La lettre de Laurent Joffrin………………….(25/06/2018)

Libération 25 juin 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Arroganza francese

De l’art de se brouiller avec ses meilleurs amis… Le comportement des autorités françaises envers les Italiens offre l’exemple achevé de ce qu’il ne faut pas faire en matière de relations entre nations proches. On ne parle pas ici de Matteo Salvini, ce matamore fascisant qui ne cesse néanmoins de marquer des points dans la vie politique de la péninsule, en grande partie grâce à la France. Il s’agit du peuple italien, que tant de liens historiques, culturels, affectifs, relient au peuple français.

Les Italiens refusent de laisser accoster chez eux l’Aquarius ? Au lieu d’accueillir le bateau et – ensuite – de critiquer Rome, la France garde le silence, refuse à son tour le bateau, puis dénonce l’Italie. L’attitude italienne est «à vomir», dit un représentant de La République en marche. Pourtant la France a adopté la même… C’est une variante de la parabole de la paille et de la poutre. L’Italie qu’on dénonce a eu un comportement souvent exemplaire envers les réprouvés venus d’Afrique ou du Moyen-Orient. Par proximité géographique, elle a été en première ligne dans la crise de 2015. Quelque 700 000 personnes ont été accueillies en Italie. La société de la péninsule a fait face, souvent avec générosité et bienveillance. Nombre de réfugiés ont été reçus dans les villes, les quartiers et les villages avec égard et humanité. Pendant ce temps, la France fermait sa frontière du sud et pourchassait les militants qui se portaient au secours des migrants passant dans les cols des Alpes, accueillant au total un nombre de réfugiés très inférieur à celui de l’Italie.

Au lieu de calmer le jeu, Emmanuel Macron a poursuivi la polémique. Il propose de créer «des centres fermés» pour gérer le flux des demandeurs d’asile. En France ? Non : en Italie et dans les pays de «première ligne». Rome, depuis longtemps, fait remarquer que les règles de Dublin – une déclaration dans le premier pays de l’UE où arrivent les migrants et le refoulement de ceux qui vont ailleurs – font porter aux pays les plus proches de l’Afrique et du Moyen-Orient une charge excessive. Les autres pays, la France au premier chef, refusent courageusement de lui venir en aide. Si bien qu’en Italie, droite et gauche confondues sont ulcérées par les leçons de morale dispensées par leur voisine. Qui en bénéficie ? Les migrants ? L’ouverture ? Les droits humains ? En aucune manière : la Ligue (extrême droite) au pouvoir, qui a beau jeu de dénoncer les tartuffes de l’Europe et qui peut plus facilement mettre en œuvre sa politique de fermeture. Tandis que les leaders européens continuent de faire étalage de leurs divisions, l’idée qu’il n’y ait pas de solution européenne et que chaque pays a intérêt à légiférer pour lui-même fait son chemin. La querelle franco-italienne, derrière laquelle on retrouve, côté français, les clichés habituels sur la légèreté ou l’inconséquence supposée des Italiens, noircit encore un tableau déjà sombre. Les Français, dit le proverbe, sont des Italiens ennuyeux. Il faut désormais ajouter : arrogants, tout autant.

Laurent Joffrin
Publié dans : Politique |le 25 juin, 2018 |Pas de Commentaires »

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