Un « budget » pour l(Europe…………….(20/06/2018)

Bien sûr, il risque d’être minuscule et extrêmement contraint. Mais le fait que l’Allemagne en accepte enfin le principe est une avancée.

La réunion bilatérale de quatre heures, mardi à Meseberg, près de Berlin, entre Angela Merkel et Emmanuel Macron n’aura pas été vaine. Préparant le sommet européen du 28 juin, les deux leaders se sont entendus pour resserrer la coordination de la politique étrangère et de défense de l’Union Européenne, pour résoudre la crise migratoire qui crée tant de vagues politiques sur le vieux continent (notamment en musclant Frontex, l’agence européenne chargé des frontières), pour créer un Bureau européen chargé d’harmoniser les règles sur l’asile dans l’UE et pour achever l’union bancaire.

Mais l’annonce la plus symbolique de cette rencontre est la création d’un budget pour la zone euro. Il sera facile, bien sûr, de faire la fine bouche. Il ne s’agit que d’une minuscule étincelle dans le moteur franco-allemand en panne, un compromis qui ne changera pas grand chose à la profonde crise qui paralyse le fonctionnement de la zone euro. Mais une étincelle, après des années marquées par le vide et le froid, ce n’est pas négligeable non plus. « Avant il n’y avait rien, demain, il y aura un budget pour la zone euro », s’est félicité Emmanuel Macron, qui revient de loin dans cette affaire.

Une avancée déjà symbolique

En décidant de doter la zone euro d’un budget, avec des recettes (décidées par les dix-neuf) et des dépenses (exécutées par la Commission), Paris et Berlin ont fait le petit pas attendu depuis longtemps. Ne serait-ce que pour cette annonce, la rencontre entre les deux leaders n’aura pas été vaine.

Bien sûr, la France espérait un accord bien plus ambitieux. Bien sûr, ce ne sont pas des parlementaires qui voteront le futur budget, comme cela devrait se passer dans n’importe quelle démocratie « normale ». Bien sûr, rien n’est dit sur la taille du budget projeté (1% du PIB ? Plus ?) et il ne prévoit aucun mécanisme de stabilisation susceptible d’aider les membres à résister aux récessions. Bien sûr, le diable est dans les détails (qui devront être négociés avec les autres pays d’ici le sommet européen du 28 juin) et il faudra attendre de les connaître avant de parler de véritable progrès. Mais symboliquement, le fait que l’Allemagne accepte le principe même d’un budget, à partir de 2021, est une avancée.

Il était temps. L’euro est depuis des années en situation d’échec. Au lieu de faire converger les économies européennes, il accélère leur divergences. Au lieu de favoriser la coopération, il attise l’hostilité entre les peuples. Avant son apparition, les PIB par habitant des différents pays évoluaient au même rythme ; lorsqu’un pays était à la traîne, il dévaluait sa monnaie, ce qui relançait ses exportations. Avec l’euro, ces pays retardataires ont été privé de l’outil de la dévaluation. Pour rester compétitifs, ils étaient invités à s’infliger de sévères cures d’austérité salariales et budgétaires. Ces recettes, en pesant sur la demande, se sont avérées contre-productives. La Grèce a coulé après la crise de 2008 ; l’Italie connaît depuis 20 ans une croissance anémiée… Et l’Allemagne a pris de l’avance sur tous les autres pays, accumulant les excédents, tel Picsou et ses billets dans son coffre-piscine.

Une « Europe des transferts »

Dans une zone monétaire qui fonctionne correctement (« optimale » disent les économistes), lorsqu’une région connaît des difficultés, ses travailleurs déménagent et les autres régions lui envoient des capitaux. C’est le cas aux Etats-Unis, par exemple. Dans la zone euro, du fait des barrières de langues et de cultures, les travailleurs sont moins mobiles ; du fait de l’absence de solidarité, les pays « sans problèmes » refusent de transférer des fonds vers ceux qui en ont besoin. Et ces derniers ne se redressent pas.

D’où l’idée, poussée depuis longtemps par la France, de doter la zone euro d’un budget qui, s’il était puissant, permettrait de corriger les conséquences injustes des « chocs asymétriques » sur certains pays. Jusque là, l’Allemagne ne voulait pas en entendre parler : pas question de transformer la zone euro en « Europe des transferts ». La seule mutualisation à imposer, à leur yeux, c’était celle de la discipline.

Face à la montée des populismes – en Italie, notamment -  qui menace désormais l’Union européenne elle-même, Angela Merkel a fait une concession, en acceptant l’idée de budget. Parviendra-t-elle à l’imposer dans son pays ? Certes, l’approfondissement de la zone euro est prévu dans le contrat de gouvernement de la Grande coalition, formée depuis quelques mois entre la CDU et le SPD. Mais c’est au sein de son propre camp que la chancelière risque de rencontrer le plus de résistances. Sous pression depuis son semi-échec lors des élections de septembre, elle est au milieu d’une lutte de pouvoir acharnée avec Horst Seehofer, ministre de l’Intérieur et dirigeant de la CSU, la branche bavaroise et très conservatrice de la droite allemande.

Pascal Riché

L’OBS

Publié dans : Europe |le 20 juin, 2018 |Pas de Commentaires »

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