Archive pour mai, 2018

La lettre de Laurent Joffrin…………(25/05/2018)

Libération 25 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Marion-les !

La nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal, fonde à Lyon une école dénommée Institut des sciences sociales, économiques et politiques (Issep). Une école «libre et indépendante», qui ne sert «aucun but».

Indépendante, elle l’est à coup sûr de sa tante : Marion Maréchal a même prévenu qu’elle retirait de son patronyme le suffixe «Le Pen» qu’elle avait utilisé pour se faire élire. A considérer le programme de l’école et les membres de son comité d’orientation, on comprend surtout que la petite-fille de Jean-Marie Le Pen trouve la cheffe du FN nettement trop à gauche. Il s’agit, dit-elle, de renouveler, ou de restaurer, la pensée «conservatrice». On pense un instant à Benjamin Disraeli, à Winston Churchill, à André Tardieu ou à Raymond Aron, toutes grandes figures conservatrices. Erreur : il faut plutôt chercher du côté de Bonald, de Maistre ou Maurras.

Dans l’organigramme, on trouve surtout une pléiade de réacs et de fachos digne d’une ligue des années 30. Quelques FN bon teint, ce qui n’est guère neuf. Mais surtout des royalistes, des cathos tradis, Pascal Gauchon, fondateur du Parti des forces nouvelles, extrême droite des années 70, un lieutenant de Philippe de Villiers, un transfuge du site ultra Breitbart, limite raciste, un Anglais qui seconda Nigel Farage dans l’entreprise du Brexit, etc. Des hommes libres… de toute attache avec les principes républicains. Le tout financé, entre autres, par l’homme d’affaires Charles Beigbeder, le «business angel» de la réacosphère, lointain émule du parfumeur Coty ou du fabricant de champagne et futur pétainiste Pierre Taittinger.

L’entreprise se place sous l’égide de Gramsci, qui théorisa la nécessité de conquérir une hégémonie intellectuelle avant de prétendre prendre le pouvoir. A cette nuance près : les parrains de l’école se situent avant tout dans la lignée de ceux qui ont mis Gramsci en prison… Le véritable ancêtre, c’est beaucoup plus Alain de Benoist, qui fonda, toujours dans les années 70, la Nouvelle Droite, destinée à diffuser, par un travail intellectuel, les idées identitaires et souvent fascisantes, alors peu prisée sur la scène publique. Marion Maréchal veut en fait rassembler les courants épars qui gravitent à la droite du FN, pour ensuite, peut-être, tendre la main aux plus extrêmes des militants LR. Il y aurait un meilleur nom pour cet institut très… maréchaliste : Facho Business School.

Laurent Joffrin
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Un parachute, vite……………………(25/05/2018)

Le sondage : nouveau trou d’air pour Macron

La popularité d’Emmanuel Macron connaît une nouvelle baisse, selon un sondage BVA. Avec 40% d’opinions positives, le chef de l’Etat retrouve son niveau de mars, le plus bas depuis son entrée en fonction il y a un an. A l’inverse, 56% des Français interrogés ont une « mauvaise opinion » de lui, soit une augmentation de 2 points. La cote d’Emmanuel Macron chute en particulier auprès des sympathisants Les Républicains (-14), selon cette enquête pour Orange, RTL et « la Tribune« .

La popularité d’Edouard Philippe ne brille pas davantage. Le Premier ministre subit le même contrecoup, avec 43% de bonnes opinions, soit son plus bas niveau. 53% des personnes interrogées ont une mauvaise opinion de lui en tant que chef du gouvernement. La cote du Premier ministre s’effrite auprès des proches de LR (-7), mais également du Front national (-5) et même de La République en Marche (-4).

L’OBS

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SNCF………………………..(25/05/2018)

10h34
Alerte info
SNCF : l’Etat va reprendre 35 milliards sur les 55 milliards d’euros de dette, annonce Edouard Philippe aux syndicats
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La lettre de Laurent Joffrin………(24/05/2018)

Libération 24 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Paroles, paroles…

Enfin on parle aux Russes ! Un concert d’approbation entoure le voyage d’Emmanuel Macron auprès de Vladimir Poutine, émanant du lobby informel qui défend en France le président russe, mais aussi d’un certain nombre de doctes experts en «realpolitik». Vladimir et Emmanuel – dont il faut espérer pour le président français qu’ils auront des rapports moins tactiles qu’avec Donald Trump – parleront-ils du missile russe qui a abattu par inadvertance un avion civil en faisant plus de trois cents morts, des passagers néerlandais pour la plupart, et dont une commission indépendante vient d’établir qu’il a été tiré par des militaires russes. Hum ! On attend toujours quelques paroles d’excuse russes. Parlera-t-on de l’attentat contre la famille Skripal perpétré sur le sol britannique ? Hum, hum ! On dira que ce sont là considérations moralisantes et «droit-de-l’hommistes» qui n’ont pas leur place dans la diplomatie. Quelle incongruité, il est vrai ! Sous les lustres de Saint-Pétersbourg, on risquerait d’avaler sa vodka de travers.

Cette injonction à «parler avec Poutine» a quelque chose de ridicule. D’abord parce que les Européens, France comprise, ne cessent de le faire. Comment les accords de Minsk sur l’Ukraine ont-ils été conclus, sinon par un dialogue direct avec le président russe ? Comme ils sont violés régulièrement depuis par la Russie, il semble bien que la parole ne suffise pas. Il est toujours bon de parler en diplomatie. Mais la vérité, c’est qu’on parle en permanence. Ce qui compte, c’est d’être écouté et, si possible, entendu. Et ce qui a freiné Poutine en Ukraine, ce ne sont pas des paroles mais des sanctions.

Dans le même ordre d’idées, Emmanuel Macron a longuement parlé avec Donald Trump. Qu’en est-il ressorti ? Rien. Quelques jours plus tard Donald Trump se retirait de l’accord nucléaire avec l’Iran pour lequel Emmanuel Macron avait longuement plaidé, et inaugurait une ambassade américaine à Jérusalem sans tenir compte le moins du monde des innombrables paroles prononcées en sens contraire par l’ONU et la majorité des gouvernements de la planète. Parlons, donc. Mais cessons de nous prendre pour Ali Baba qui ouvrait sa caverne d’un simple mot. «Poutine, ouvre-toi !» Un peu court, non ?

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
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La lettre de Laurent Joffrin…….(23/05/2018)

Libération 23 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

«Français de merde»

La logique identitaire vient de faire une nouvelle fois la preuve de sa supérieure intelligence, dans un domaine inattendu mais symbolique : le football. Club de Ligue 2, Le Havre doit jouer un match de barrage contre l’AC Ajaccio, lequel match permettra à son vainqueur de disputer une autre rencontre lui permettant éventuellement de rejoindre la Ligue 1 la saison prochaine. Peu avant le match, vendredi dernier à Ajaccio, le car qui transporte les joueurs havrais est soudain arrêté par un groupe de supporters ajacciens qui lancent des fumigènes, des pierres et gratifient les joueurs adverses des subtils qualificatifs de «Français de merde» (une coutume habituelle, paraît-il), mais aussi de «sales nègres», de «ramasseurs de coton» et de «sales arabes». Espérant l’apaisement, les autorités reportent le match au dimanche. Celui-ci se joue dans une ambiance électrique et donne lieu à plusieurs expulsions, à un penalty pour menace envers l’arbitre dans la surface de réparation, et à l’irruption totalement illégale des supporters corses sur la pelouse. Battu aux tirs au but, Le Havre réclame l’inversion du résultat «sur le tapis vert». Plutôt sagement, la Ligue de football professionnel s’y refuse et valide le match, dans la mesure où les tirs au but se sont déroulés de manière régulière. Soucieuse d’éviter de nouveau débordements, elle se contente de délocaliser le match suivant de l’AC Ajaccio contre Toulouse. Sanction légère en regard de la gravité des incidents observés à Ajaccio.

A lire aussi Violences à Ajaccio : le club corse sort vainqueur

Jusque-là, rien que de tristement banal dans le monde du football trop souvent gangrené par le chauvinisme, le racisme et la violence des supporters, ce qui est loin d’être le monopole des Corses. La Ligue a géré comme elle a pu, dans le cadre du règlement, une situation «consternante», selon le mot employé par le Premier ministre Edouard Philippe, ancien maire du Havre.

Il n’en faut pas plus pour que les deux principaux élus corses, Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, plutôt que de présenter des excuses aux Havrais et de tenter de calmer le jeu, alors même que leur club a gagné le match, s’emploient à jeter à grands seaux de l’huile sur le feu. Dans une déclaration extravagante, les deux édiles nationalistes crient au «complot» contre la Corse et attisent l’incendie levé par le public ajaccien. L’affaire devient ridiculement politique et sert de prétexte à une logorrhée chauvine proférée par les leaders corses contre les autorités françaises, toutes mises dans le même sac. Ainsi va le débat public en ces temps de «renouveau identitaire». Les Corses ont raison parce qu’ils sont corses et les Français sont à jeter aux orties parce qu’ils sont français. La civilisation progresse…

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
Publié dans:Politique |on 23 mai, 2018 |Pas de commentaires »

SNCF…………………………….(23/05/2018)

Logo Francetv info 10h18
Alerte info
SNCF : 94,97% des votants contre la réforme du gouvernement, selon la consultation des cheminots organisée par les syndicats
Cliquez ici pour plus d’informations 
Publié dans:GREVES |on 23 mai, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin…..(23/05/2018)

Libération 22 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Cocottes en papier

Les projets du gouvernement pour la fonction publique suscitent une nouvelle fois un débat biaisé, accompagné de clichés sonores ; il n’y manque que les manches de lustrine et les cocottes en papier. Présupposés à peine dissimulés : il y a trop de fonctionnaires, ils ne travaillent pas assez et ils coûtent trop cher. Conséquence : il faut en réduire le nombre, diminuer la dépense publique, accroître le nombre des contractuels non-soumis au statut, augmenter la part de la rémunération au mérite.

L’ennui, c’est que la réalité dit tout autre chose. Trop de fonctionnaires ? Il y en a beaucoup, plus de cinq millions, soit environ un salarié sur cinq. Trop ? Cela se discute. La comparaison européenne nous apprend qu’il y a en a plus, en proportion, dans les pays scandinaves, dont l’efficacité économique n’est pourtant plus à démontrer. Les pays les moins administrés ne sont pas forcément les plus compétitifs.

Les effectifs se répartissent entre l’Etat, les collectivités locales et la fonction publique hospitalière. La fonction publique nationale comprend en grande majorité des enseignants, des policiers et des militaires. Trop de profs ? Trop de flics ? Trop de soldats ? Dans le débat public, on entend le contraire. Même chose pour l’hôpital. Trop de médecins, trop d’infirmières, trop de soignants dans les Ehpad ? Qui peut le dire ?

Tous ces gens, dit-on, sont inefficaces. Est-ce si sûr ? Les Etats-Unis ont moins de fonctionnaires en proportion, par exemple dans la santé ou dans l’éducation. Selon le raisonnement dominant, ils devraient obtenir de meilleurs résultats dans ces domaines. C’est le contraire qui est vrai : l’espérance de vie est meilleure en France et le pays se tient très bien dans les classements internationaux qui mesurent la santé de la population, mieux que les Etats-Unis, en tout cas. Même chose en matière scolaire, où, d’après le classement Pisa, les Etats-Unis sont derrière la France. Autrement dit, dans ces domaines, le privé ne fait pas mieux que le public.

Cela ne dispense pas de rechercher toujours un meilleur service public, c’est-à-dire un meilleur service du public, qui finance tout cela et peut légitimement exiger des efforts d’économie et de productivité. Mais pour le reste, la volonté de réduire la part collective de la dépense relève non d’une démonstration chiffrée et logique, mais d’un simple dogme. Celui qui, manifestement, domine la politique du gouvernement.

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
Publié dans:Politique |on 23 mai, 2018 |Pas de commentaires »

Et les heureux élus seront ? (22/05/2218)

Logo Francetv info 13h38
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Macron annonce que 30 000 stages vont être proposés aux élèves de troisième des quartiers en difficulté par les entreprises et l’Etat
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Terra Nova communique…………………(22/05/2018)

Terra Nova communique.....................(22/05/2018) dans
 

 

Dépendance : les enseignements oubliés du rapport du HCAAM « Assurance maladie et perte d’autonomie » (2011)
Le vieillissement de la population, qui se traduit par des gains de temps de vie en bonne santé, crée aussi des situations plus fréquentes de pertes d’autonomie liées au grand âge. La prise en charge de cette dépendance est aujourd’hui insuffisante, malgré la création de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) en 2002. Le débat politique, plusieurs fois esquissé et reporté, sur la création d’un « cinquième risque » est longtemps resté au point mort, comme s’il inquiétait tous les acteurs. Il est essentiel, avant de parler budget et financement, de bien caractériser la spécificité de la prise en charge de la dépendance du grand âge afin de définir les formes collectives de solidarité les plus adaptées à la qualité de l’accueil et à la continuité des parcours de santé qui est le besoin essentiel des personnes âgées en perte d’autonomie. C’est ce que propose cette note qui invite notamment à réexaminer les analyses et conclusions d’un rapport de 2011 du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie.
Publié dans:"AFFAIRES" |on 22 mai, 2018 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………(21/05/2018)

Libération 21 mai 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Caudillo rouge

Pour juger des politiques économiques de la gauche radicale, il faut toujours revenir à ce proverbe des anciens pays de l’Est : «Les communistes prennent le pouvoir au Sahara ; au bout d’un an il ne se passe rien ; au bout de deux ans, pénurie de sable.» Ainsi du Venezuela. La gauche radicale prend le pouvoir dans le pays qui possède les plus grandes réserves mondiales de l’hydrocarbure. Au bout de quinze ans, pénurie de pétrole.

Cette fois-ci, ce n’est pas une blague : l’essence manque au Venezuela (!) et il y a aussi pénurie de médicaments, d’hôpitaux, de nourriture, d’argent et pour couronner le tout, pénurie de liberté, comme le montre l’élection présidentielle Potemkine qui vient de confirmer Maduro à la présidence. Des centaines de milliers de personnes, souvent pauvres, fuient ce pays ruiné, la mortalité augmente, l’inflation bat le record du monde et le PIB a baissé de plus de 40%, un pourcentage qu’on observe seulement dans les pays en guerre.

Les chavistes crient au complot yankee. Les sanctions américaines jouent un rôle dans cette affaire. Mais ce n’est pas l’essentiel. Cette rhétorique évite de s’interroger sur les erreurs tragiques une nouvelle fois commises par ceux qui donnent des leçons de pureté socialiste à la terre entière.

La «politique de l’offre», selon le catéchisme radical, est de droite. On fait donc une politique de la demande, elle que réclament toujours les Savonarole du socialisme : on distribue sans compter l’argent du pétrole. C’est mieux que de remplir les poches de la classe dirigeante. Mais on oublie d’investir. Après dix ans de prospérité consommatrice acquise par les revenus du pétrole, l’appareil de production vénézuélien est à l’abandon. Quand le prix du baril baisse (cela arrive), on ne sait pas produire autre chose. La pénurie s’installe, cruelle, comme toujours, aux classes populaires.

Il faut sortir de l’orthodoxie monétaire, dit-on fièrement. On manipule donc les cours de la monnaie. Dans le cas du Venezuela, pour faire baisser le prix des importations – payées par les exportations de pétrole – on fixe un taux de change extérieur artificiel, beaucoup trop élevé. Cette monnaie trop forte bloque tout autre effort d’exportation. L’économie produit de moins en moins. On instaure un contrôle des changes. L’écart entre le cours officiel et le cours réel, énorme, alimente une spéculation effrénée.

Il faut «rompre avec les logiques comptables», dit-on encore. On creuse donc les déficits, financés non par l’impôt ou l’épargne (c’est de droite), mais par la création monétaire. Il en résulte une inflation vertigineuse qui ruine le pouvoir d’achat des classes pauvres et fait fuir l’épargne à l’étranger.

Le marché est de droite, dit-on. On s’abstient d’en comprendre le fonctionnement et on accuse le secteur privé des déboires du régime. La multiplication des expropriations et des lois spéciales achève de décourager les entrepreneurs : la production baisse encore. Le secteur public s’étend au profit d’une nouvelle bourgeoisie – la «bolibourgeoisie» (bourgeoisie bolivarienne), souvent des militaires – qui se vautre dans la corruption.

Devant le désastre, on cherche des coupables : les Etats-Unis, bien sûr (ils ont leur part de responsabilité), la droite (elle aussi), on se réfugie dans l’idéologie. Et comme le peuple regimbe, on s’appuie sur l’armée pour installer une dictature à façade électorale. Le tout au nom de la pureté du socialisme, une nouvelle fois défiguré par ceux qui s’en arrogent le monopole. Eternel sectarisme de la gauche radicale. On fustige au passage la «fausse gauche» des sociaux-démocrates, coupables de réalisme économique. Mais la «vraie gauche», aveuglée par ses dogmes, conduit le peuple à l’abîme.

Et aussi

Le Festival de Cannes n’est plus ce qu’il était, disent Variety et Hollywood Reporter, organes quasi officiels de l’industrie cinématographique américaine, avec des échos dans la presse française. Moins de stars, moins de blockbusters, moins de soirées glamour, moins de business au marché du film. Tout n’est pas faux là-dedans, même si les critères retenus sont très américains. L’édition 2018, post-soixante-dixième anniversaire, fut sans doute moins éclatante que l’année dernière. Mais Cannes, quoique concurrencé par Toronto ou par les oscars, reste l’un des deux ou trois festivals de cinéma les plus importants au monde.

Il y a dans ces réquisitoires une part de politique. Cannes a été créé par un ministre du Front populaire, Jean Zay, entre autres pour faire pièce au très mussolinien festival de Venise. Lancé à la Libération, sans Jean Zay, assassiné par la milice, il apporta sa pierre à la reconstruction du pays. C’est d’ailleurs la CGT, dans un élan patriotique, qui a construit à marche forcée le premier Palais des festivals. Cannes s’imposa ensuite comme un contrepoint, ou un antidote, à la domination mondiale de Hollywood. Cette résilience agace l’industrie du rêve : elle souffre mal ce gros village gaulois qui résiste à son hégémonie culturelle. D’où des critiques récurrentes portées contre le cinéma français ou européen : élitisme, refus de la seule logique de l’audience, subventions, réglementation, «chronologie des médias», etc.

Il faut donc rappeler quelques fondamentaux : sans son système d’intervention publique et de régulation par la loi, le cinéma français aurait été, comme tant de cinémas à travers le monde, ramené à la portion congrue par Hollywood. Le volontarisme a payé : les productions françaises gardent quelque 40% de part de marché en France ; l’argent des producteurs, abondé par celui de la télévision contrainte de donner son écot, va aussi à de grands réalisateurs étrangers non-américains. Sans ce festival qui donne le pouvoir de récompense – l’attribution des palmes – à un jury pour l’essentiel indépendant, le cinéma d’auteur, les réalisateurs des pays du Sud, les films plus difficiles ou plus expérimentaux, seraient privés d’une vitrine décisive et d’un lieu d’échange précieux. Les oscars ne s’embarrassent pas de ces considérations. A 95%, ils vont à des films américains ; c’est le provincialisme des forts.

Tous ceux qui sont attachés au pluralisme culturel, à la défense de la diversité créative, doivent défendre le Festival. Il doit s’améliorer, se battre, faire preuve d’intelligence stratégique et tactique ? A coup sûr. Mais il doit vivre. Yes we Cannes…

Laurent Joffrin
Publié dans:Politique |on 21 mai, 2018 |Pas de commentaires »
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