Archive pour le 4 octobre, 2018

Entre copains………………….(04/10/2018)

JAUVERT CONFIDENTIEL. Le Conseil des ministres a adopté un texte permettant de bombarder une camarade de promotion de Macron à l’ENA à la tête de l’académie de Versailles.

Publiée dans le communiqué du Conseil des ministres du mercredi matin 3 octobre, l’information est passée inaperçue. Sauf chez les universitaires. Les ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur ont, en effet, présenté un décret « portant modification des modalités de nomination des recteurs ». Le but annoncé : « diversifier le recrutement des recteurs ». Comment ? En permettant à davantage de non-titulaires de doctorat (plus précisément, à des « non-titulaires d’habilitation à diriger des recherches ») d’occuper cet emploi prestigieux. Jusqu’à présent, seuls 6 recteurs sur 30 pouvaient ne pas être universitaires. Le décret double ce chiffre à 12.

L’intention serait sans doute louable s’il ne s’agissait à l’évidence d’un texte de circonstance. D’une manœuvre qui ressemble fort à celle qui a permis de nommer l’écrivain Philippe Besson, un non-diplomate, consul à Los Angeles (nomination qui fait aujourd’hui l’objet d’un recours).

Une source très bien informée décrypte le décret de ce mercredi : « En fait, il s’agit d’ouvrir ces postes de recteur à plus d’énarques et plus précisément à une camarade d’Emmanuel Macron à l’ENA ».

Qui ? L’actuelle secrétaire générale de Sciences-Po, Charline Avenel. L’Elysée et Matignon veulent bombarder cette énarque de la célèbre promotion Senghor à la tête de l’académie de Versailles, la plus grosse de France avec plus d’un million d’élèves. Or, cette haut fonctionnaire n’est pas titulaire d’une habilitation à diriger des recherches et le quota de six recteurs dans ce cas est déjà rempli. Il fallait donc l’élargir…

Ce tour de passe-passe opéré, plus rien ne s’oppose à cette nomination, à part l’avis d’une une commission ad hoc, dirigée par un membre du Conseil d’Etat, le corps auquel appartient Edouard Philippe, le Premier ministre, et le directeur de Sciences-Po, Frédéric Mion. Elle ne devrait donc pas rechigner outre mesure. L’heureuse élue a d’ailleurs prévenu ses proches collaborateurs, rue Saint-Guillaume, de son départ imminent à Versailles, où elle fait déjà des allers-retours.

Certes, cette énarque de 42 ans connaît le monde universitaire, puisqu’elle a été directrice adjointe du cabinet d’une ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse. Et, à Sciences-Po, elle a, depuis 2013, mené à bien le rachat de l’hôtel de l’Artillerie, un bâtiment de l’armée situé au cœur du quartier Latin, où l’école devrait installer son nouveau campus dans quelques années.

Mais des universitaires reprochent à cette fonctionnaire de Bercy, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, de n’avoir jamais dirigé d’académie, pas même une petite. Ce qui, selon eux, la disqualifierait pour prendre en main la très grande académie de Versailles, réservée jusqu’à présent à des recteurs d’expérience. Mais on n’est pas forcé de partager leur point de vue chagrin.

Addendum 00h30 : l’Elysée, réagissant à notre information, assure que l’assouplissement des règles a été souhaité par le chef de l’Etat « bien avant que Charline Avenel ne soit dans le radar » et que c’est Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, « qui a souhaité la nommer à Versailles ».

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La lettre de Laurent Joffrin………….(04/10/2018)

Libération 04 octobre 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Changer de République ?

Une VIRépublique ? Peut-être, mais encore ? C’est un fait que nous vivons en monarchie républicaine. Election du président par le peuple, élection des députés dans foulée de la présidentielle, scrutin majoritaire qui assure la domination du parti du président : la somme de ces trois éléments crée un régime où l’exécutif dispose de tous les pouvoirs, seulement bornés par la Constitution et l’influence de l’opinion qui s’exprime par les élections intermédiaires, les sondages ou les manifestations. Dans aucune démocratie, l’exécutif ne bénéficie d’autant de latitude. Un régime parlementaire ? C’est la norme européenne. Mais il se heurte en France à un obstacle dirimant : il faut priver le peuple de la désignation du président. Le peuple le souhaite-t-il ? Peu probable. Un président élu mais sans pouvoir ? C’est un oxymore.

Quant au régime d’assemblée, qui a la faveur d’une partie de la gauche, il est par nature instable, surtout si on instaure la proportionnelle. Rien ne dit, surtout, que la volonté populaire sera dans ce cas mieux assurée. On élit une coalition, mais si elle se défait au Parlement, une autre prend sa place, avec une autre politique, sans élection pour le décider. L’histoire du pays offre deux exemples cuisants : la chambre de 1936 porte au pouvoir le Front populaire. Quatre ans plus tard, la même chambre (sans les communistes), vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. La chambre de 1956 est élue pour faire la paix en Algérie avec Mendès. C’est Mollet qui est désigné par les députés : il fait la guerre.

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Une seule solution rationnelle : la Vplus. C’est-à-dire une réforme qui revalorise le Parlement en lui donnant plus de pouvoirs de contrôle et en «instillant», selon l’expression consacrée, une dose de proportionnelle. On peut aussi réformer le Sénat pour en faire, non une assemblée de notables, mais une représentation des corps intermédiaires (syndicats, associations, ONG environnementales, etc.). Ce qui suppose une fusion avec le Conseil économique, social et environnemental. Ce qui suppose aussi de laisser le dernier mot à l’Assemblée nationale, seule représentante élue.

La Ve a l’immense avantage de s’adapter à toutes sortes de situations et de protéger l’exécutif des aléas quotidiens de la vie publique. Faisons une constituante, disent certains : on retombera sur les mêmes dilemmes. On risque surtout de perdre beaucoup de temps…

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
Publié dans:Non classé |on 4 octobre, 2018 |Pas de commentaires »

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