Archive pour le 14 mai, 2018

La lettre de Laurent Joffrin…………….(14/05/2018)

Libération 14 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

«Vaffanculo !»

Le laboratoire italien sort un nouveau prototype. Il avait déjà inventé l’eurocommunisme, le complot Gladio, l’opération «mains propres», la droite cathodique avec Berlusconi, le centre-gauche médiatique avec Matteo Renzi. Dernière création : le populisme au pouvoir. La Ligue du Nord (extrême droite) et le Mouvement Cinq Etoiles (antisystème), majoritaires à eux deux dans les deux Chambres, viennent de s’accorder pour gouverner l’Italie.

La Ligue est un mouvement déjà ancien, régionaliste puis nationaliste et antieuropéen, qui s’apparente au Front national. Le Mouvement Cinq étoiles forme dans cet attelage inédit la vraie nouveauté. Les étoiles de son patronyme représentent les cinq axes de réforme prônés par le mouvement (gestion de l’eau, transports durables, connectivité généralisée, développement humain opposé à la croissance gaspilleuse, protection de l’environnement). Particularité : le cinq s’écrit en chiffre romain, «V», et symbolise l’élégant mot d’ordre de Beppe Grillo,  blogueur comique et fondateur du mouvement : «Vaffanculo !» («Va te faire enculer !»).

Mouvement d’avenir ? Peut-être. Du présent, en tout cas : sorte de Macron clownesque, Grillo et ses acolytes, dont Luigi Di Maio, nouveau leader, pratiquent à grande échelle le «en même temps» cher au président français. Avec beaucoup plus d’inventivité que lui. Cinq étoiles propose une baisse des impôts et en même temps une hausse des dépenses et en même temps une réduction de la dette publique ; un durcissement de la politique migratoire et en même temps une extension des droits LGBT ; une politique européenne et en même temps antieuropéenne ; une démocratie intégrale grâce à Internet et en même temps une organisation du mouvement contrôlée par un groupe étroit qui décide de tout. Sa force vient de sa dénonciation – compréhensible – des turpitudes du «système» et de sa préférence pour des projets concrets d’inspiration écologique ou sociale (un revenu universel, par exemple). Il peut aussi changer de position comme de chemise selon les évolutions de l’opinion, qu’il ausculte sans cesse sur les réseaux. Méthode plutôt commode, si l’on y pense : quoi qu’il fasse une fois au pouvoir, après avoir dit tout et son contraire, il pourra répondre à l’électeur surpris : «Je vous l’avais bien dit.» Un mouvement Ovni, en somme, qui brouille systématiquement les repères droite-gauche.

Les optimistes l’ont vu longtemps comme un rempart écolo et populo-rousseauiste à la montée de l’extrême droite en Italie. Sauf qu’il en est désormais le fourrier en concluant avec elle un accord de gouvernement. Les esprits rationnels pointeront son incohérence, son inexpérience, sa démagogie en ligne. Certes, mais ils devraient aussi se demander pourquoi une formation aussi foutraque a pu récolter un tiers des voix, sinon grâce à la faillite des formations classiques, à l’incurie des gouvernements successifs et à la triste impuissance de l’Europe sur le social ou la politique migratoire. Voilà qui le met hors de portée des réquisitoires. Vous critiquez ? «Vaffanculo !»

Et aussi

La grève de la SNCF a connu un regain ce lundi avec la «journée sans cheminots», qui en compte tout de même quelques-uns mais nettement moins que les autres jours. Redémarrage ou chant du cygne ? On ne sait. Mais c’est un fait que le gouvernement s’ingénie à faire durer le mouvement. La semaine dernière, la ministre des Transports Elisabeth Borne, qui ignore les limites, chiffrait à un milliard sur dix ans les économies attendues de la fin du statut des agents de la compagnie. Aussitôt la SNCF la contredisait en évaluant les mêmes économies à… un million. Une discordance qui apporte de l’eau au moulin des grévistes. Samedi sortait une note interne – un compte rendu de discussion entre dirigeants de la SNCF et membres de cabinet – qui montre, sinon qu’on va privatiser la société nationale, mais du moins que les cercles dirigeants en discutent, ce qui fournit un thème supplémentaire aux syndicats. Habile…

Laurent Joffrin
Publié dans:GREVES |on 14 mai, 2018 |Pas de commentaires »

Grèves…………………………..(14/05/2018)

DIRECT. Grève à la SNCF : sursaut de mobilisation, la journée s’annonce « très difficile » pour les voyageurs

Pour contester la réforme de la compagnie ferroviaire, les cheminots sont appelés par les syndicats à un lundi « sans trains et sans cheminot ». Seulement un TGV, TER ou Transilien sur trois et un Intercités sur cinq circuleront, prévient la direction.

Les quais vides de la gare du Nord, le 24 avril 2018, lors d\'une journée de grève à la SNCF.
Les quais vides de la gare du Nord, le 24 avril 2018, lors d’une journée de grève à la SNCF. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)
Ce qu’il faut savoirLes usagers du train vont devoir une fois de plus s’organiser car la journée du lundi 14 mai s’annonce « très difficile » à la SNCF. De l’aveu même de la direction, il faut s’attendre à « un sursaut de mobilisation » des grévistes. Pour peser sur le gouvernement, les cheminots sont appelés par les syndicats à une journée « sans trains et sans cheminots » et à voter pour ou contre la réforme ferroviaire.

Un « trafic très perturbé » sur toutes les lignes. Selon la direction, les voyageurs peuvent tabler en moyenne sur un TGV, un TER ou un Transilien sur trois et un Intercités sur cinq, avec des situations contrastées selon les régions.

Un sursaut de mobilisation attendu. Il faudra attendre la mi-journée pour mesurer la portée de cette journée « sans cheminots ». Mercredi dernier, le taux de grévistes était de 14,46%. Le 3 avril, il était de 33,9%.

Acte de malveillance. Une caténaire a été sectionnée dans la nuit du dimanche à lundi, dans l’Eure. La SNCF va porter plainte. Trois trains sont actuellement bloqués. Le trafic entre Rouen et Paris devrait être rétabli à 9 heures.

Le live

Suivez le live et réagissez en direct
#SNCF

Retrouvez ici l’intégralité de notre live #SNCF

09h17 : « Tout le groupe public ferroviaire, toutes les sociétés qui le composent, restent à 100% détenues par l’Etat, c’est ce que nous avons écrit dans la loi. »

Le député LREM Jean-Baptiste Djebbari, rapporteur du texte sur la réforme ferroviaire, affirme que la loi ne laissera « aucune place au fantasme de la privatisation ». Il annonce, après en avoir discuté avec la ministre Elisabeth Borne, que le mot « incessibilité » sera inscrit dans le texte.

08h41 : Des cheminots bloquent depuis 4 heures du matin l’accès de la gare de Marseille Saint-Charles à leurs collègues non-grévistes. En revanche ils n’empêchent pas les usagers de prendre le train, rapporte France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur.

08h39 : Voies bloquées par des manifestants sur Marseille et problèmes de caténaires… Pas de possibilité de départ. Toujours Scotchés dans le TGV de 6:38.

08h38 : Bonjour, Il y a des rumeurs d envahissement de gare par les cheminots.Est ce que vous confirmez ?Merci

08h36 : Grève SNCF, pluie et absence de jours fériés cette semaine. Tous les ingrédients sont au rendez-vous pour faire de ce lundi un petit enfer sur les routes. En Ile-de-France, on dénombre actuellement 477 km de bouchons cumulés, un niveau « exceptionnel », selon la Direction des routes d’Ile-de-France.

Grèves................................(14/05/2018) dans GREVES

08h20 : « Je demande à ce que le gouvernement dise très clairement qu’il n’y aura pas de cessibilité de quelque filiale que ce soit à la SNCF. »

Sur CNews, le patron de la CFDT refuse une « vente à la découpe à la SNCF » et demande que « l’incessibilité de la SNCF soit inscrite dans le texte de loi ». Une note de travail interne révélée hier par Le Parisien laisse planer le doute sur les véritables intentions du gouvernement sur ce point.

07h56 : Ligne D, un train sur 4 et 1h00 de trajet au lieu des 28mn d’annoncées. Si ce n’est pas du foutage de gueule ça y ressemble.

07h55 : 14 mai, 6:48 en gare d’Angers : meme pas fichu d’afficher correctement l’ordre des voitures du seul trzin qui circule. Belle pagaille sur le quai sous le regard amusé d’un agent parfaitement immobile. On virent d’annoncer 20mn de retard en raison d’un « problème de signalisation »… Voyageurs éxédés

07h55 : Le un ter sur 3 est faux. Je nai aucun train entre dieppe et paris. AUCUN!

07h55 : Dans les commentaires, vous êtes plusieurs à nous faire part de vos galères de train ce matin. Voici quelques-uns de vos messages.

06h52 : « Pertes de chiffres d’affaires, livraisons de voitures neuves retardées… » Les organisations patronales s’inquiètent des répercussions de la grève à la SNCF sur l’économie locale, affirme le Courrier de l’ouest.

Publié dans:GREVES |on 14 mai, 2018 |Pas de commentaires »

Terrorisme………………………..(14/05/2018)

Analyse

Attentats : l’arme de la simplicité

Par Pierre Alonso et Ismaël Halissat — 13 mai 2018 à 21:16
Dans le quartier de l’Opéra, à Paris,  dans la nuit de samedi à dimanche.Zoom
Dans le quartier de l’Opéra, à Paris, dans la nuit de samedi à dimanche. Photo Thibault Camus. AP.

L’attaque au couteau qui a coûté la vie à un passant et en a blessé quatre autres samedi soir à Paris montre l’efficacité des modes opératoires rudimentaires, plus difficiles à déjouer. Une faiblesse exploitée par l’Etat islamique.

Un couteau. Pas d’arme automatique, pas de ceinture d’explosifs, seulement une arme blanche et un assaillant unique sur le lieu de l’attentat. Samedi soir, Khamzat Azimov n’avait aucun équipement sophistiqué pour mener son attaque, qualifiée de terroriste par le parquet de Paris et revendiquée très rapidement par l’Etat islamique. Avec sa lame de dix centimètres, le jeune homme de 20 ans a tué un passant et blessé quatre personnes à proximité de l’opéra Garnier, dans le centre de Paris. Dans le radar des services antiterroristes depuis 2016, Khamzat Azimov a eu recours à un mode opératoire rudimentaire, comme bien d’autres avant lui, signe que le terrorisme low-cost reste la menace la plus répandue.

«Les grandes opérations planifiées et spectaculaires sont beaucoup plus rares que les attaques simples. La sophistication entraîne un risque de repérage ou d’échec pour les terroristes», rappelle Marc Hecker, chercheur à l’Ifri et auteur de l’étude «137 nuances de terrorisme, les jihadistes de France face à la justice».

La France a en effet connu deux attaques complexes très meurtrières depuis 2015 : les attentats contre Charlie Hebdo, Montrouge et l’Hyper Cacher, pour lesquels les auteurs se sont coordonnés, et surtout le 13 Novembre, exécuté par un commando formé en Syrie et en Irak, et rentré en France pour le commettre. D’autres, également de grande envergure, ont pu être déjoués. Peu avant l’élection présidentielle de 2017, deux suspects avaient été interpellés in extremis à Marseille. Dans leur appartement, les enquêteurs retrouveront un arsenal et 3,5 kg d’explosif fraîchement conçu. Recherchés par les services de renseignement, ils avaient commis l’erreur de transmettre à un contact de l’EI leur vidéo de revendication, en fait envoyée à un policier infiltré (Libération du 16 juin 2017).

Mais depuis le début de la vague récente d’attentats, la plupart sont réalisés avec peu de moyens. A Marseille, le 1er octobre, Ahmed Hanachi assassine deux étudiantes à la gare Saint-Charles avec un couteau. En août, un homme projette sa voiture sur des militaires de l’opération Sentinelle à Levallois. D’autres, plus ou moins abouties, étaient tout aussi rustiques : attaque au marteau contre des policiers sur le parvis de Notre-Dame, en juin 2017, ou à la machette contre des militaires au Carrousel du Louvre, quelques mois avant. Si ces actions low-cost semblent se multiplier, elles ne sont pas nouvelles. «C’est la « stratégie des mille entailles », l’idée qu’une série de petites attaques peut créer un effet stratégique, notamment à travers la surréaction induite», précise le chercheur Marc Hecker.

Opportunisme

La littérature jihadiste regorge de recommandations de ce type. Inspire, la revue d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique créée en 2010, encourageait déjà des actions terroristes en Occident avec des moyens modestes et accessibles, contre des cibles facilement atteignables. L’Etat islamique a repris cette stratégie opportuniste. L’ancien directeur de la DGSI Patrick Calvar l’avait souligné devant les députés en 2016 : «Les terroristes, j’insiste, frappent là où ils le peuvent, forts des compétences dont ils disposent.» En septembre 2014, soit trois mois après la proclamation du «califat» et un mois après le début des frappes de la coalition, le porte-parole de l’EI l’avait formalisé dans un appel qui fera date : «Si vous pouvez tuer un incroyant – en particulier les méchants et sales Français – […] alors tuez-le de n’importe quelle manière.» Et d’énumérer, macabre : «Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le.» Dans une séquence présentée par l’agence de propagande Amaq comme une vidéo de revendication de Khamzat Azimov, le jeune homme fait sien le mot d’ordre de l’EI : «Si vous pouvez faire la hijra [départ dans un pays musulman, ndlr], n’hésitez pas. Si vous ne pouvez pas, agissez ici en terre de mécréance. Ils nous ont fermé la porte à la hijra, alors frappons-les sur leur propre terre.»

Pour Calvar, ce terrorisme low-cost arrivait, en terme de priorité, après la menace des jihadistes ayant combattu sur zone et les petits groupes comme celui de janvier 2015. «Toute une catégorie d’individus voudrait agir mais n’en a pas les moyens. Certains pourraient aller au-delà […] et mener des actions de basse intensité, certes, mais qui n’en sont pas moins de nature à frapper les esprits», disait-il en 2016.

Réactivité

Un mode opératoire qui met en difficulté les forces de sécurité. «Le terrorisme low-cost relève plutôt d’une question de sécurité publique, sur la réaction à l’attaque, que de renseignement», analyse un ancien haut gradé de la sécurité intérieure. Sur les lieux de l’attentat, samedi soir, le Premier ministre a d’ailleurs tout de suite parlé de l’«exceptionnelle réactivité des forces de police». Selon son récit, en effet, un premier appel à la police est enregistré à 20 h 47. «Dans les cinq minutes», les policiers étaient sur place, a poursuivi Edouard Philippe, et «moins de neuf minutes» après, l’auteur de l’attaque était abattu par les tirs des policiers. Cette réactivité des forces de police a été théorisée et mise en œuvre après l’attentat du 13 novembre 2015. L’objectif fixé est de ne pas avoir à attendre les unités d’élite pour que des policiers soient en capacité d’intervenir très vite pour faire cesser l’attaque. Afin d’y parvenir, ont notamment été déployés de nouveaux fusils d’assaut à des brigades auparavant simplement équipées d’une arme de poing. Ou en s’appuyant sur l’opération Sentinelle, qui permet le déploiement de soldats notamment dans les lieux très fréquentés. Comme ce fut le cas lors de l’attentat de la gare Saint-Charles à Marseille, où l’assaillant a été tué rapidement par des militaires après les deux meurtres. Le renseignement semble quant à lui mis en échec par ce type d’attaque. «Il est très compliqué d’intervenir sur des individus agissant seuls ou dans de petites cellules. Il n’y a plus de réseau, avec un cœur qu’on atteint en remontant un fil. Tous sont dangereux isolément désormais», souligne un bon connaisseur du jihad et de la lutte antiterroriste qui concède n’avoir «aucune solution».

Pierre Alonso , Ismaël Halissat

Liberation.fr
desirdavenir77500
Publié dans:TERRORISME |on 14 mai, 2018 |Pas de commentaires »

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