La lettre de Laurent Joffrin………………(14/04/2018)

Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Johnny go home

Gel de certains biens mais droit de regard refusé à David et Laura sur l’album posthume : le tribunal de Nanterre a rendu une décision temporaire qui ressemble à un jugement de Salomon : Læticia Hallyday marque un point à court terme, mais sur le fond les juges tendent – croit-on – à remettre en question la validité du testament.

Il y a dans cette affaire un paradoxe désagréable, qu’on doit néanmoins souligner : il est tout sauf certain que Johnny Hallyday voulait vraiment se considérer comme français. Beaucoup de choses dans sa vie, en tout cas, attestent du contraire. Quoique français par sa mère, ou bien en vertu du droit du sol, puisqu’il est né à Paris, Johnny était de père belge. Ce père ayant disparu, il trouve un père de substitution en la personne de Lee Halliday, danseur américain et compagnon de sa mère. Débutant dans la chanson, Jean-Philippe Smet se fait appeler Johnny, selon la mode naissante, et choisit comme pseudonyme Hallyday avec un «y» à la place du «i», sans doute pour sonner plus anglo-saxon. Smet américanise donc un pseudonyme américain, double intention.

Lors de sa première émission télévisée, Line Renaud, une marraine qui a fait une partie de sa carrière à Las Vegas, le présente comme un Yankee pur sucre né en Oklahoma. C’est sur l’intervention de Charles Aznavour que Johnny renonce à cette fable. Ses premiers tubes, Souvenirs, souvenirs, l’Idole des jeunes, Dadou ron ron, le Pénitencier sont des titres américains traduits, tout autant que l’inoubliable Itsy bitsy petit bikini. Il continuera cette œuvre d’adaptateur tout au long de sa carrière. Et la musique qu’il aime, selon la chanson éponyme, c’est le blues. Johnny s’habillait américain. Il n’était pas en blouson mais en Perfecto, il ne portait pas de pantalon mais des jeans, pas de gilet mais des tee-shirts, pas de bottes mais des boots. Il roulait non en Motobécane mais en Harley-Davidson, et ne portait pas de lunettes mais des Ray-Ban.

Quant au citoyen Hallyday, il a tout fait pour échapper au premier devoir du citoyen français : payer des impôts. Il a essayé successivement la Belgique, Monaco, la Suisse et enfin la Californie. Il devait encore, à sa mort, quelque 900 000 euros, dit-on, au fisc français. Il s’est enfin fait enterrer en France, certes, mais à Saint-Martin, la portion du territoire français la plus proche des Etats-Unis, juste en face de la Floride. Autrement dit cette volonté de le franciser post-mortem est étrange, pour ne pas dire qu’elle confine au harcèlement, situation d’autant plus discutable que l’intéressé n’est plus là pour se défendre. Johnny go home ? Certes, but where is his home ?

Laurent Joffrin
Publié dans : ACTUALITES |le 14 avril, 2018 |Pas de Commentaires »

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