Jonas le sportif………………….(06/07/2018)

Libération 06 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le social ? Il y a match…

Agnès Buzyn justifiant le report en septembre du «plan pauvreté» du gouvernement : «Nous verrons si la France est en demi-finales.» Elle y est. Foin du plan… Un conseiller explique, en substance : les Français sont trop occupés par la coupe du monde de football, ils risquent de ne pas écouter les annonces du gouvernement. Autrement dit : les pauvres sont devant leur télévision, ils ne verront pas les efforts qui sont faits pour eux. Drôle d’excuse. Manifestement, aux yeux de la macronie, le «temps de cerveau disponible» des classes populaires est limité. Suivre le foot et la politique : l’effort est trop grand. A peine sont-ils capables de mâcher du chewing-gum.

Cela pourrait nous mener loin. Augmenter le Smic ? Non, il y a le Tour de France. Améliorer le sort des classes moyennes à la rentrée ? Non, il y a Flushing Meadows. Réformer la Constitution ? Plus tard : il y a un championnat de boule lyonnaise… «Panem et circenses» ? Pas tout à fait : en temps de «circenses», point de «panem».

Un peu maladroitement comme souvent – l’Elysée a corrigé les confidences buzynesques. Les raisons deviennent plus sérieuses. En dépit de sa «pensée complexe», Emmanuel Macron ne peut pas tout faire. Il doit préparer son discours sur l’état de l’Union – de la France – rituel quelque peu monarchique par lui consacré. On le presse d’y parler des pauvres. Il le fera en termes généraux – de loin, donc. Le report est un mauvais symbole. Reportés aussi les plans pour l’hôpital, contre les addictions, sur les mobilités, etc. Bref, des réformes sociales. Il est vrai qu’on a multiplié en un an les nouvelles lois : toutes ou presque sont d’inspiration libérale. Le social attendra.

On subodore aussi qu’il y a plus sérieux derrière ces palinodies de communication ou de calendrier. La croissance patinant, le budget 2019 est difficile à boucler. Les recettes miracles du début de quinquennat, héritées de la période précédente, se sont taries. Retour à la rigueur, d’autant qu’on a promis une baisse de quatre points de PIB des dépenses publiques. Un tour de force quand les besoins sociaux s’accumulent. Pis, les sondages piquent tous du nez. Le plus préoccupant : non seulement les Français pensent que la politique menée est injuste mais aussi qu’elle n’est pas efficace (à 70%). C’est bien la peine que Macron il se décarcasse… Décidément, on entre dans le dur.

Et aussi

En cette période de fermeture, de nationalisme, de mesures restrictives dans toute l’Europe, la bonne nouvelle vient du Conseil constitutionnel. Les sages – audacieux en l’occurrence – ont mis du plomb dans l’aile au «délit de solidarité», expression consacrée qui désigne les sanctions infligées aux bénévoles coupables d’aider les migrants. Celles qu’on réserve aux passeurs demeurent, à juste titre. Mais s’il n’y a pas de contrepartie financière, l’aide a désormais droit de cité. Mieux : la fraternité, troisième principe de la devise nationale, entre dans le droit positif. Elle surpasse, dit le Conseil, l’impératif d’ordre public. Crises cardiaques et suicides collectifs à Valeurs actuelles. Bona lex, sed lex…

Laurent Joffrin
Publié dans : "AFFAIRES" |le 6 juillet, 2018 |Pas de Commentaires »

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