Harcèlement, un de plus………………..(20/07/2018)

Les prud’hommes examinaient, jeudi à Paris, le cas d’une jeune salariée de la banque victime d’agressions répétées. Son avocat dénonce la «stratégie d’étouffement» du groupe.

  • Harcèlement sexuel : «Il est impossible pour moi de retourner travailler chez BNP Paribas»

Des «trentenaires immatures et obsédés sexuels». Voilà comment l’avocat de BNP Paribas a qualifié les deux cadres de la banque accusés d’avoir harcelé Carole (1) sur son lieu de travail. Pendant cinq mois, entre 2011 et 2012, cette ancienne salariée, gestionnaire financière, a été victime de harcèlement et d’agressions sexuelles caractérisées de la part de deux de ses supérieurs à Hongkong. A plusieurs reprises, la femme, alors âgée de 24 ans, s’est vue réclamer ouvertement des fellations en échange de bonnes évaluations, ses deux agresseurs n’hésitant pas à poser leur main sur sa cuisse ou à lui tirer les cheveux en suggérant une position sexuelle. Des faits «établis» mais prescrits, selon la banque, qui rappelle que la requête de la jeune femme devant le conseil de prud’hommes a été déposée une semaine après la date limite des cinq ans marquant le délai de prescription. Dès lors, cette «situation difficile» ne saurait justifier la rupture du contrat de travail de Carole aux torts exclusifs de son employeur.

En arrêt maladie depuis mai 2017, Carol a traversé une profonde dépression et connaît toujours de fréquentes crises d’angoisse. «Je ne peux plus aller au bureau, a-t-elle expliqué à la barre, la voix tremblante d’émotion. Il est impossible pour moi de retourner travailler chez BNP Paribas.» A l’époque des faits, ce n’est pas elle mais un de ses collègues, choqué par les agissements des deux cadres, qui décide de faire un signalement au service «conformité» de la banque. Discrètement réglée en interne par la direction des ressources humaines, l’affaire est soldée par une simple amende à l’encontre du principal harceleur.

Rumeurs

Rassurée par son interlocutrice des ressources humaines, Carole poursuit alors sa carrière au sein de la banque, d’abord à New York puis à Paris. Mais à partir de 2016, ses conditions de travail se dégradent à nouveau. «Le maintien de ses agresseurs au sein de la société a été le terreau d’une succession d’événements ultérieurs de plus en plus graves», insiste son avocat, Charles Morel. A Paris, Carole commence à faire l’objet de rumeurs malveillantes. On fait état de son caractère réputé difficile ou de son comportement instable. On évoque ses tenues vestimentaires et son côté aguicheur. «Attention à ne pas avoir de nouveaux problèmes de harcèlement sexuel, ça pourrait devenir suspect», l’avait prévenu sa responsable RH à Hongkong.

De plus en plus isolée, Carole se voit peu à peu retirer des responsabilités sur les plus gros dossiers. La collaboratrice prometteuse, fraîchement proposée au programme «Leader of Tomorrow», se retrouve à devoir lister les milliers de succursales de la banque, tâche généralement dévolue à des stagiaires du service comptabilité. Mais c’est le retour d’un de ses deux harceleurs à Paris, et l’absence évidente de sanctions à son encontre, qui va la pousser à saisir les prud’hommes. Pour l’avocat de BNP Paribas, les choses se seraient surtout dégradées car Carole aurait vu une promotion lui échapper. «Faux», s’étrangle la jeune femme, qui évoque une «mise au placard injustifiée» et l’impunité dont ont longtemps joui ses agresseurs.

Pendant des années, la banque a en effet estimé que la question avait été traitée de «manière appropriée». Mais après la révélation de l’affaire dans Libération, en octobre, un des responsables du groupe a fini par reconnaître que la sanction n’avait pas été «assez sévère». Depuis, les deux harceleurs ont été licenciés dans la plus grande discrétion. Mais l’avenir de Carole est toujours en sursis. Son avocat dénonce une «destruction psychologique» d’autant plus grave qu’elle s’est accompagnée d’une «stratégie d’étouffement» de la banque.

Preuve

Une attestation jointe à la procédure éclaire sous un autre jour l’histoire de Carole. Elle a été rédigée par Elisabeth Assogba, représentante du personnel (CFDT) chez BNP Paribas depuis plus de vingt ans. «Des victimes de harcèlement sont déplacées et tout est fait pour que des agissements déviants ne fassent pas de vagues», écrit cette ancienne salariée du service juridique. En dépit de l’accord national interprofessionnel sur le harcèlement et la violence au travail, en vigueur depuis 2011 au sein de l’entreprise, de nombreux freins empêcheraient les victimes de porter plainte. «Je me suis rendu compte, en suivant des dossiers sur plusieurs années, que des personnes ayant eu des comportements répréhensibles, punis par la loi, n’ont pas été sanctionnées par l’entreprise et ont obtenu des promotions», poursuit la représentante du personnel, qui cite un autre exemple récent.

En septembre 2016, la BNP a été condamnée à payer plus de 600 000 euros pour harcèlement homophobe à l’encontre d’un salarié. «Les responsables sont toujours en poste et leurs compétences ont été étendues», assure-t-elle. La preuve, pour l’avocat de Carole, que la «loi de l’omertà» continue de régner. La décision sera rendue le 19 octobre.

(1) Le prénom a été modifié.

Emmanuel Fansten

Liberation.fr
Publié dans : Non classé |le 20 juillet, 2018 |Pas de Commentaires »

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