Le Pen en a profité pour arrondir les angles. Elle remet en avant son ancienne proposition d’une monnaie commune qui se superposerait à la monnaie nationale qu’elle veut restaurer. Ainsi la France sortirait de l’euro sans sortir tout en sortant. La solution pose de multiples problèmes politiques et techniques. Un seul exemple : la Banque de France indépendante mais liée à la Banque centrale européenne financerait-elle le déficit du budget national ? Si oui, on voit mal la BCE, qui gardera un rôle important, l’accepter. Si non, le FN ne pourra en rien financer son programme déjà ultra-dépensier. Et quid de la dette ? En francs dévalués ou en euros ? En francs, les créanciers seront estampés. En euros, ce seront les contribuables français qui paieront la dette plus cher. Après la séparation, la confusion… Mais les électeurs retiendront surtout que Marine Le Pen a mis de l’eau dans son vin anti-européen, ce qui fait tomber des préventions. Macron a une seule solution : rassembler les républicains. Mais pour cela, il faut leur promettre de ne pas faire comme Chirac en 2002. C’est-à-dire de rassembler aussi après.

Et aussi

Les mots d’ordre du 1er mai sont un modèle de byzantinisme. Les uns appellent à voter Macron, les autres à voter contre Le Pen sans prononcer le nom de Macron, d’autres encore en tiennent toujours pour l’abstention tout en fustigeant Le Pen, ce qui est contradictoire. Trois militants socialistes ont appelé à un rassemblement en disant qu’il fait faire barrage à Le Pen en ne votant pas pour elle et en ne votant pas blanc. Donc en votant Macron. Mais ils n’arrivent pas à le dire. Cachez ce bulletin que je ne saurais voir…

• Un timide rayon de soleil : un sondage OpinionWay ramène les intentions de vote Le Pen à 39%, en baisse d’un point. Mais les marges d’erreur sont toujours de 2%. Une hirondelle sondagière ne fait pas le printemps.

• Borloo se découvre macronien en diable. Voilà qui n’arrange pas Baroin, qui se voit Premier ministre de la droite et du centre, imposant une cohabitation au président Macron. Baroin refuse toute coalition avec En marche, Borloo dit exactement le contraire.

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 1 mai, 2017 |Pas de commentaires »

L’édito de Laurent Joffrin………………(01/05/2017)

Édito

De gauche, le refus de voter ? De gauche le vote nul ou le vote blanc ? Examinons. Par colère contre la classe dirigeante, par allergie au social-libéralisme, par volonté de jouer jusqu’au bout le «dégagisme», des électeurs de bonne foi sont tentés par l’abstention devant le choix Macron-Le Pen. Est-ce logique ? Il faut, pour répondre oui, passer sur de redoutables contradictions. Car, enfin, peut-on adhérer à la cause des sans-papiers, prêcher l’accueil des réprouvés de la Terre et hésiter à combattre dans l’urne une candidate qui propose de lancer une chasse féroce aux immigrés en situation irrégulière, de supprimer le droit du sol et l’aide médicale d’Etat ? Peut-on condamner la déchéance de nationalité il y a un an et voter blanc ou nul quand le FN prévoit de l’étendre à des milliers de binationaux sur simple suspicion policière ? Peut-on soutenir le mariage pour tous et s’abstenir quand le FN propose de l’abroger ? Peut-on rejeter Fillon pour cause d’affaires judiciaires et rester indifférent aux mêmes casseroles que le FN traîne à ses basques ? Peut-on dénoncer le programme économique de Macron et se soucier comme d’une guigne d’un projet frontiste démagogique à souhait, qui prévoit quelque 80 milliards de dépenses supplémentaires en les finançant par l’endettement ou la planche à billets et, surtout, par des économies sur l’immigration, alors que la plupart des spécialistes de droite et de gauche contestent le chiffrage du FN sur ce point ? Peut-on soutenir Christiane Taubira et rester insensible devant un projet qui renforcera comme jamais l’arsenal répressif français ? Peut-on refuser, en un mot, de choisir entre une candidate qui prend l’étranger pour bouc émissaire et un candidat qui ne le fait pas ?

On dit que le libéralisme ouvre la voie au Front national et donc que le vote Macron favorisera un jour la victoire du FN. C’est le choix de Gribouille : jetons-nous à l’eau par crainte de la pluie. Pour ne pas être mouillé demain, on préfère se noyer tout de suite. Dans cette élection nationale, ce qui favorise le Front national, ici et maintenant, c’est de ne pas voter contre lui le 7 mai. Il sera temps, dès le 8 mai, de récuser le social-libéralisme. Lequel, à moins d’entretenir la confusion, n’est pas l’ultralibéralisme, loin de là. A supposer que le programme Macron soit appliqué dans sa totalité, l’Etat-providence français restera le même à peu de choses près, la France continuera de détenir le record européen de la dépense publique et l’Etat gardera sa place éminente, ce qui est le contraire de «l’ultralibéralisme». Et, surtout, l’opposition à Macron aura tout loisir de se déployer une fois le danger principal écarté. José Bové, altermondialiste émérite, François Ruffin, inspirateur de Nuit debout, Pierre Laurent, chef du Parti communiste, l’ont compris : ils appellent à voter pour le candidat d’En marche. Ruffin glissera dans l’urne un bulletin Macron le jour du vote et combattra sa politique le lendemain. Un peu de bon sens ne fait pas de mal. Et ce n’est pas seulement une rhétorique militante. Dans la Ve République, le président domine, sauf si l’Assemblée ne le suit pas. C’est un régime présidentiel à veto parlementaire. Un président sans majorité à l’Assemblée, Macron par exemple, ne peut orienter la politique du pays. D’où les cohabitations, qui transfèrent au Premier ministre l’essentiel du pouvoir face à un président du bord opposé. Dans ces procédures républicaines, la force du FN a créé une logique nouvelle : on élimine à la présidentielle, on choisit aux législatives. On élimine Fillon puis Le Pen à la présidentielle. On désigne ensuite la majorité parlementaire, qui l’emportera en tout état de cause, pour Macron ou contre lui. Autrement dit, le vote Macron peut être complété en toute légalité républicaine par un vote plus à gauche aux législatives, qui influera sur la politique menée. Il n’engage pas encore l’avenir. Il conjure seulement un futur cauchemardesque. Il est donc de toute nécessité. On dira que ce sont banalités républicaines. Mais justement : c’est bien l’esprit de la République qui est en jeu. La République qui réunit les citoyens au lieu d’ostraciser les minorités, la République qui garantit les libertés publiques au lieu de les tenir pour un obstacle à l’identité, la République qui accueille tous ses enfants au lieu, comme le fait Marine Le Pen, d’accuser ceux qui sont contre elle d’être de mauvais Français, de conspirer à la destruction de la nation, la République qui proclame l’égalité des droits au lieu de glorifier la discrimination, la République qui laisse ouvert le choix des politiques, du centre, de droite ou de gauche, au lieu de jeter la France dans l’enfermement nationaliste. La République, les choses étant ce qu’elles sont, c’est le vote anti-Le Pen. C’est donc le vote Macron.

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