La lettre de Laurent Joffrin…………………..(22/09/2017)

Libération 22 septembre 2017
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le vilain petit Philippot

C’est le nouveau Calimero, le poussin noir maltraité, le vilain petit canard mis à l’écart par le reste de la portée, que sa mère ne protège pas… Florian Philippot, contraint au départ par la direction du Front national, a gagné son statut de victime de la discrimination frontiste. Pour un peu, il demanderait l’asile à la République, tel un réfugié afghan chassé par la guerre civile. Il y a un fond de vérité dans cette qualité que ne sont pas loin de lui attribuer une partie des commentateurs. Marine Le Pen a fait dans le débat contre Macron étalage de son incompétence. Il fallait trouver un bouc émissaire à ce lamentable ratage. Comme la présidente du Front national ne peut se limoger elle-même, elle a trouvé une victime expiatoire en la personne de son numéro 2, désormais condamné aux travaux forcés des responsables politiques marginaux. Philippot va essayer de gérer sa petite boutique des horreurs dans les ténèbres extérieures de la formation d’extrême droite, qui a survécu au « pu-putsch » mégrétiste, selon l’expression employée à l’époque par Jean-Marie Le Pen, et se remettra fort bien du «schi-schisme» philippotien. Le numéro 2 devenu numéro 0 tentera de survivre en s’alliant à d’autres grands blessés de la présidentielle comme Nicolas Dupont-Aignan. Celui-ci réunissait ses troupes dans une cabine téléphonique. A deux, ils pourront se mettre dans un abribus. Malédiction plus terrible encore, il pourrait être contraint, en souverainiste perdu dans le désert, de solliciter l’hospitalité d’Elisabeth Lévy, de Natacha Polony ou même d’Eric Zemmour…

Ironie du sort, ce patriote est l’indirecte victime du Léviathan qu’il dénonce depuis toujours : l’Europe unie. Considérant les sondages, écoutant leurs électeurs, les stratèges frontistes ont constaté que l’idée d’un «Frexit» caressée par Philippot inquiétait leurs soutiens dans la population. Réaliste, Robert Ménard, le meilleur politologue de Béziers, a dit tout haut ce que tant de frontistes murmuraient de moins en moins bas : la rhétorique anti-euro de Philippot et son tropisme «mélenchonien de droite» expliquent l’échec du FN à l’élection. «L’immigration, idiot !» disent les responsables frontistes, comme les conseillers de Bill Clinton répétaient en leur temps «l’économie, idiot !», ce qui a le mérite de simplifier le discours lepéniste et revient à la portée de sa présidente, qui s’est embourbée face à Macron dans les méandres de la réforme monétaire. La conclusion est claire : même dans l’électorat frontiste, on redoute une rupture avec l’Union. Sans rien dire et sans rien faire, l’Europe a précipité la chute de son procureur. Pour avoir oublié que l’immigration était l’alpha et l’oméga du discours d’extrême droite, Philippot subit le sort d’un simple sans-papiers : il est reconduit à la frontière.

Et aussi…

Les mouvements de protestation contre la loi travail se sont éparpillés façon puzzle. Le résultat ne s’est pas fait attendre : le nombre de manifestants a chuté de moitié d’une semaine à l’autre. Chacun a voulu montrer sa force. Pour l’instant, tout le monde montre sa faiblesse. Emmanuel Macron en profite pour mettre en scène la signature d’ordonnances qu’on aura bien du mal ne serait-ce qu’à amender. Pourquoi se gênerait-il ?

Theresa May a choisi le «soft Brexit» : elle honorera les engagements financiers de la Grande-Bretagne envers l’Union et propose une période de transition de deux ans après la séparation, pendant laquelle rien ou presque ne changera. Divorce à l’amiable ? Ou divorce à reculons ? On pense au Cid : «Va je ne te hais point…» Chimène May regretterait-elle déjà Rodrigue Juncker ?

Laurent Joffrin
Publié dans : Politique |le 22 septembre, 2017 |Pas de Commentaires »

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