Archive pour le 16 avril, 2018

Les rois de la comm. (16/04/2018)

L’entretien Bourdin-Plenel, degré supérieur de la com politique

L’entretien Bourdin-Plenel, degré supérieur de la com politique
Emmanuel Macron face à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin ((Blondet Eliot-POOL/SIPA))

En s’entretenant hier soir avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, Emmanuel Macron renouvelle d’un point de vue formel l’interview présidentielle. Mais en fait sur le fond un exercice taillé sur mesure pour sa communication.

Les premières impressions sont parfois trompeuses. Celle qu’a laissée hier le débat diffusé sur BFMTV et Mediapart sur le téléspectateur est qu’en un mot : « Tout a changé ». Pas de décor élyséen pour ce bilan télévisé d’une première année de quinquennat, pas d’obséquiosité de la part des deux intervieweurs, un ton combatif en diable de part et d’autre et une durée hors-cadre de deux heures et demi. Et cela a, il est vrai, fait énormément de bien à l’exercice le plus compassé de la télévision.

Il n’y avait hier sur les réseaux sociaux que les nostalgiques des entretiens téléguidés à l’ancienne pour regretter l’absence de cravate au col des journalistes, les apostrophes à « Emmanuel Macron » et non au « Président de la République », les interruptions, les formules à l’emporte-pièce – « Moi, j’ai trouvé l’argent magique » a osé Jean-Jacques Bourdin en faisant allusion à une formule récente du président…

 

 

Pour qui en douterait encore, il faut se rafraîchir la mémoire en regardant ici l’entretien entre Emmanuel Macron et Laurent Delahousse réalisé en décembre dernier, exercice particulièrement vain, dénoncé alors par un certain Jean-Jacques Bourdin.

 

 

Ça a secoué hier soir et tant mieux puisque dans la rue, pas autour du Palais de Chaillot certes, mais dans beaucoup de villes et de campagnes françaises, l’air du temps se pare de colère. Il fallait donc qu’une nouvelle formule de l’entretien présidentiel colle mieux au pays et à ceux qui le composent, c’est fait. Et puis, en tant que téléspectateur, on est soulagé d’entendre des questions précises qui ne semblent pas avoir été écrites pour pouvoir, en face, dérouler des éléments de langage.

Pour autant, il ne faut pas y voir le signe de l’arrivée en France des interviews à l’anglo-saxonne – comprendre à la dure – comme certains observateurs s’en sont félicités hier. Tout d’abord parce que la communication de l’Elysée est absolument omniprésente dans cet exercice. Aujourd’hui, la question du protocole tient moins à la façon dont un individu s’adresse au président qu’à la façon dont s’organise leur rencontre. Or dans ce cas précis, qui a choisi les intervenants ? Qui a déterminé le lieu de rencontre ? La façon de les filmer ? Comment tout cela s’est-il négocié ? Si Edwy Plenel y voit une réponse à son invitation, n’oublions pas que l’entretien au Palais de Chaillot ne compose que la deuxième partie de la parole présidentielle après un premier entretien, jeudi, destiné aux téléspectateurs du JT de TF1.

 

 

D’un côté donc, une adresse au « rat des champs » ou du moins à « l’inactif » pouvant regarder à domicile en pleine semaine la télévision à l’heure du déjeuner. Et de l’autre, une adresse au « rat des villes », homme ou femme actif et connecté pouvant consacrer du temps à l’actualité un dimanche soir avant de reprendre le boulot ce matin.

Il y a fort à parier que cette communication à deux publics différents avait pour objectif dans un premier temps de montrer un président pédagogique, capable d’expliquer ses réformes. D’où le choix de la salle de classe dans l’Orne avec l’élève-délégué de classe Pernault. Et dans un second temps de montrer un président combatif face aux turbulents élèves Plenel et Bourdin – « Nous sommes là pour porter des colères » a assuré ce dernier, « je suis votre homme », répondait Macron au milieu d’un décor majestueux avec la tour Eiffel en face. « Vous n’êtes pas professeur et nous en sommes pas des élèves… », s’est défendu Edwy Plenel, en faisant une allusion habile au débat de VGE et Mitterrand de 1981. Celui-ci avait pressenti que la faculté de Macron à asséner « ce que je veux vous faire comprendre » finirait par agacer mais il était déjà trop tard. Car pendant que les deux journalistes s’arcboutaient sur leurs questions, s’enferrant dans un bras de fer où le locataire de l’Elysée excelle, l’un et l’autre n’ont pu contrer la force du dispositif.

En 2018, il est triste de constater que face à l’efficacité infaillible de certains interlocuteurs, ce n’est plus la justesse des questions qui peut l’emporter ni l’intensité du dialogue mais la mise en scène et l’organisation du spectacle. Or en ce domaine, c’est l’Elysée qui a la main. En choisissant de s’opposer aux durs à cuire de BFMTV et de Mediapart, Macron renvoit dos à dos les clans politiques que ces médias représentent malgré eux, la droite terre à terre et la gauche énervée.

Le prochain combat des rédactions devrait consister à choisir ses propres représentants, à composer son plateau et ses moyens de diffusion afin de le proposer à l’Etat, et non l’inverse. Il n’y a donc pas encore de quoi parader comme l’a fait Jean-Jacques Bourdin sur BFM ce matin en invitant Edwy Plenel pour revenir sur leur soirée de la veille.

Tout a changé en apparence donc mais pas du côté des journalistes. Pendant que ceux-ci se grisent de mots au risque de devenir des éditorialistes vidéo et in fine de s’éloigner un peu plus du public, l’Elysée manipule, lui, des symboles. Ceux qui restent en mémoire.

Les rois de la comm.                              (16/04/2018) dans Politique oba-icon
Publié dans:Politique |on 16 avril, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………………(16/04/2018)

Libération 16 avril 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique

Macron en fond de court

Ça nous change de Pernaut et de Delahousse. Le pugilat télévisé qui a opposé Emmanuel Macron à Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel a renouvelé le genre, ô combien délicat, de l’entretien présidentiel. Au lieu d’un monologue rythmé par des questions respectueuses, majorité de l’espèce, on a assisté à une empoignade qui offrait, en tout cas, un spectacle vif et tendu. Fut-il efficace ? Tout dépend de ce qu’on entend par là.

On fait une mauvaise querelle aux deux journalistes quand on leur reproche d’avoir dérogé à la règle non écrite qui voudrait qu’on commence toujours les questions par le titre et non le patronyme du Président. Outre que l’entretien a commencé par un sonore «Monsieur le Président», Bourdin a répondu en soulignant qu’il appelait toujours ses interviewés par leur nom et Plenel plaidé qu’il voulait montrer l’égale dignité des questionneurs et du questionné, ce qui se défend. Quant à Emmanuel Macron, il savait très bien ce qui l’attendait, puisqu’il a lui-même choisi les deux journalistes. Sur le fond, il y eut peu ou pas d’annonces, sinon une date pour la reprise de la dette de la SNCF et l’hypothèse d’une deuxième «journée de solidarité» destinée à financer les dépenses liées au grand âge. Pour le reste, le message est clair et sans appel : les protestataires aboient, le Président passe.

Comme souvent à la télévision, c’est la forme qui l’emporte, même si Emmanuel Macron a plusieurs fois été poussé dans ses retranchements sur tel ou tel dossier. Un match de tennis avec deux joueurs à la volée et un autre en fond de court. Macron, on le savait, est un bon relanceur. Il s’est même payé le luxe de quelques passing-shot bien ajustés. En permanence au filet, les deux journalistes ont-ils remporté le match ? Pas sûr. Comme au tennis, l’exercice a ses règles qu’on ne transgresse qu’en se mettant à la faute. Il s’agit par construction d’un questionnement, et non d’un débat. Dès qu’un journaliste garde la balle pour préparer longuement son coup, il sort du jeu. Dès qu’il affiche explicitement ses opinions, sa légitimité faiblit : il n’est pas élu, ni chef de parti. Le spectateur, immanquablement, se dit qu’il sort de son rôle. Pour qui se prend-il, celui-là ? Inconsciemment, la question vient aussitôt à l’esprit. Du coup le Président tient le rôle de l’agressé, du sage mis en cause par des partisans ou des inquisiteurs. La faveur du public va vers lui. La manière plus sobre et plus rare d’un Gilles Bouleau, d’un David Pujadas ou d’une Anne-Sophie Lapix, qui pointent le fleuret au débotté plutôt que de faire des moulinets, qui cherchent, non la contradiction systématique, mais les contradictions internes au discours présidentiel, ou bien le hiatus entre les faits et le discours, peut être plus déstabilisatrice pour l’interrogé. Lequel dispose en tout état de cause, pour peu qu’il maîtrise ses dossiers, d’un avantage naturel : c’est lui qu’on vient entendre, c’est lui qui parle.

En se mettant volontairement en risque – sachant que ce risque était limité –, le Président cherchait surtout à tuer la mauvaise impression jusque-là produite par une communication réglée au cordeau. Mission accomplie… Ce qui n’enlève rien à l’intérêt de l’exercice. La confrontation ne renverse pas les rapports de force. Elle offre en revanche au citoyen des explications soutenues par un interrogatoire long et serré. Au total, quoi qu’on en dise, la démocratie y gagne.

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Peu satisfaisant…………………….(16/04/2018)

Macron face à Bourdin et Plenel : le bulletin de notes du président

Face à deux intervieweurs plus agressifs qu’à l’accoutumée, le président s’est drapé dans sa fonction. Un match nul ?

Réinventer l’interview présidentielle, disaient-ils. A l’instar des zadistes, des étudiants de la « Commune libre de Tolbiac » ou des cheminots en lutte, l’iconoclaste Jean-Jacques Bourdin et le révolté Edwy Plenel rêvaient d’un « grand soir ». Questions précises, relances implacables, clarifications édifiantes… Ces deux journalistes libres, bien que réunis par la volonté de l’Elysée, entendaient confondre Emmanuel Macron qualifié, dès l’introduction du débat, d’ »illusionniste surgi de l’Histoire » par un Jean-Jacques Bourdin qui avait mangé du lion et bu force lampées de boisson énergisante à la taurine. « Où nous conduisez-vous ? », tonnait d’emblée l’intervieweur star de BFMTV. Tandis qu’Edwy Plenel, en DRH révolutionnaire, promettait un « entretien d’évaluation » au citoyen Macron. On allait voir ce qu’on allait voir. La révolution de la transparence journalistique était en marche…

Ton professoral

Hélas, après deux heures et demie de débat, dans le décor majestueux du Théâtre national de Chaillot et sous l’arche scintillante de la tour Eiffel, nos gladiateurs de l’info n’ont pas administré la preuve qu’un autre journalisme était possible. Beaucoup plus agressifs que ne l’ont jamais été leurs confrères, ils ont souvent apostrophé familièrement « Emmanuel » et provoqué l’agacement du président de la République. Sans jamais le faire dérailler. Maîtrisant ses dossiers, l’ancien inspecteur des Finances a adopté le ton professoral qui lui avait réussi pendant le débat d’entre-deux-tours face à Marine Le Pen. A lui le langage de la responsabilité, de l’ordre républicain et de la raison d’Etat.

Après un premier quart d’heure consacré aux frappes en Syrie, qui a sans doute refroidi des centaines de milliers de téléspectateurs, l’hôte de l’Elysée a immédiatement dénoncé « la malhonnêteté intellectuelle » d’un Edwy Plenel plus idéologue qu’intervieweur. « Vous avez appelé votre mouvement ‘En Marche’, vous auriez mieux fait de l’appeler ‘En Force’… », a cogné le directeur de Mediapart en dressant le tableau apocalyptique des « mécontentements coagulés » : cheminots, hôpitaux, étudiants…   « Est-ce une question ou un plaidoyer ? », s’est interrogé le président courroucé.

Plenel prétendait le juger. Macron lui a rendu la pareille. « Nous ne sommes pas égaux », a laissé échapper le monarque républicain. Ainsi, quand le directeur de Mediapart dénonça l’optimisation fiscale des grands patrons, le président lui fit remarquer, non sans vice, qu’il s’était lui-même affranchi des règles fiscales, faisant allusion au redressement fiscal de 4,2 millions d’euros qui a été infligé au site d’investigation en 2015, pour ne pas avoir réglé le bon taux de TVA entre 2008 et 2013. « Mesquin », a rétorqué Plenel, arguant que son site d’information se battait pour un alignement du taux de TVA sur celui de la presse papier. Mais progressivement, l’intervieweur de gauche, qui ne parvenait pas toujours à formuler complètement ses questions, a cédé du terrain, laissant le temps de parole à Jean-Jacques Bourdin plus à l’aise sur les questions économiques.

« Vous n’êtes pas le professeur et nous ne sommes pas les élèves », a lancé Plenel, paraphrasant Mitterrand lors de son débat face à VGE en 1981. Réponse de Macron :

« Ni vous ni moi ne sommes des juges autour de cette table. Vous êtes des intervieweurs, je suis le président de la République, et nous sommes dans un débat démocratique. »

Plenel marginalisé

Fidèle à sa méthode, Jean-Jacques Bourdin, qui potasse ses dossiers, a bombardé le président de chiffres et d’exemples. Une stratégie efficace pour impressionner un député débutant ou un ministre stressé mais non concluante face à Emmanuel Macron, maître de la science technocratique. En deux heures et demie, pas la moindre bourde à exploiter pour Bourdin ! Guettant les contradictions de son interlocuteur, le regard fixe, l’intervieweur choc n’a pas trouvé de prise pour pratiquer son judo habituel.

« Je vous remercie de me donner des instructions sur ce que je devrais faire. Je suis très sensible à cela », a ironisé MacronDans un triumvirat, deux protagonistes se liguent contre un troisième. C’est le jeu qui s’est progressivement mis en place. Privilégiant le questionnement de Bourdin, agressif sur la forme mais classique sur le fond, Emmanuel Macron est parvenu à marginaliser Edwy Plenel. A plusieurs reprises, le journaliste de BFMTV a contré son coéquipier de Mediapart. Tandis que Plenel s’offusquait des évacuations sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Bourdin s’impatientait : « L’évacuation n’est toujours pas terminée… »

Même quiproquo au sujet des facultés occupées qui semblaient bénéficier de la sympathie de l’ancien trotskyste. « Est-ce que les forces de l’ordre vont intervenir à Tolbiac ? », s’est impatienté Bourdin. Les deux intervieweurs se neutralisant, le président a eu beau jeu de dénoncer les « professionnels du désordre », tout en soulignant l’autonomie des présidents d’université seuls habilités à demander l’évacuation des amphis. A Bourdin, « l’islam qui fait peur aux Français », à Plenel « le droit d’asile »… Cette répartition des rôles a permis à Emmanuel Macron d’apparaître comme l’artisan de la synthèse.

Reste que le président qui souhaitait redonner du sens à sa politique n’en a guère eu le loisir. En vertu du mandat que lui ont confié les Français, il y a un an, il entend poursuivre ses réformes de fond sans dévier d’un iota. A ses yeux, les mécontentements qui s’expriment ne constituent que des symptômes :

« Il y a une colère dans le pays liée au fait que nous n’avons pas réglé les problèmes. Il y a des injustices profondes en matière d’éducation, de travail… »Macron n’a semblé vaciller qu’une seule fois. « N’êtes-vous pas dans une illusion puérile de toute puissance ? », lui a asséné le journaliste de BFMTV citant Paul Ricœur, le philosophe fétiche de Macron, qui dénonça les dangers de la « dépolitisation » et du gouvernement des « oligarchies ». Soufflé, le président a choisi, pour une fois, de se montrer modeste. « Je crois à l’autorité en vertu du mandat que m’ont donné les Français. Il y a quelque chose entre l’oligarchie et la faiblesse de l’indécision. Il faut être à la hauteur de cet engagement. J’y réponds. L’exercice que nous avons ce soir est inédit. » A l’instigation d’Edwy Plenel, ce président qui prétend se mettre à la portée des journalistes a même accepté de renouveler l’expérience dans un an pour un « deuxième entretien d’évaluation » qui lui permettra de répondre longuement à des questions complexes. « Chiche ! », a dit Bourdin. « Banco », a lancé Plenel. Le début d’une connivence ?

Les notes d’Emmanuel Macron

Comportement : 6/10. Agacé par l’agressivité des journalistes, le président s’est parfois montré suffisant. Mais il a défendu sa fonction et n’a pas dérapé. Il ne s’est pas dérobé, même pour répondre à l’accusation de déloyauté formulée, ces jours-ci, par François Hollande…

Rhétorique : 6/10.  Le caractère brouillon du débat a souvent nui à la la clarté des explications. Mais la dialectique pugnace du chef de l’Etat a permis de contenir Plenel et Bourdin. Le président s’est radouci en fin d’émission. Mais il était bien tard…

Compétences : 4/10. Le sens de sa politique semble se diluer à mesure que s’expriment des mécontentements catégoriels. Moins sûr de lui qu’il ne le laisse paraître, Emmanuel Macron cherche déjà un second souffle.

Sylvain Courage

Peu satisfaisant.........................(16/04/2018) dans Politique oba-icon
 L’OBS
Publié dans:Politique |on 16 avril, 2018 |Pas de commentaires »

Syrie…………………………….(16/04/2018)

Décryptage

Attaque chimique : des preuves à l’épreuve

Par Vittorio De Filippis , Luc Mathieu et Hala Kodmani — 15 avril 2018 à 21:46
Bombardement sur Douma, la ville principale de l'enclave de la Ghouta orientale, le 20 mars.Zoom
Bombardement sur Douma, la ville principale de l’enclave de la Ghouta orientale, le 20 mars. Photo HASAN MOHAMED. AFP

Américains, Français et Britanniques se sont passés de l’accord de l’ONU pour frapper la Syrie samedi. Une opération limitée, en réponse à l’attaque du 7 avril à Douma.

Ne plus revoir les images de ces enfants syriens suffocants, de populations terrorisées. C’était l’objectif des frappes menées contre Damas, par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni. Questions autour d’une guerre qui a fait plus de 350 000 morts et qui sème le chaos depuis 2011.

Que s’est-il passé samedi matin ?

Très tôt, Washington, Paris et Londres ont bombardé des installations militaires en Syrie, près d’une semaine après l’attaque chimique à Douma. «Les faits et la responsabilité du régime syrien [dans cette attaque] ne font aucun doute», a justifié l’Elysée dans un communiqué. Le ministère des Armées français a ensuite publié un rapport sur l’attaque du 7 avril et le «programme chimique clandestin syrien». Le raid a été annoncé à 3 heures, heure de Paris, par Donald Trump : «J’ai ordonné aux forces armées des Etats-Unis de procéder à des frappes de précision sur des cibles associées aux capacités du dictateur syrien, Bachar al-Assad, en matière d’armes chimiques.» Samedi après-midi, le chef d’Etat américain a tweeté «Mission accomplie !» (lire page 4), remerciant le Royaume-Uni et la France. La ministre des Armées, Florence Parly, s’est elle aussi réjouie du «succès de la mission» lors d’une conférence de presse après un Conseil de défense : «La capacité de la Syrie à concevoir, produire et stocker des armes chimiques a été considérablement amoindrie.» La participation française à cette opération reste limitée, malgré l’engagement d’importants moyens par Paris. Selon le ministère des Armées, douze missiles ont été tirés, neuf par des Rafale et trois par une frégate multimissions (Fremm), présente en Méditerranée. Soit 10 % de la centaine de missiles de croisière tirés au total sur la Syrie dans la nuit de vendredi à samedi. Les frappes françaises se sont concentrées sur deux sites de stockage et de production d’armes chimiques dans la région de Homs. Selon le chef d’état-major des armées, François Lecointre, l’une de ces installations souterraines a été détruite par «sept missiles Scalp» français, et l’autre conjointement avec les Etats-Unis. Une troisième installation, proche de la capitale, a été visée par les Britanniques et les Américaines.

Y a-t-il débat sur les preuves ?

Oui. Les Etats-Unis ont affirmé en détenir. Elles montreraient que l’attaque chimique sur Douma a été commise par le régime syrien. Mais ils ne les ont pas dévoilées. Ce qui a été utilisé pour condamner les frappes américaines, françaises et britanniques de samedi par des responsables politiques français, dont Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Valérie Boyer (LR). Samedi, la France a diffusé une «évaluation nationale», qui rassemble des renseignements déclassifiés. «Les éléments réunis par la France et ses alliés constituent un faisceau de preuves suffisant pour mettre en cause la responsabilité du régime syrien», indique le document. Dès le 7 avril, les vidéos des victimes et les récits des médecins syriens ne laissaient guère de doute. Les symptômes correspondaient à un bombardement mêlant du chlore et un neurotoxique, tel du sarin. Si le chlore est facilement disponible, le sarin, très volatil, est particulièrement complexe à manipuler. Il se stocke sous forme de précurseurs qui doivent être mélangés ; seuls des chimistes spécialisés travaillant dans des laboratoires sont en mesure de le faire. Une équipe de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) devait débuter dimanche son enquête à Douma. Elle risque de ne pas être aisée, la ville étant contrôlée depuis une semaine par la police militaire russe et l’armée syrienne. En octobre 2017, une autre mission d’enquête, menée par l’OIAC et le Conseil de sécurité de l’ONU, avait conclu que Damas avait commis une attaque au sarin à Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest de la Syrie, qui avait tué au moins 83 personnes. Un mois plus tard, la Russie bloquait le renouvellement du mandat des enquêteurs qui venait de s’achever.

Les alliés se sont-ils affranchis du droit international ?

Pour frapper les trois sites syriens, Paris, Washington et Londres se sont passés d’une résolution des Nations unies, dont on imagine mal qu’elle aurait été votée par la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité. Fidèle à son soutien au régime de Damas, Moscou a en effet opposé douze vetos en sept ans de conflit. «Douma, #Syrie : notre devoir est de réagir», affirmait vendredi sur son compte Twitter le ministère français des Affaires étrangères, vidéo à l’appui. Illégales du point de vue du droit international, mais présentées comme moralement nécessaires. Si l’attaque de Douma par armes chimiques représente une violation de la convention sur l’interdiction des armes chimiques, ratifiée en 2013 par la Syrie, «elle n’ouvre pas le droit au recours à la force», a souligné à l’AFP Françoise Saulnier, directrice juridique de Médecins sans frontières (MSF). Les pays alliés, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ne pourront s’appuyer sur les trois motifs qui autorisent l’utilisation de la force armée, du moins selon les règles édictées par les Nations unies : feu vert du Conseil de sécurité, demande formulée par l’Etat hôte, ou l’article 51 de la Charte permettant d’invoquer la «légitime défense». Pour justifier leur action, Paris, Washington et Londres se sont donc placés sur le registre de l’exigence morale face à Bachar al-Assad.

Quelles sont les conséquences sur le conflit syrien ?

«Même pas mal !» C’est un message de défi que le régime de Bachar al-Assad a affiché au lendemain des frappes menées par les trois puissances occidentales. Ses partisans ont célébré la «victoire» dans les rues de Damas en chantant et dansant et en agitant des drapeaux russes et iraniens, au côté du drapeau syrien. Le sentiment que le régime est sorti renforcé après «l’attaque tripartite», selon l’expression des médias officiels, est partagé par ses opposants. Grisé par sa victoire totale et écrasante, qui vient d’être couronnée par sa reprise de la Ghouta orientale, le régime a clairement signifié son intention de poursuivre sa reconquête de l’ensemble du pays. Dès dimanche matin, son aviation a d’ailleurs mené des raids sur les régions d’Idlib et de Hama, sous le contrôle de l’opposition. Essentiellement punitive, l’intervention visait l’usage prohibé des armes chimiques par Bachar al-Assad. Les autres bombardements par toutes sortes d’armes, notamment les bombardements aériens, qui tuent des milliers de civils, ne sont pas à l’origine des dernières frappes. Par ailleurs, il ne s’agit nullement de changer la donne sur le terrain syrien en remettant en cause les avantages décisifs accumulés par le régime ces deux dernières années. La reconquête progressive d’une grande partie du territoire qui échappait à son contrôle depuis l’intervention militaire russe massive pour le soutenir à l’automne 2015 a constitué un tournant bien plus que militaire en faveur de Bachar al-Assad. L’allié russe s’est aussi investi diplomatiquement et politiquement pour devenir quasiment seul maître du jeu international dans le dossier syrien. Il a trouvé, pour ce faire, deux partenaires improbables mais qui se sont révélés solides : l’Iran et la Turquie. Les trois pays présents physiquement sur le territoire syrien en veulent, chacun pour ses raisons, aux Occidentaux et cherchent à les écarter du dossier. Ils collaborent étroitement depuis deux ans à travers des conférences réunissant les différents partenaires du gouvernement et de l’opposition syrienne, y compris les groupes armés rebelles. Ils sont parfois parvenus à des résultats, comme des cessez-le-feu temporaires dans plusieurs territoires, mais ont surtout réussi à saboter le processus mis en place par la communauté internationale dans les discussions de Genève.

Vittorio De Filippis , Luc Mathieu , Hala Kodmani

Liberation.fr
Publié dans:Etranger |on 16 avril, 2018 |Pas de commentaires »

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