Tout le travail des résistants mis à la poubelle….(16/02/2018)

Récit

SNCF : le gouvernement sur la ligne droite

Par Franck Bouaziz — 15 février 2018 à 20:56
La SNCF va être confrontée à la concurrence à partir de 2019.
La SNCF va être confrontée à la concurrence à partir de 2019. Photo Jean Gaumy. Magnum Photos

Remis au gouvernement jeudi, le rapport de Jean-Cyril Spinetta prône une forte libéralisation de l’entreprise publique. Retour sur les points essentiels.

  • SNCF : le gouvernement sur la ligne droite

Il faut parfois se méfier des lettres de mission dont on pourrait penser qu’elles vont aboutir à un rapport destiné aux oubliettes de l’histoire. Le document de 120 pages commandé par le ministère des Transports sur l’avenir du secteur ferroviaire, et remis jeudi au gouvernement, est peut être le point de bascule qui va faire entrer l’entreprise publique dans une nouvelle ère. Celle où le client éclipse définitivement l’usager et où la maîtrise des coûts se substitue aux notions de service public et d’aménagement du territoire.

Notons d’abord que le rédacteur de ce document, à la saveur passablement transgressive, n’est pas un perdreau de l’année. Jean-Cyril Spinetta a dirigé pendant plus d’une décennie Air France, dont il a piloté l’ouverture du capital puis la privatisation à l’occasion de la fusion avec la compagnie néerlandaise KLM. Il sait toutefois que le modèle économique d’une compagnie aérienne comme celui d’un opérateur ferroviaire est fragile.

Ce rapport intervient également à un moment où le gouvernement a décidé de prendre le sujet SNCF à bras-le-corps, et dans sa globalité. Par le passé, l’entreprise publique, dont les personnels ont la capacité de bloquer la France, pour les voyageurs comme pour les marchandises, n’a été réformée que par petites touches successives. Un jour les retraites, un autre la riposte face aux transporteurs low-cost…

Tête de gondole

Cette fois-ci, toutes les forces et faiblesses de la SNCF sont passées en revue, avant la formulation de 43 propositions extrêmement concrètes. Et certains (gros) tabous n’ont pas été évités, aussi bien sur la transformation juridique de l’entreprise que sur le statut des nouveaux embauchés. Mais aussi côté voyageurs. Pour les 200 lignes régionales sur lesquelles circulent moins de 13 trains par jour, et à bord desquels on compte moins de 30 voyageurs, le verdict est sans appel : ces liaisons secondaires coûtent 1,2 milliard par an à la SNCF, pour 2 % des passagers transportés. Le rapport propose carrément de les fermer, ou de les transférer aux régions si celles-ci en font la demande.

En sortant du bureau du Premier ministre, premier destinataire de ce rapport, Jean-Cyril Spinetta a tenu un discours de gestionnaire : «Les concours de l’Etat et des collectivités locales à la SNCF sont de 10,5 milliards par an et, malgré tout, la dette augmente de 3 milliards par an. Dès lors, il faut se demander si chaque euro dépensé crée de la valeur.»

Force est de constater que les notions d’aménagement du territoire et de service public ne figurent plus vraiment en tête de gondole. Un changement d’ère qui passe difficilement auprès des élus. «Comment Jean-Cyril Spinetta peut-il dire que le réseau à grande vitesse est abouti, alors que la quatrième ville de France n’est pas raccordée au TGV ? Je l’invite à venir en train à Toulouse et à Perpignan pour qu’il puisse en prendre la mesure», s’emporte la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, qui s’inquiète d’un mouvement vers «une République profondément injuste».

Big bang

Son positionnement n’est finalement pas très loin de celui des organisations syndicales : «L’entreprise est viable avec le statut de la SNCF, les derniers résultats, qui ont frisé le milliard de bénéfice [avant impôts et dividendes, ndlr] le démontrent», estime Erik Meyer, secrétaire fédéral de SUD rail.

Soucieux d’apaiser les représentants des salariés et les élus régionaux, le ministère des Transports a déjà programmé une série de discussions avec eux, afin de leur «vendre» les principales mesures du rapport. Foin des résistances et des inquiétudes des adeptes de la SNCF «canal historique», les partisans de la réforme semblent décidés à lancer la mutation de l’entreprise. Face à la concurrence programmée à partir de 2019, ils militent pour une SNCF en ordre de bataille, débarrassée de sa dette, aux coûts de production réduits et au réseau sensiblement allégé.

Une mutation qui aura été orchestrée en trois temps. D’abord, par quelques petites phrases d’Emmanuel Macron, aux premiers jours de juillet, lors d’un échange avec des cheminots. Dans cette discussion dûment retranscrite par le magazine interne de la SNCF, le chef de l’Etat évoquait déjà une reprise de la dette de la SNCF par l’Etat, mais demandait en retour un effort de l’entreprise, notamment sur le statut des cheminots. Bref, les termes du deal étaient posés.

Le rapport de Jean-Cyril Spinetta constitue la deuxième étape et se situe en ligne avec les propos présidentiels. Le troisième temps pourrait être le dépôt d’un projet de loi reprenant au moins une partie des propositions Spinetta. La transposition de la directive européenne sur l’ouverture du transport ferroviaire à la concurrence impose en effet un passage devant le Parlement. Mais le texte présenté aux élus pourrait être bien plus vaste. Une réforme big bang qui aura aussi valeur de nouveau test pour Emmanuel Macron sur la vigueur du mouvement syndical.

Franck Bouaziz

Liberation.fr
Publié dans : ACTUALITES |le 16 février, 2018 |Pas de Commentaires »

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