La lettre de Laurent Joffrin……………….(23/04/2018)

Libération 23 avril 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Mise en marche ou mise au pas ?

Sous Macron, ça ne traîne pas. Les zadistes veulent rester sur leur ZAD ? On dégage. Les migrants candidats à la traversée de la Manche convergent vers Calais ? On dégage. Les activistes étudiants s’incrustent dans les amphis ? On dégage. Les apprentis frondeurs de LREM contestent la loi sur l’asile ? On menace de dégager et ils rentrent dans le rang. Après le printemps arabe, on avait disserté sur le «dégagisme» d’en bas, qui chassait les tyrans de leur trône. Voici le dégagisme d’en haut, qui chasse les importuns de leur tabouret.

Le Président, bien avant son élection, avait théorisé la restauration d’un pouvoir impérieux, actif et vertical. On n’avait pas compris que cette verticalité décrivait aussi la trajectoire de la matraque qui s’abat sur les récalcitrants. S’il reste de l’horizontalité, c’est celle des grenades lacrymogènes expédiées à tir tendu sur les manifestants. Socialiste rallié au «nouveau monde», Gérard Collomb est le fidèle exécutant de cette gouvernance verticale, qui résout les problèmes en les faisant évacuer par la maréchaussée. Sauf dans un cas, toutefois, étrangement négligé par le papy-grenade de la Place Beauvau : celui de quelques fachos des alpages qui ont bloqué symboliquement, en lieu et place des douanes et de la police, le col de l’Echelle soi-disant infesté d’envahisseurs, telle le Limes romain pénétré par les barbares. Le ministre de l’Intérieur a promis l’envoi de renforts gendarmesques. Pour prévenir une autre opération de commando xénophobe ? Non : pour repousser avec des troupes républicaines l’afflux supposé des migrants. En même temps, les identitaires ont été prudemment morigénés : il ne faut pas pousser la répression trop loin… Bref, on est en marche, mais au pas de charge (policière). Hollande devrait en prendre de la graine. Au lieu de discuter, d’écouter, de négocier, de chercher le compromis, que n’a-t-il étouffé dans l’œuf les défilés de la Manif pour tous, noyé d’emblée sous les canons à eau les manifestants qui le contestaient, menacé les frondeurs d’exclusion ? Bah ! C’était la méthode du vieux monde. Désuète, ringarde, dépassée, digne d’un dernier de cordée…

Bien sûr, nous restons dans l’Etat de droit. Cette raide manière s’exerce au nom de la loi. Si bien qu’elle ne choque guère l’opinion, qui en tient pour la légalité républicaine. C’est un sujet de réflexion pour les activistes. A force de lancer des mouvements ultra-minoritaires, comme dans les facs ou sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, on s’expose à rester seul quand l’Etat réagit. «Nous sommes l’avant-garde de la contestation», disent les théoriciens de la désobéissance civile. Pourquoi pas ? Mais pour qu’il y ait une avant-garde, il faut qu’il faut qu’il y ait un gros de la troupe. S’il n’y a pas de troupe, règle élémentaire de la stratégie, il n’y a pas d’avant-garde, tout juste des troufions aventurés.

Au fil des événements, l’identité politique du macronisme se précise un peu plus. Quand il s’agit de faire des réformes (souvent des sacrifices demandés aux plus modestes), c’est le parti du mouvement. Mais s’il faut faire face aux dissidents, c’est le parti de l’ordre.

Laurent Joffrin
Publié dans : Politique |le 23 avril, 2018 |Pas de Commentaires »

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