La lettre de Laurent Joffrin………………..(03/04/2018)

Libération 03 avril 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Succès syndical

Le premier point est pour les syndicats. Comme on le prévoyait, la grève à la SNCF a été fortement suivie, notamment chez les agents indispensables à la circulation des trains. Un TGV sur huit circule en moyenne, un train sur cinq sur le reste du réseau. A ce stade, c’est le conflit le plus dur qu’on ait observé depuis des lustres à la SNCF. Le gouvernement impute aux syndicats la responsabilité du mouvement, ce qui est techniquement vrai et politiquement très contestable. La suppression du statut de cheminot ne figurait pas dans le programme d’Emmanuel Macron et l’application de la directive européenne qui prévoit l’ouverture à la concurrence était modulable. Beaucoup pensent que les conditions d’emploi des cheminots étaient négociables à l’intérieur du statut, dont l’abolition pour les nouveaux entrants agit comme un chiffon rouge. La dramatisation excessive de la situation de la compagnie a aussi joué un rôle : en décrivant une société pratiquement à l’agonie, le gouvernement a braqué les cadres de l’entreprise en même temps que les syndicats les plus modérés. De toute évidence, En Marche a raté une marche dans cette affaire.

Il faut au passage rétablir une vérité : on lit partout que «l’Europe impose l’ouverture à la concurrence». La phrase est trompeuse : la commission a effectivement pondu des directives, mais elle n’aurait pu le faire sans l’aval explicite des gouvernements nationaux, au premier rang desquels le gouvernement français. La droite et la gauche au pouvoir l’une après l’autre ont participé à ce processus et accepté d’appliquer des directives que toutes deux ont approuvées. Quand on fustige l’Europe, on ne fait rien d’autre que contester des décisions prises en fait par des gouvernements légitimes, appuyés par des majorités claires élues régulièrement. Aucune «dictature» dans cette procédure mais un jeu malsain qui consiste à se servir de l’Europe comme d’un bouc émissaire, ou d’un épouvantail, pour éviter d’avoir à assumer des mesures qu’on a préalablement acceptées. Pour qu’il en aille autrement, il eût fallu qu’un parti ou une coalition antieuropéenne gagne les élections, ce qui ne s’est pas produit à ce jour.

Et aussi

Autre boulette : la ministre des Transports Elisabeth Borne avait répondu –plutôt prudemment, semble-t-il– à des questions posées par des journalistes du quotidien Les Echos. L’entretien est revenu tellement réécrit par les services de Matignon que le journal a refusé de le publier. Il arrive un moment où le contrôle pointilleux de la communication gouvernementale se retourne contre les contrôleurs…

Laurent Joffrin
Publié dans : Politique |le 3 avril, 2018 |Pas de Commentaires »

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