La lettre de Laurent Joffrin………………(11/07/2018)

Libération 10 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Boris dur et Theresa molle

La démission de Boris Johnson, l’excentrique leader des «brexiters», aussi fantasque que sa blonde chevelure, n’est qu’une péripétie dans l’interminable et surréaliste vaudeville qui se déroule en Grande-Bretagne, depuis que les électeurs ont décidé par référendum de sortir de l’Union européenne. Depuis cette date (il y a deux ans…), la classe dirigeante britannique est comme une poule qui a trouvé un couteau. Elle secoue la tête en tous sens en émettant des sons inarticulés qui lui tiennent lieu de politique. Entre «Brexit dur», «Brexit mou», «Brexit doux», «Sous-Brexit» «Simili-Brexit», elle tangue et roule comme un vaisseau fantôme qui a rompu ses amarres, sans capitaine, sans cap, sans carte et sans boussole. Dernière idée, présentée en comité restreint par Theresa May : une union douanière avec le continent, ce qui reviendrait à sortir de l’Union tout en y restant, tout en faisant semblant d’en sortir. Un «remain» maquillé en «leave».

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C’est que le monde patronal, voyant l’économie flancher peu à peu, paniqué à l’idée de voir se fermer son principal marché – qui se trouve de l’autre côté de la Manche – est pendu à la sirène de détresse sans savoir comment contourner le vote populaire. «Le rêve du Brexit meurt», dit Boris Johnson. Certes. Mais le rêve alternatif d’une «Grande-Bretagne mondiale», par lui agité, débouche sur un paradoxe qui devrait faire réfléchir tous les eurosceptiques du continent. On se plaint du libéralisme de l’Union et des oukases de Bruxelles. Mais le «Hard Brexit» prôné par le courant le plus nationaliste du Parti conservateur déboucherait, selon ses promoteurs, sur une déréglementation radicale de l’économie, dans le domaine fiscal comme dans le domaine social. On voit que le libéralisme recule… Il suppose aussi des accords de libre-échange avec les grandes nations du monde, à commencer par les Etats-Unis. Mais Trump fait lanterner les Britanniques et tient un cap résolument protectionniste. On se libère de Bruxelles et on s’arrime à Washington. Drôle de souverainisme, qui accroît la dépendance britannique au nom de l’indépendance… Gribouille à Westminster : pour échapper à la pluie continentale, on se jette tout habillé dans la mare atlantique.

Dernier gag en date : le joug européen, dénoncé par les brexiters, impose aux importations des normes sanitaires jugées dictatoriales. Si elle choisissait le «Hard Brexit», la Grande-Bretagne serait enfin libre de faire venir chez elles des myriades de poulets américains traités à l’eau de Javel, prohibés par les tyrans bruxellois. En proposant une union douanière, Theresa May renonce à cette liberté essentielle. On mesure l’étendue de sa trahison…

Laurent Joffrin
Publié dans : Politique |le 11 juillet, 2018 |Pas de Commentaires »

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