SNCF…………………………………(04/04/2018)

Grève à la SNCF : « Les moyens qu’a l’Etat pour empêcher un tel mouvement sont limités »

Eric Béziat, journaliste spécialiste des transports au « Monde », a répondu aux questions de lecteurs sur le bilan à tirer de cette première journée de grève.

LE MONDE | 03.04.2018 à 20h04 • Mis à jour le 04.04.2018 à 05h07

Au terme de la première journée de grève à la SNCF, mardi 3 avril, Eric Béziat, journaliste spécialiste des transports au Monde, a répondu aux questions d’internautes sur le bilan de cette première journée de mobilisation.

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RD : Le nombre de grévistes était plus faible qu’en mars. Comment l’expliquer ? Est-ce un échec pour les cheminots ?

Eric Béziat : En effet, et c’est un chiffre inattendu : 33,9 %, à comparer à celui du 22 mars, 35,4 %, alors qu’on attendait aujourd’hui une grève plus importante. Mais il faut l’examiner avec attention. Presque la moitié du personnel indispensable à la circulation des trains était en grève, contre 36 % il y a treize jours. Ce qui explique la forte perturbation dans les circulations. Les syndicats sont un peu déçus, probablement, mais ils ne le diront pas et, en général, ils contestent les chiffres de la direction. Il faut voir que la sociologie de la SNCF a changé depuis les années 1990 : davantage de cadres et de cols blancs. Or ceux-ci ont fait grève à 17 et 16 %.

Emilie : Le personnel de la SNCF est-il plus syndiqué que la moyenne nationale ? Comment peut-on expliquer qu’ils arrivent à faire « plier » les gouvernements (du moins par le passé) ? Leur statut a-t-il déjà été modifié ?

Le taux de syndicalisation à la SNCF est en effet un des plus élevés de France. Environ un tiers des équivalents temps plein. Les cheminots cumulent deux critères qui en font une population très syndiquée. L’appartenance à la fonction publique et l’appartenance au secteur des transports, où les taux de syndicalisation avoisinent les 20 %. On notera aussi la présence de 2 000 salariés (en équivalent temps plein) qui disposent d’une délégation syndicale (c’est-à-dire qui ont une activité syndicale tout en étant payés par la SNCF).

Leur capacité à bloquer le pays, comme d’autres professions (routiers, aiguilleurs du ciel) rend leurs actions très efficaces. Quant à leur statut, il n’a jamais été modifié.

Guillaume : Quels sont les moyens à la disposition de l’exécutif pour contrer ces grèves ? Car n’y a-t-il pas un risque d’atteinte au principe de continuité du service public ?

Le droit de grève étant garanti par la Constitution de la Ve République, les moyens qu’a l’Etat pour empêcher un tel mouvement sont donc limités. La loi de 2007 sur la continuité du service public ne garantit pas un service minimal dans le transport, contrairement aux idées reçues, puisqu’elle ne prévoit pas de réquisition. Elle se contente d’obliger les parties prenantes à discuter préalablement. Les grévistes doivent se déclarer quarante-huit heures avant. Et les entreprises sont tenues d’informer les voyageurs du plan de transport conçu à partir de ces déclarations, plan qui lui doit être absolument tenu. Mais si 100 % des salariés d’une ligne se déclarent grévistes, il n’y aura pas de train.

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André : Je croyais que la grève perlée était illégale en droit du travail. Qu’en savez-vous ?

La grève perlée est en effet illégale. Mais nous ne sommes pas en face d’une grève perlée. C’est en fait un abus de langage — venu des médias, reconnaissons-le. Une grève perlée est plutôt une grève du zèle consistant à être présent mais en diminuant drastiquement son efficacité. Le mode de grève choisi par les cheminots pourrait s’appeler une grève saucissonnée ou en pointillé, consistant à déposer dix-huit préavis de deux jours pour des motifs différents. Elle vise à désorganiser au maximum le service à moindre coût pour les cheminots.

Publié dans : Non classé |le 4 avril, 2018 |Pas de Commentaires »

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