La lettre de Laurent Joffrin……………….(15/05/2018)

Libération 15 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le populisme boutefeu

Les populistes, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. Contre l’avis de la plupart des diplomates et des gouvernements de la planète, Donald Trump transfère son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, alors que l’ONU et la majorité de la communauté internationale voulaient subordonner ce geste de reconnaissance officielle à un règlement de la question israélo-palestinienne. Trump proclame en même temps sa volonté de progresser vers la paix : au premier jour, la protestation palestinienne se solde par quelque 60 morts et plus de 2 000 blessés atteints par les balles de l’armée israélienne.

La semaine précédente, le milliardaire avait dénoncé, contre l’avis des mêmes protagonistes, l’accord sur le nucléaire iranien, donnant un coup de pouce spectaculaire aux campagnes de haine orchestrée par les mollahs les plus conservateurs de la vie politique iranienne. Cette politique qui semble élaborée dans un saloon du Midwest plus que dans le bureau ovale (les deux finissent par se confondre) est alignée point par point sur celle de la droite israélienne, qui veut une confrontation avec l’Iran et considère qu’il faudra un jour annexer définitivement «la Judée et la Samarie» – les noms bibliques de la Cisjordanie – et laisser un choix simple aux Palestiniens : la soumission ou l’exil. On dit parfois que les élections américaines ne changent pas grand-chose à la politique du pays, que le système de «checks and balances» propre à la vie publique américaine limite les embardées de la Maison Blanche. Funeste illusion. De même que la victoire de George W. Bush contre Al Gore a changé le visage de la planète, le triomphe de candidats populistes ici ou là modifie fondamentalement le cours des événements. La lutte contre le populisme n’est pas le réflexe instinctif d’une bien-pensance qui crie avant d’avoir mal : elle est un impératif catégorique pour tous ceux qui veulent conserver un semblant de rationalité au comportement des grandes démocraties.

Le danger est le même en Europe où, après la Hongrie et le Danemark, l’Italie vient de succomber à la peste démagogique. Les conséquences sont prévisibles : un affaiblissement supplémentaire de l’Union européenne, avec un risque de dislocation à la clé, une politique migratoire qui contredira les principes communs d’accueil et d’humanité, une politique économique, monétaire et commerciale agressive, nationaliste, qui accentuera encore les duretés de la compétition internationale. Ce sera le grand retour des nations concurrentes et bientôt hostiles, déjà bien entamé.

Inutile de croire que ces politiques s’effondreront d’elles-mêmes, victimes de leur propre absurdité. Le boutefeu de la Maison Blanche s’appuie sur l’armée la plus forte qu’on ait connue dans l’histoire du monde depuis l’empire romain, qui laisse l’empire américain à l’abri des incendies qu’il déclenche. Les populistes d’Europe s’ils triomphent – ils ne cessent de marquer des points – rendront l’étranger responsable de leurs difficultés et gagneront dans ce tour de passe-passe la fidélité de leurs partisans. Le nationalisme est une religion. Il substitue le chauvinisme à la raison et trouve sa récompense en lui-même en plaçant la souveraineté cocardière au-dessus de toutes les autres valeurs, et même des intérêts des peuples qu’ils disent représenter. Les démocrates doivent le savoir et s’armer de courage : une nouvelle fois, c’est leur système de civilisation, humain et fragile, qui est en cause. La maison brûle…

Et aussi

On n’a pas l’habitude à Libération de crier haro sur le baudet et de réclamer à toute force l’enfermement des délinquants. Jérôme Cahuzac échappera sans doute à la prison : quatre ans de détention dont deux avec sursis, une amende de 300 000 euros, la sanction n’est pas légère. Mais comme les risques de récidive sont minces et que le coupable ne présente plus guère de danger pour la société, il bénéficiera probablement d’un aménagement de peine. Cahuzac disparaît dans la solitude du déshonneur. Moins on le verra désormais, mieux cela vaudra. On ne demandera pas la mort du pécheur.

Cela n’effacera pas les sentiments mélangés qui assailliront forcément l’opinion. Cahuzac n’a pas volé une diligence ou commis une attaque à main armée. Mais il a organisé un hold-up honteux sur les valeurs de la République. Il a trahi ses amis, ses collègues ministres, son président qui l’avait promu à une fonction éminente, l’Assemblée, l’opinion et le peuple tout entier. Il a traîné dans la boue le drapeau du civisme fiscal qu’il était chargé de porter haut. Rien n’empêchera une partie de ce peuple abusé par l’un de ses représentants les plus visibles que la délinquance en col blanc bénéficie en France d’une indulgence relative qui protège les puissants et qui disparaît dès que la justice frappe les délinquants moins titrés.

Laurent Joffrin
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Publié dans : "AFFAIRES" |le 15 mai, 2018 |Pas de Commentaires »

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