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Justice

Terrorisme : début du procès de la «filière de Lunel»

Par Chloé Pilorget-Rezzouk — 5 avril 2018 à 07:10
Le quartier de l'Abrivado à Lunel, dont sont originaires beaucoup de candidats au jihad.
Le quartier de l’Abrivado à Lunel, dont sont originaires beaucoup de candidats au jihad. Photo Pascal Guyot. AFP

Cinq hommes comparaissent jusqu’au 11 avril devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont soupçonnés d’avoir appartenu à la «filière» de cette commune de l’Hérault funestement connue pour les départs de ses jeunes en Syrie.

  • Terrorisme : début du procès de la «filière de Lunel»

Une filière «particulièrement dangereuse et organisée», avait décrété Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur. Trois semaines à peine après les attaques terroristes de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, le 27 janvier 2015, les policiers du Raid et les gendarmes du GIGN effectuaient une descente au cœur de la petite ville de Lunel (Hérault) et de deux communes environnantes. Orchestré par la DGSI, le coup de filet se soldait par l’arrestation de cinq hommes, dont deux fraîchement rentrés de Syrie. Aujourd’hui âgés de 29 à 47 ans, ils comparaissent à partir du 5 avril devant le tribunal correctionnel de Paris, pour «association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes». Deux d’entre eux seront aussi jugés pour «financement d’une entreprise terroriste» dans ce dossier dit de la «filière» jihadiste de Lunel.

S’ils ne seront que cinq sur le banc des prévenus, ils sont une vingtaine de jeunes Lunellois – femmes et enfants compris – à être partis, entre l’automne 2013 et décembre 2014, rejoindre les rangs de l’Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie. Les morts successives, à partir de l’automne 2014, de huit d’entre eux, avaient jeté Lunel et ses 25 000 habitants sous les projecteurs. Politiques et médias s’étaient rués vers cette commune camarguaise, classée zone de sécurité prioritaire depuis 2012 et bientôt désignée «capitale du jihad», «laboratoire miniature du jihad made in France» ou encore comme l’un des 100 «Molenbeek français».

Parmi les cinq prévenus, seuls Adil B. et Ali A. ont fait le voyage jusqu’en zone irako-syrienne. Malgré les données téléphoniques et électroniques récoltées, le second a nié devant les enquêteurs s’y être rendu, tandis que le premier a invoqué des raisons humanitaires. Hamza M., Jawad S. et Saad B. n’ont, eux, jamais quitté Lunel, où le taux de chômage qui avoisine les 20% est l’un des plus importants du département.

Une bande de copains

Tous ou presque se connaissent depuis l’adolescence, ont fréquenté le même collège ou le même lycée. La bande de copains – et de frères – se rend régulièrement à la mosquée locale El-Baraka, un temps sous le feu des critiques après que son gérant a refusé de condamner le départ de certains jeunes. Mais c’est en marge du lieu de culte que ces Lunellois développent et consolident leur relation dans le cadre d’un «groupe de prière».

Jawad S., 34 ans, est d’ailleurs soupçonné d’avoir organisé des «assises» religieuses durant lesquelles il aurait incité au départ. Selon Adil B., Jawad abordait lors de ces discussions des thèmes comme «l’invisible, les anges, Dieu, le paradis, l’enfer». Trois jeunes Lunellois morts en Syrie, dont Houssem et Karim, les frères de Hamza M. et Saad B., y ont assisté. Devant les enquêteurs, le jeune homme au parcours professionnel chaotique a réfuté cette accusation, assurant être contre le jihad armé, et affirmant avoir été pris dans une «mascarade», après une période éprouvante post-divorce.

Le conflit syrien nourrira pourtant en continu les discussions du groupe qui avait ses habitudes au snack le Bahut, tenu par Karim B., alias «le Chinois», qui sera l’un des premiers à partir. Ensemble, les jeunes hommes regardent sur Internet des photos et vidéos de propagande jihadiste, les partagent entre eux. Un groupe qui, selon l’instruction, «a créé les conditions d’une émulation jihadiste collective», sans pour autant «constituer en soi une filière». À l’époque, une sorte de surenchère régnait dans la ville pour «se faire mousser», arguera l’un des prévenus auprès des enquêteurs, décrivant «une ambiance un peu jihad». C’était «à celui qui en montre le plus, celui qui ne parle que de ça».

Hamza M., «personnage central» ?

La vague de départs, qui vaudra à la ville sa sinistre réputation, commence en novembre 2013. Suivront des voyages tout au long de l’année suivante. Pour les enquêteurs, Hamza M., originaire du quartier de l’Abrivado, comme de nombreux Lunellois partis en Syrie, aurait joué un rôle essentiel auprès des nombreux candidats au jihad. Qualifié de «personnage central», il est soupçonné d’avoir été le plus actif au sein de la cellule lunelloise en devenant le principal «relais» entre la bourgade camarguaise et le Levant.

C’est d’ailleurs par son biais que l’arrivée sur place de Karim B. – pionnier lunellois sur le front irako-syrien et mort dans des combats en décembre 2014 – aurait pu être assurée dans de bonnes conditions. Hamza connaissait bien Karim et son frère Saad, qu’il côtoyait au Bahut. Lorsque Karim se retrouve, en novembre 2013, à la frontière turco-syrienne, Hamza remue ainsi ses contacts pour organiser son accueil et lui permettre d’intégrer une «katiba» (unité de combattants). Il passe notamment par un Albanais du nom de Johan Juncaj, proche de l’un des principaux recruteurs français, Mourad Farès, aujourd’hui incarcéré depuis son retour de Syrie, en septembre 2014.

Sur place, les premiers Lunellois établis, dont Karim, vont faciliter autant qu’ils peuvent l’arrivée de nouveaux compagnons, en mobilisant leurs relations ou en demandant, par exemple, à leurs proches de récolter de l’argent et du matériel. Ce pionnier sollicite ainsi l’aide de son frère Saad B., aujourd’hui accusé de lui avoir transmis 190 euros et d’avoir envoyé sa femme à l’aéroport de Marseille pour qu’elle puisse le rejoindre.

Crises de panique

Comme l’attestent des écoutes téléphoniques, Hamza M. est quant à lui resté en contact, toujours depuis Lunel, avec des Français présents dans la zone irako-syrienne. Le jeune homme – qui a perdu ses frères cadets (Houssem, 23 ans, et Sabri, 19 ans), officiellement dans un bombardement en octobre 2014 imputé à l’armée de Bachar al-Assad – est notamment effrayé à l’idée que ses copains lunellois s’affrontent au sein de brigades ennemies.

Au printemps 2014, bien informé, il renseigne ainsi Karim sur une potentielle offensive de l’Etat islamique, auprès duquel s’engageront ensuite les Lunellois, sur la katiba «Jaych Mohamed». C’est dans cette même brigade qu’Adil B., lui aussi parmi les premiers à partir, passe quelques semaines où il reste assigné aux tâches ménagères et à la cuisine à cause de fortes crises de panique. Avant de rentrer rapidement, en janvier 2014. Décrit par son entourage comme «influençable», il dira aux policiers être habité par un «djinn» et être parti en Syrie pour des raisons humanitaires.

Devant les enquêteurs, Hamza M. a reconnu être resté en lien avec des Lunellois, mais a réfuté toute activité de recruteur. Dans une ville rongée par le racisme, scindée en deux entre les «Pescalunes» – Lunellois de naissance – et les autres, le Lunellois d’origine tunisienne a aussi expliqué s’être enfermé dans un repli communautaire, après deux ans de chômage et un parcours professionnel chaotique : «J’ai fait un BTS compta, et à l’issue de ce BTS, tous les Français « de souche » ont trouvé un taf et les deux seuls Arabes de la classe, on n’a pas trouvé de travail.»

Il a notamment été décrit aux enquêteurs comme «le plus religieux de tous» par l’ex président de la mosquée El-Baraka. Placé sur écoute, Hamza flambait en décembre 2014, en pleine conversation avec son copain Adil B.: «Lunel, c’est la ville française la mieux représentée au sein de l’Etat islamique». Le procès se tiendra jusqu’au 11 avril.

Chloé Pilorget-Rezzouk

Liberation.fr
Publié dans : TERRORISME |le 5 avril, 2018 |Pas de Commentaires »

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