La lettre de Laurent Joffrin…………………(02/10/2018)

Libération 02 octobre 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Que c’est triste Beauvau…

Cette fois on passe d’Aznavour à Brel. «Que c’est triste Beauvau, au temps des amours mortes», dit Collomb. «Ne me quitte pas, répond Macron, il faut oublier, tout peut s’oublier […] oublier le temps des malentendus.» Référence un peu frivole mais légitime : l’invraisemblable valse-hésitation qui se déroule depuis quelques jours au sein de l’exécutif à propos du poste éminent de premier flic de France tient plus du music-hall que de la politique gouvernementale. Valse à mille temps ? (Brel toujours) Valse à trois temps, en tout cas. Premier mouvement : Collomb exprime ses états d’âme – attention à l’hubris présidentielle, dit-il – et annonce son intention de se représenter à la mairie de Lyon. Deuxième mouvement : il présente sa démission qui est aussitôt refusée par le Président. Troisième mouvement : il annonce au Figaro que sa proposition de démission est maintenue. Peut-être aura-t-il effectivement quitté le gouvernement peu après la parution de cette lettre. Mais le fait demeure : ce pas de trois est inédit dans l’histoire de la Ve. En passant par pertes et profits l’injonction présidentielle deux jours après qu’elle a été rendue publique – et confirmée encore lundi soir par l’exécutif – Gérard Collomb sait fort bien qu’il met à mal une autorité qui se voulait jupitérienne. Il sait tout autant qu’on ne peut être dedans et dehors, à l’Intérieur tout en affirmant hautement sa préférence pour l’extérieur. Valse mélancolique et sulfureux vertige : c’est la place Beauvau tout entière qui a le tournis.

Gérard Collomb fut au début de la geste macronienne le principal soutien du futur président. Deux ans plus tard, il est le savonneur de planche en chef. Quelle faille s’est creusée entre lui et son jeune pupille parvenu au sommet ? L’affaire Benalla, sans doute. Contraint d’avouer qu’il n’était au courant de rien – ce qui la fiche mal pour le successeur lointain de Joseph Fouché – Collomb, qui a son quant-à-soi, a peu goûté le rôle de dindon de la farce qu’il a dû endosser. Et dès lors qu’il officialisait son intention de se présenter aux municipales, il devenait aux yeux de ses troupes un peu éberluées un ministre en sursis, pratiquement intérimaire. Sa démission rapide devient inévitable. Il en tire la leçon.

Mais il y a peut-être plus gênant : si un fidèle des fidèles décide de prendre du champ, c’est aussi parce qu’il porte sur l’avenir de l’équipée Macron un diagnostic moins optimiste qu’à son entrée dans le gouvernement. Et si le Président tient à le conserver, c’est peut-être encore qu’il peine à trouver un remplaçant de poids au ministère de l’Intérieur. Dans les deux cas, c’est un signe alarmant.

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
Publié dans : Non classé |le 2 octobre, 2018 |Pas de Commentaires »

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