Les « egologistes »……………………..(29/12/2017)

La politique en vrac (3/6)

EE-LV : «On n’avait plus affaire à des écologistes mais à des « égologistes »»

Par Pierre-Henri Allain, correspondant à Rennes — 28 décembre 2017 à 20:06
Yvette-Rose Rayssiguier s’est engagée auprès des victimes de pesticides. Gérard Caillou est référent pour son quartier.Zoom
Yvette-Rose Rayssiguier s’est engagée auprès des victimes de pesticides. Gérard Caillou est référent pour son quartier. Photo Thierry Pasquet. Signatures pour Libération

Europe Ecologie-les Verts est en lambeaux. En Bretagne, nombre de ses militants, déçus par les chamailleries et les ambitions personnelles, ont fui le parti pour s’engager auprès d’associations et faire de la politique autrement, en privilégiant le terrain.

  • EE-LV : «On n’avait plus affaire à des écologistes mais à des « égologistes »»

Pétris de doutes quant à l’avenir de l’écologie politique, usés par les défections et les batailles d’ego à la tête du parti, beaucoup de militants bretons d’Europe Ecologie-les Verts (EE-LV), à l’instar du mouvement à l’échelle nationale, ont le moral en berne. «C’est vrai qu’on est arrivé au bout d’une histoire et, dans la perspective des assises de l’écologie en 2018, il va falloir repartir d’une page blanche, convient Didier Chapellon, candidat aux dernières législatives à Rennes. Mais on reste tous persuadés que l’écologie politique est indispensable.» Pris d’une grande lassitude, l’hémorragie de militants engagés dans le combat politique est toutefois tangible. En France leur nombre aurait diminué de moitié pour passer en quelques années de 10 000 à près de 5 000 adhérents.

Cour des miracles

En Bretagne, région où les Verts ont toujours réalisé de bons scores, une bonne centaine d’adhérents ont déserté les rangs du parti, douchés par les guerres intestines nationales autant que par les revers électoraux. La dynamique qui avait prévalu lors des régionales de 2010 et permis l’élection de sept candidats EE-LV au conseil régional, est retombée en 2015, année où la liste menée par René Louail n’a pu se maintenir au second tour, entraînant la disparition pure et simple des écologistes à l’assemblée régionale.

Si beaucoup de militants se sont détournés du combat politique, ils n’ont pas abandonné pour autant la bataille. Et c’est désormais au quotidien comme au sein d’associations citoyennes ou environnementales qu’ils font entendre leur voix. C’est le cas de Gérard Caillou, 63 ans, que l’on retrouve à la Cour des miracles, café librairie niché au cœur de Rennes, faisant aussi office de lieu de rendez-vous pour les écologistes et les militants de gauche de tout poil. Fils d’ouvrier, ancien professeur des écoles puis directeur d’établissement scolaire, ce solide gaillard se souvient avoir été enthousiasmé par la création d’EE-LV, un mouvement qui, selon lui, «transcendait les partis politiques traditionnels». Mais l’attitude des leaders du mouvement et son fonctionnement vont avoir raison de cet élan. «En 2015, quand je me suis aperçu que les élus EE-LV à l’Assemblée nationale ne tenaient pas compte des remontées des fédérations et qu’on n’avait plus affaire à des écologistes mais à des « égologistes », je n’ai pas renouvelé mon adhésion. Des gens comme Jean-Vincent Placé, dont le but ultime était de devenir ministre ou Emmanuelle Cosse, l’ex-secrétaire nationale qui a rejoint Hollande sans prévenir personne, ont tué l’esprit de l’écologie politique qui se mettait en place.»

Après s’être présenté aux départementales de 2015 comme suppléant sur le canton d’Antrain (Ille-et-Vilaine) puis avoir activement participé à la campagne des régionales, Gérard Caillou, qui vit à Cesson-Sévigné, près de Rennes, quitte donc EE-LV mais ne reste pas inactif. «Je m’intéresse davantage à des problématiques locales, explique-t-il. Je suis référent de mon quartier pour la municipalité. Je fais du porte à porte pour aller à la rencontre des gens et discuter de leurs problèmes quotidiens. C’est la replantation d’arbres, l’aménagement d’un square ou d’un sentier piétonnier pour rejoindre un arrêt de bus. C’est la politique du colibri, une façon de mettre en action ses idées, modestement. Cela me permet aussi d’échanger avec des gens qui ne sont pas forcément d’accord avec moi, de poser des questions, de faire réfléchir.»

Adhérent d’une Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) qui lui fournit ses légumes bio et client d’Enercoop, un fournisseur d’électricité issue d’énergies renouvelables, ce fervent adepte des déplacements en vélo, un moyen de transport dont il se sert jusque dans ses voyages sur les routes d’Europe, se fait ainsi, au quotidien, le chantre de solutions alternatives au modèle consumériste dominant. Délivré de son engagement politique, il a plus de temps à consacrer à d’autres causes, comme son opposition au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou les actions de coopération avec Dan-Kassari, la ville du Niger avec laquelle est jumelée Cesson-Sévigné.

Bisbilles

Engagée depuis de nombreuses années dans des mouvements associatifs et syndicaux, Yvette-Rose Rayssiguier a elle aussi été séduite par Europe Ecologie au moment des européennes de 2009, dont elle se souvient du «manifeste magnifique». Engagée dans la campagne des régionales de 2010, elle a aussi siégé dix-huit mois au conseil régional de Bretagne. Une expérience qui lui a laissé des souvenirs mitigés et a contribué à son éloignement du mouvement. «Je me suis rendu compte, alors qu’on était un des groupes les plus engagés, les plus présents, que le travail de fond sur les dossiers ne paie pas, raconte-t-elle. J’ai réalisé que la politique c’était beaucoup de communication, un art du spectacle et que quand on était élu, il nous manquait du temps pour travailler avec les gens, être sur le terrain, comprendre les problèmes.» Les bisbilles et les «ambitions personnelles»la convaincront de prendre ses distances. Pour se trouver très vite un nouveau champ où s’investir : le collectif de soutien aux victimes de pesticides de l’Ouest, né en réponse aux problèmes de santé rencontrés par les employés de la coopérative bretonne Triskalia, exposés à ces produits. «Quand j’ai vu le documentaire la Mort est dans le pré, ça m’a bouleversé. J’ai découvert tous les dégâts humains du modèle économique et social agricole imposé par le système.»

Soutien moral et accompagnement des victimes dans leurs démarches juridiques, sociales et de soins sont devenus quelques-unes des activités de la militante qui participe aussi à des conférences sur «les vertus des produits de la ruche» ou des soirées débats sur les dangers des pesticides ou sur les lanceurs d’alerte. «Je ne fais pas de la politique avec un grand P, mais je me réalise mieux ainsi, confie-t-elle, sans être loin de mes préoccupations écologiques puisque derrière la question des pesticides, ce sont les questions des modes de production agricole et de consommation qui sont posées».

Ancien militant socialiste puis des Verts pour les européennes de 2009, Christian Gentilleau s’est éloigné du mouvement écologiste après les régionales de 2015, déçu par les résultats du scrutin autant que par le fonctionnement du parti. D’autant plus que cet ingénieur agricole en retraite s’était fortement investi dans le programme de la liste menée par René Louail. «Au départ, il y avait un véritable projet mais EE-LV a été miné par les conflits internes, regrette-t-il. Les revers électoraux en sont la conséquence et l’échec de Réné Louail m’a paru d’autant plus injuste que son programme était excellent.» Qu’à cela ne tienne, Christian Gentilleau en a profité pour lancer un projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps, à savoir la création de Champ de justice, une association qui travaille à la réalisation d’un lieu dédié à la mémoire judiciaire. «Nous avons en projet un musée vivant et interactif, avec des parcours autour de grands procès, abordant aussi bien la justice militaire avec le procès Dreyfus que le procès de la marée noire de l’Amoco Cadiz», précise-t-il.

Pour cet écologiste qui roule en Prius et a installé des panneaux solaires sur le toit de sa maison pour chauffer son eau, ce thème est en effet à peu près aussi essentiel que les problèmes environnementaux. «La justice autant que l’écologie ont toujours été des fondements moteurs de mon militantisme», souligne-t-il. L’ancien ingénieur défend également avec force le réseau des Biocoop, très présent à Rennes, et dont il est adhérent. Un vecteur crucial selon lui pour favoriser la consommation de produits bio. «Les consommateurs sont en train de prendre conscience de leur pouvoir pour faire évoluer les choses, favoriser les circuits courts, une autre agriculture, c’est aussi là que ça se joue», insiste-t-il. L’ancien adhérent d’EE-LV ne se fait en revanche guère d’illusions sur l’avenir du mouvement. «Mis à part des résistances locales comme à Rennes où il y a un groupe d’élus à la mairie qui fait du bon travail, EE-LV est en train de se dissoudre. Mais tous les militants ou presque sont impliqués dans des associations de terrain et en prise avec des problèmes actuels liés à la consommation, l’énergie, le logement… C’est peut-être comme cela qu’on a le plus d’efficacité.»

«Porosité»

Pour Matthieu Theurier, chef de file d’EE-LV à la mairie de Rennes, qui souligne «la porosité» qui a toujours existé entre les associations écologistes et citoyennes et l’engagement politique, c’est là en tout cas une bonne raison d’espérer. «Le sentiment qu’EE-LV n’est plus le bon véhicule pour porter nos convictions est largement partagé, admet-il. Mais le socle idéologique est toujours là et ceux qui se sont mis en sommeil ou se sont éloignés n’ont pas abandonné la cause.» Une manière de dire que ce sont des gens que l’écologie politique retrouvera, le jour où elle sera parvenue à proposer quelque chose de différent.

Photo Thierry Pasquet. Signatures pour Libération

Pierre-Henri Allain correspondant à Rennes

Publié dans : Ecologie |le 29 décembre, 2017 |Pas de Commentaires »

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