Archive pour le 30 mai, 2018

La lettre de Laurent Joffrin……………(30/05/2018)

Libération 29 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Désastre à l’italienne

Comme des lapins dans les phares, les dirigeants européens regardent, paralysés, se défaire peu à peu la construction patiemment bâtie par trois ou quatre générations. La crise italienne, désormais portée à un point d’incandescence maximal, débouchera sans doute sur de nouvelles élections à l’automne. Echéance cruciale. La défection de l’Italie sonnerait le glas du projet européen.

Personne ne conteste la rectitude du président Mattarella, qui a refusé de nommer au ministère de l’Economie un adversaire patenté de l’euro, soupçonné de préparer par la bande une sortie de la monnaie unique, sur fond d’aggravation des déficits et de conflit avec la Commission. Mais on peut se demander si cette décision, qui a bloqué la formation du gouvernement de coalition Ligue-Cinq étoiles ne va pas encore aggraver les choses. Les vainqueurs du scrutin ont beau jeu de dénoncer un déni de souveraineté, plus ou moins téléguidé par Bruxelles sous la pression des marchés financiers. Le cas italien donne à tous les ennemis de l’Union sur le continent un thème en or : Bruxelles et les marchés contre les peuples, les élites contre la démocratie. Mattarella a redoublé la provocation en proposant au poste de président du Conseil Carlo Cottarelli, un technocrate issu du FMI, connu pour ses penchants austéritaires. Si les élections ont lieu, on voit d’ici le boulevard qui s’ouvre aux populistes eurosceptiques : le scrutin se transformera en référendum pour ou contre l’Union, pour ou contre «la caste technocratique», pour ou contre «ces messieurs du spread», selon la formule de la Ligue. On sait qu’à ce jeu-là, l’Europe sort rarement gagnante.

L’Union paie dans cette affaire les erreurs calamiteuses qu’elle commet avec une régularité d’horloge. A force de jouer les mères fouettardes de l’orthodoxie budgétaire, elle a pris le rôle désastreux d’ennemie des classes populaires et moyennes, qui voient à chaque réforme favorisée par Bruxelles les protections dont elles bénéficiaient de réduire comme peau de chagrin. L’Allemagne et les pays du Nord, dont la compétitivité s’accommode très bien de la rigueur financière, s’abstiennent toujours de relancer leur propre consommation, ce qui aurait pour effet de soulager les économies de leurs partenaires.

L’Allemagne est assise sur un excédent commercial colossal, certes obtenu par l’excellence de son industrie, mais qui déséquilibre totalement les échanges intra-européens. Légitime sur le papier, cette domination commerciale disloque chaque jour davantage l’Union en raison de ses effets politiques délétères. A cela s’ajoute une impuissante criante dans le règlement de la crise migratoire, dont la charge pèse en priorité sur l’Italie. A force de ne pas faire de politique à l’échelle du continent, de prendre le mauvais rôle, ou pas de rôle du tout, l’Europe scie avec énergie la branche de plus en plus mince sur laquelle elle repose. Les populistes avancent des projets irresponsables, les antieuropéens travaillent avec fureur au démembrement de l’Union, commencé en Grande-Bretagne, mais qui menace désormais le continent. Ils doivent être dénoncés comme tels. Encore faut-il éviter de leur apporter sur un plateau les arguments qui alimentent leur propagande nationaliste.

Laurent Joffrin
Publié dans:Etranger |on 30 mai, 2018 |Pas de commentaires »

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