On traîne les pieds ? (12/04/2018)

« Le gouvernement ne doit pas toujours penser ‘fric’ » : l’avertissement d’un député de la majorité

"Le gouvernement ne doit pas toujours penser 'fric'" : l'avertissement d'un député de la majorité
Emmanuel Macron, le 23 février 2018. (Ludovic MARIN / AFP)

Le député Richard Ramos, membre de la majorité, « essaie d’avertir » le président pour que « le curseur technocratique ne prenne pas le pas sur le curseur populaire ». Interview.

Le député du Loiret, Richard Ramos, met les pieds dans le plat à quelques heures de l’intervention d’Emmanuel Macron dans le journal de 13 heures de Jean-Pierre Pernaut sur TF1. L’élu MoDem, membre de la majorité à l’Assemblée nationale, dit tout haut ce que pensent un nombre croissant de députés de La République en Marche. Interview.

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Emmanuel Macron sort de sa réserve face aux grèves de la SNCF et à la grogne sociale. Y a-t-il le feu à la maison ?

Le gouvernement n’arrive pas à rendre visible sa politique, la parole politique est, en fait, totalement incarnée par le président, ce qui l’oblige à monter au créneau et l’expose. Ce que je constate, comme député, m’oblige à dire tout haut que le gouvernement ne doit pas toujours penser « fric ». Nous devons avoir pour objectif de rendre les Français plus heureux.

Penser « fric », qui visez-vous?

Bercy n’a jamais eu autant de pouvoir que depuis le début du mandat. Comprenez-moi bien : les technocrates de Bercy ont toujours été puissants, mais le nombre et le rythme des réformes lancées depuis bientôt un an – ce dont je me réjouis – donnent aux technocrates un pouvoir élargi dont ils usent et abusent. D’autant que plusieurs ministres sont eux-mêmes des techniciens et non des politiques.

Vous exonérez Emmanuel Macron de cette dérive ?

Le candidat Macron a construit sa campagne sur trois piliers constitutifs de sa personnalité : le populisme dans son rapport direct avec le peuple (jusque sous sa forme people), le bonapartisme dont il est en partie issu avec son volet technocratique et le monde libéral, c’est-à-dire la finance et le monde de l’entreprise. C’est sur cet équilibre-là que je l’ai soutenu pendant la campagne présidentielle. Depuis qu’il est à l’Elysée, j’observe que le curseur technocratique prend le pas sur le curseur populaire. Il faut rééquilibrer la balance au profit d’un humanisme social, qui est le cœur de mon engagement de centriste. Je n’exonère pas le président, j’essaie de l’avertir. Car c’est dans ce déséquilibre qu’est le vrai danger pour le quinquennat.

Elu d’une circonscription rurale, sentez-vous aussi monter la grogne des campagnes ?

Cette grogne est réelle et profonde. La France des start-up et des métropoles comprend la vision du président mais pas celle des quartiers, ni des campagnes. Une nation ne peut pas se construire sans que les uns et les autres la co-construisent. Quand je déverse une tonne d’oignons devant un supermarché, achetés aux paysans 7 centimes d’euros le kilo et revendus 2,48 euros, quand  je dis en commission des affaires économiques « Nous allons obliger Lactalis à déposer ses comptes pour sortir de l’opacité », quand je demande au Palais-Bourbon à Michel-Edouard Leclerc s’il ne se sent pas responsable des suicides de nos agriculteurs par sa politique d’achat à bas prix, je cherche à montrer l’impérieuse nécessité de nous battre, nous les élus.

Et vous ne vous sentez pas seul dans ce combat ?

Je rencontre régulièrement des députés En Marche ! qui ne supportent plus les injonctions d’obéissance : on leur donne des éléments de langage, on les bride dans leurs amendements pour ne pas gêner le gouvernement et la présidence… Les élus de la majorité, ceux de LREM et du Mouvement démocrate [le groupe centriste, NDLR], doivent redonner un vrai rôle à l’Assemblée. Nous devons être un Parlement de combat et non pas un Parlement aux ordres.

Propos recueillis par Marie Guichoux

Publié dans : Politique |le 12 avril, 2018 |Pas de Commentaires »

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