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Analyse

Trump, un puéril en la demeure

Par Isabelle Hanne, Correspondante à New York — 10 juin 2018 à 20:16
Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, entourés d’autres dirigeants, s’adressant à Donald Trump lors du second jour du G7, samedi, à La Malbaie (Québec). Zoom
Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, entourés d’autres dirigeants, s’adressant à Donald Trump lors du second jour du G7, samedi, à La Malbaie (Québec). Photo Jesco Denzel. Bundesregierung via Reuters

Vexé par des propos du Premier ministre canadien concernant les taxes imposées par les Etats-Unis, le président américain a déclaré dans la nuit de samedi à dimanche, dans une série de tweets rageurs, qu’il retirait sa signature du communiqué commun final.

Bon an, mal an, les chefs d’Etat et de gouvernement avaient réussi à rédiger le traditionnel communiqué commun qui vient clore les sommets du G7. Il portait même le tampon «approuvé», signalant au moins un consensus de façade trouvé samedi, au terme de deux jours de discussions tendues au Québec. Mais la conférence de presse de clôture du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, pendant laquelle il a qualifié «d’insultantes» les mesures douanières prises une semaine plus tôt par les Etats-Unis et annoncé des «représailles» par le Canada à compter du 1er juillet, n’a visiblement pas été du goût de Donald Trump. Et l’a poussé à faire volte-face.

«Après les fausses déclarations de Justin durant sa conférence de presse, et parce que le Canada impose d’énormes droits de douane à nos entreprises, nos fermiers et nos ouvriers américains, j’ai demandé à nos représentants américains de retirer le soutien au communiqué, tandis que nous envisageons des droits de douane sur les voitures qui inondent le marché américain !» a-t-il tweeté dans la nuit de samedi à dimanche à bord d’Air Force One, qui l’emmenait à Singapour pour sa rencontre avec le Nord-Coréen Kim Jong-un, mardi (lire page 12). Dimanche sur Fox News, Peter Navarro, le conseiller de Trump pour le commerce déclarait : «Il y a un siège réservé en enfer pour tout dirigeant étranger qui s’engage dans une diplomatie de la mauvaise foi avec Donald Trump et tente de le poignarder dans le dos quand il s’en va.»

En un tweet (suivi par un second, tout aussi rageur, où Trump qualifie son homologue canadien de «faible et malhonnête»), le président américain a réduit à néant deux jours de discussions entre les chefs d’Etat et de gouvernement des pays du G7 – Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Canada – dans la petite ville de La Malbaie. Ces derniers mois, le président américain n’a cessé de se désolidariser des alliés traditionnels des Etats-Unis, du désengagement de l’accord de partenariat transpacifique à la sortie de l’accord nucléaire iranien. Le 31 mai, il a décidé d’appliquer des taxes douanières sur l’acier et l’aluminium de pays dont il allait retrouver une semaine plus tard les représentants autour de la table du G7. Devenu un véritable «G6 + 1», alors que gronde la guerre commerciale.

Sourire bravache

Avec sa sortie sur Twitter et son refus apparent de signer le communiqué final du sommet, Donald Trump vient contredire le satisfecit de Justin Trudeau, qui avait affirmé à peine quelques minutes plus tôt que le sommet avait été un «succès», et que les sept nations s’étaient accordées sur de nombreux sujets économiques et diplomatiques. Il a également reconnu que de profondes divergences de vues persistaient entre Donald Trump et les autres leaders, notamment sur le commerce.

Les discussions de La Malbaie ont été «tendues et souvent conflictuelles», rapporte le New York Times. Une ambiance bien rendue par un cliché capturé par l’un des photographes officiels du gouvernement fédéral allemand, très commenté sur les réseaux sociaux samedi. L’image (voir photo) montre tous les chefs d’Etat et conseillers debout, sauf Donald Trump, assis et bras croisés comme un enfant réprimandé, mais qui ne se départit pas de son sourire bravache et satisfait. En face de lui, la chancelière allemande, Angela Merkel, semble lui faire la leçon. «Dans l’une des réunions à huis clos, le Président a prononcé un long monologue, rapporte une source citée par le New York Times. A un moment, il s’en prend violemment à l’Allemagne, qui profiterait des Etats-Unis en y vendant tant de voitures. La minute suivante, il évoque son grand-père, qui était allemand, et rappelle combien il aime l’Europe.»

Publié dans : Europe |le 10 juin, 2018 |Pas de Commentaires »

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