Archive pour le 21 juin, 2018

La lettre de Laurent Joffrin………..(21/06/2018)

Libération 21 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Audace tunisienne

L’importance du débat lancé en Tunisie par la Colibe, la commission chargée par le président Béji Caïd Essebsi de proposer des mesures favorables aux libertés individuelles, ne saurait être sous-estimée. Rien n’est fait : «proposez, je choisirai», a dit en substance le Président, un homme qui tient à son autorité. Mais si la commission est suivie, c’est une révolution qui se prépare, qui placera la Tunisie en tête de la réforme des pays musulmans.

A l’aune de #MeToo, du combat féministe, de la juste émancipation des minorités sexuelles, ces mesures paraîtront élémentaires. Mais en comparaison des législations moyenâgeuses qui sévissent dans la plupart des pays islamiques, c’est une rupture décisive. La commission propose d’établir l’égalité hommes-femmes en matière d’héritage (la loi islamique prévoit que la femme reçoit la moitié de ce qui est réservé à l’homme dans cette circonstance), de dépénaliser l’homosexualité (punie de peines de prison), de supprimer le test anal toujours pratiqué sur les hommes soupçonnés d’homosexualité, d’abolir la peine de mort, entre autres réformes touchant à des tabous en terre musulmane.

Tout cela est prudemment formulé. En matière d’héritage, la femme pourra par exemple choisir de se soumettre à la tradition si sa volonté est librement exprimée ; pour la peine de mort, la commission propose de procéder par étapes, etc. Le Président, aussi bien, jugera le moment venu de ce qu’il retient ou non du rapport de la Colibe. On peut supposer que son estimation des rapports de force politiques et de l’effet électoral de ses décisions pèsera lourd dans la balance. Une coalition d’autorités islamiques a déjà critiqué le projet en expliquant qu’un gouvernement ne saurait aller à l’encontre de la lettre du Coran et que l’adoption de ces réformes porterait atteinte à «l’identité tunisienne». La position du parti Ennahdha, longtemps proche des Frères musulmans, qu’on soupçonne d’œuvrer discrètement contre tout changement, jouera un rôle essentiel. Curieusement, l’argument identitaire rejoint les thèses du nationalisme européen, pour qui la démocratie, en accroissant sans cesse les droits des uns et des autres, porte atteinte à l’identité des nations. Entre les islamistes et ceux qui les dénoncent avec le plus de virulence, il existe une paradoxale parenté…

Mais la présidente de la commission a bon espoir et promet qu’un projet de loi sera soumis au Parlement à l’été. La chose n’est pas impossible : le président Essebsi se réclame de la tradition bourguibiste, qui fait de l’amélioration de la condition féminine un de ses marqueurs historiques les plus puissants. Le débat, en tout cas, aura un retentissement qui dépassera de loin la seule sphère tunisienne. Dans le monde musulman, l’abandon de la lettre du Coran au profit d’une interprétation modernisée de l’islam encouragera tous ceux qui luttent dans ces pays pour l’émancipation des individus, celle des femmes et des homosexuels en particulier. Si le Président et le Parlement suivent la commission, la Tunisie se retrouvera en tête de la réforme islamique, de même qu’elle avait donné le signal des révolutions arabes. Elle contredira ainsi tous ceux qui essentialisent l’islam et jugent les pays musulmans incapables de s’adapter à la modernité. Universalisme des droits contre identitarisme religieux. On voit que l’affaire n’a rien de secondaire.

Laurent Joffrin
Publié dans:ACTUALITES |on 21 juin, 2018 |Pas de commentaires »

« Ducky la honte »…………………..(21/06/2018)

Mise en difficulté par les images d’enfants migrants en cages, la Maison Blanche a opéré mercredi un revirement, tout en essayant de sauver les apparences, avec à l’esprit les élections de mi-mandat en novembre.

  • Enfants migrants : Trump face à la honte

Donald Trump ou la politique du tour de passe-passe : mettre en place une politique, la critiquer vertement en affirmant qu’elle n’est pas de son ressort, puis revenir dessus, en essayant de passer pour le redresseur de torts. Après le scandale et l’émotion déclenchés par la diffusion des images d’enfants migrants détenus en cage, en pleurs et déboussolés, et l’officialisation des chiffres – plus de 2 300 mineurs, parfois en très bas âge, séparés de leurs parents, accusés d’avoir franchi illégalement la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, ces cinq dernières semaines – Donald Trump a fait volte-face mercredi.

Alors qu’il affirmait depuis plusieurs jours que cette situation de «crise humanitaire» était la faute du Congrès, et que seul le Congrès pouvait l’arrêter, le président américain a finalement corrigé le tir mercredi, en signant un décret destiné «à maintenir les familles ensemble tout en gardant notre frontière forte et efficace», a-t-il dit à la presse. «Nous allons signer sous peu un décret, Evidemment, nous comptons aussi sur le Congrès. Nous voulons garder les familles ensemble.» «Je n’aimais pas voir des familles être séparées», a-t-il justifié lors de la cérémonie de signature.

Le texte, rédigé par le département de la Sécurité intérieure (DHS), permet d’enfermer les familles ensemble. Alors que les centres de détention pour migrants sont engorgés, le décret signé par Trump demande au secrétaire à la Défense de coopérer avec le DHS en mettant à disposition des sites militaires disponibles pour «l’accueil et la prise en charge des familles étrangères», et en construisant de nouveaux si nécessaire.

En outre, le texte demande la modification d’un accord judiciaire de 1997, le «Flores settlement», conclu à l’époque entre l’administration Clinton et des défenseurs de migrants. Cet accord limite à vingt jours la durée de rétention des enfants. Le décret de Trump demande que cette restriction de temps disparaisse afin de «permettre la détention des familles étrangères ensemble tout au long de la procédure judiciaire pour entrée illégale». La légalité de cette modification reste, pour l’heure, incertaine.

«Un sacré dilemme !»

La séparation des familles à la frontière est la conséquence directe de la politique de «tolérance zéro» voulue par Trump en matière d’immigration illégale. Son administration a en effet décidé, en avril, de criminaliser systématiquement l’immigration illégale, les précédents gouvernements privilégiant au contraire des poursuites au civil à l’encontre des clandestins passibles d’expulsion. Fait rare, le Président a fait part, mercredi, d’un certain désarroi : «Sur l’immigration, si on est faible, le pays est envahi, et si on est ferme on n’a pas de cœur, a-t-il concédé lors d’une réunion avec des sénateurs devant des journalistes. J’ai tendance à être ferme, mais c’est un sacré dilemme !»

Malgré ce revirement, le président américain tente de garder la face et son intransigeance sur la politique migratoire : «Nous devons rester durs, sinon notre pays sera envahi par des gens, par des crimes, par toutes ces choses que nous ne voulons pas, a-t-il ajouté. Nous gardons une frontière très solide et nous poursuivons notre politique de tolérance zéro. Nous n’avons aucune tolérance pour les gens qui entrent dans notre pays illégalement.»

L’impopularité de sa mesure a sans doute été trop forte. Avec sa politique de séparation des familles, Trump a braqué l’opinion publique nationale et internationale. Le président américain a essuyé des critiques émanant de son propre camp, des parlementaires républicains aux leaders chrétiens évangéliques, frange puissante de sa base électorale. Des centaines de fidèles de l’église méthodiste de Jeff Sessions, le procureur général, ont même condamné les décisions de celui-ci, à la manœuvre dans l’application de cette politique. «Le populisme n’est pas une solution», a de son côté critiqué le pape François, dans un entretien à l’agence Reuters. L’épouse du Président, Melania Trump, l’aurait également encouragé à revenir sur cette mesure, affirme CNN. Tout comme sa fille Ivanka, selon Politico.

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«Infestent notre pays»

Rejetant la faute sur le Congrès et sur les démocrates, le président américain en a lui-même convenu devant des élus républicains, mardi soir : en cette année d’élections de mi-mandat, la couverture médiatique de «ces bébés qui pleurent n’est pas terrible politiquement», a rapporté une personne présente. La Chambre des représentants doit également voter ce jeudi une loi mettant un terme aux séparations de familles de migrants franchissant illégalement la frontière et «résolvant» le statut des jeunes arrivés sans papiers aux Etats-Unis.

L’OBS

Publié dans:"AFFAIRES" |on 21 juin, 2018 |Pas de commentaires »

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