La lettre de Laurent Joffrin…………………(20/07/2018)

Libération 20 juillet 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Le mystère Benalla

La souris accouche d’une montagne. Ce qui paraissait au départ n’être qu’une affaire subalterne de brutalité individuelle commise par un sous-fifre se change en affaire d’Etat. Pourquoi ? A cause du mensonge.

Mensonge par omission d’abord : il n’y avait pas, place de la Contrescarpe, dérapage en cours de manif, incident mineur, mais usurpation de fonction, débordement inacceptable, extravagante sortie de route d’un chargé de mission à l’Elysée. La loi faisait obligation de dénoncer l’affaire à la justice. On a préféré la dissimulation. Celle de la présidence, qui s’est contentée d’une mise à pied très temporaire dans la discrétion. Mais aussi celle de la préfecture de police et du ministère de l’Intérieur, qui ne disent mot sur le moment, alors même qu’aujourd’hui, devant l’indignation policière, le pauvre Collomb doit déclencher à retardement les procédures qu’il aurait dû engager dès le 2 mai. Mensonge du porte-parole péremptoire de l’Elysée : il parle de «la sanction la plus grave jamais infligée à un chargé de mission». Le lendemain de cette mâle déclaration, c’est l’Elysée qui inflige une sanction supérieure, celle qui aurait dû survenir dès la faute débusquée : une procédure de licenciement. Le même affirme à coups de menton que le coupable a été mis sur la touche. Une myriade de vidéos montre aussitôt Benalla, bien après les faits incriminés, au premier rang de manifestations officielles, avec oreillette et talkie-walkie, ou bien dans le car transportant les joueurs de l’équipe de France. Drôle de mise au placard… On apprend ensuite que le même mouton noir supposé est un coq en pâte : il bénéficie d’un appartement de fonction quai Branly, dans une dépendance de l’Elysée, étrenné début juillet. La vérité apparaît : le gorille n’a pas été sanctionné, mais protégé. Sur ordre de qui, sinon du président lui-même ?

Et pourquoi cette mansuétude ? On craint de comprendre : diverses sources corroborées par d’autres vidéos montre qu’Alexandre Benalla vivait en fait dans l’intimité du couple présidentiel, qu’il accompagnait le chef de l’Etat dans ses visites officielles mais aussi dans ses activités privées, au tennis, au ski ou pendant ses vacances. Pourtant il existe un service spécialisé composé de policiers d’élite chargé de veiller jour et nuit sur le Président et sa famille, qui remplissent leur fonction avec abnégation et compétence. Pourquoi cette méfiance à leur égard, cette volonté, persistante malgré une faute cardinale, de s’en remettre à un affidé, alors même qu’il est sans réelle qualification et connu pour son impulsivité ? Parce que c’est un proche, qui a rendu tant de services, ou qui en sait trop ? Hypothèses redoutables…

L’affaire, en tout cas, pourrait bien marquer le quinquennat. Peut-être est-ce l’indice qui révèle la véritable origine de la défaveur du Président dans l’opinion. Peu à peu, les Français, séduits par un jeune homme audacieux, optimiste, cultivé, qui parle cash et incarne la fonction, se demandent qui ils ont vraiment élu. Un Eliacin qui rénovera la République ? Ou bien un homme d’ambition et d’opportunisme, qui mène sa barque en solitaire, entouré de sous-mousquetaires faits par lui, entre commando et start-up, manipulant en petit comité les leviers de l’Etat ? La question n’est pas tranchée. Mais elle se pose.

Publié dans : Politique |le 20 juillet, 2018 |Pas de Commentaires »

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