Les rois de la comm. (16/04/2018)

L’entretien Bourdin-Plenel, degré supérieur de la com politique

L’entretien Bourdin-Plenel, degré supérieur de la com politique
Emmanuel Macron face à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin ((Blondet Eliot-POOL/SIPA))

En s’entretenant hier soir avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, Emmanuel Macron renouvelle d’un point de vue formel l’interview présidentielle. Mais en fait sur le fond un exercice taillé sur mesure pour sa communication.

Les premières impressions sont parfois trompeuses. Celle qu’a laissée hier le débat diffusé sur BFMTV et Mediapart sur le téléspectateur est qu’en un mot : « Tout a changé ». Pas de décor élyséen pour ce bilan télévisé d’une première année de quinquennat, pas d’obséquiosité de la part des deux intervieweurs, un ton combatif en diable de part et d’autre et une durée hors-cadre de deux heures et demi. Et cela a, il est vrai, fait énormément de bien à l’exercice le plus compassé de la télévision.

Il n’y avait hier sur les réseaux sociaux que les nostalgiques des entretiens téléguidés à l’ancienne pour regretter l’absence de cravate au col des journalistes, les apostrophes à « Emmanuel Macron » et non au « Président de la République », les interruptions, les formules à l’emporte-pièce – « Moi, j’ai trouvé l’argent magique » a osé Jean-Jacques Bourdin en faisant allusion à une formule récente du président…

 

 

Pour qui en douterait encore, il faut se rafraîchir la mémoire en regardant ici l’entretien entre Emmanuel Macron et Laurent Delahousse réalisé en décembre dernier, exercice particulièrement vain, dénoncé alors par un certain Jean-Jacques Bourdin.

 

 

Ça a secoué hier soir et tant mieux puisque dans la rue, pas autour du Palais de Chaillot certes, mais dans beaucoup de villes et de campagnes françaises, l’air du temps se pare de colère. Il fallait donc qu’une nouvelle formule de l’entretien présidentiel colle mieux au pays et à ceux qui le composent, c’est fait. Et puis, en tant que téléspectateur, on est soulagé d’entendre des questions précises qui ne semblent pas avoir été écrites pour pouvoir, en face, dérouler des éléments de langage.

Pour autant, il ne faut pas y voir le signe de l’arrivée en France des interviews à l’anglo-saxonne – comprendre à la dure – comme certains observateurs s’en sont félicités hier. Tout d’abord parce que la communication de l’Elysée est absolument omniprésente dans cet exercice. Aujourd’hui, la question du protocole tient moins à la façon dont un individu s’adresse au président qu’à la façon dont s’organise leur rencontre. Or dans ce cas précis, qui a choisi les intervenants ? Qui a déterminé le lieu de rencontre ? La façon de les filmer ? Comment tout cela s’est-il négocié ? Si Edwy Plenel y voit une réponse à son invitation, n’oublions pas que l’entretien au Palais de Chaillot ne compose que la deuxième partie de la parole présidentielle après un premier entretien, jeudi, destiné aux téléspectateurs du JT de TF1.

 

 

D’un côté donc, une adresse au « rat des champs » ou du moins à « l’inactif » pouvant regarder à domicile en pleine semaine la télévision à l’heure du déjeuner. Et de l’autre, une adresse au « rat des villes », homme ou femme actif et connecté pouvant consacrer du temps à l’actualité un dimanche soir avant de reprendre le boulot ce matin.

Il y a fort à parier que cette communication à deux publics différents avait pour objectif dans un premier temps de montrer un président pédagogique, capable d’expliquer ses réformes. D’où le choix de la salle de classe dans l’Orne avec l’élève-délégué de classe Pernault. Et dans un second temps de montrer un président combatif face aux turbulents élèves Plenel et Bourdin – « Nous sommes là pour porter des colères » a assuré ce dernier, « je suis votre homme », répondait Macron au milieu d’un décor majestueux avec la tour Eiffel en face. « Vous n’êtes pas professeur et nous en sommes pas des élèves… », s’est défendu Edwy Plenel, en faisant une allusion habile au débat de VGE et Mitterrand de 1981. Celui-ci avait pressenti que la faculté de Macron à asséner « ce que je veux vous faire comprendre » finirait par agacer mais il était déjà trop tard. Car pendant que les deux journalistes s’arcboutaient sur leurs questions, s’enferrant dans un bras de fer où le locataire de l’Elysée excelle, l’un et l’autre n’ont pu contrer la force du dispositif.

En 2018, il est triste de constater que face à l’efficacité infaillible de certains interlocuteurs, ce n’est plus la justesse des questions qui peut l’emporter ni l’intensité du dialogue mais la mise en scène et l’organisation du spectacle. Or en ce domaine, c’est l’Elysée qui a la main. En choisissant de s’opposer aux durs à cuire de BFMTV et de Mediapart, Macron renvoit dos à dos les clans politiques que ces médias représentent malgré eux, la droite terre à terre et la gauche énervée.

Le prochain combat des rédactions devrait consister à choisir ses propres représentants, à composer son plateau et ses moyens de diffusion afin de le proposer à l’Etat, et non l’inverse. Il n’y a donc pas encore de quoi parader comme l’a fait Jean-Jacques Bourdin sur BFM ce matin en invitant Edwy Plenel pour revenir sur leur soirée de la veille.

Tout a changé en apparence donc mais pas du côté des journalistes. Pendant que ceux-ci se grisent de mots au risque de devenir des éditorialistes vidéo et in fine de s’éloigner un peu plus du public, l’Elysée manipule, lui, des symboles. Ceux qui restent en mémoire.

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Publié dans : Politique |le 16 avril, 2018 |Pas de Commentaires »

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