Archive pour le 13 octobre, 2018

Et il faudrait leur faire confiance……………(13/10/2018)

Le projet de loi pour l’avenir de l’école de Jean-Michel Blanquer prévoit la suppression du Cnesco, instance d’évaluation indépendante des politiques scolaires.

Le Cnesco n’est plus. Le Cnes-quoi ? Le Cnesco, conseil national d’évaluation du système scolaire. Un énième comité Théodule ? Non, une instance créée sous François Hollande en 2013 et qui jusque-là avait réussi par miracle à résister à la tornade blanquérienne.

Et, pour cause, le Cnesco avait bien des qualités. C’était une instance impartiale chargée d’évaluer les politiques scolaires en s’appuyant sur l’ensemble de la communauté scientifique – toutes les chapelles des sciences de l’éducation, souvent antagoniques, y avaient voix au chapitre. Et c’était une instance démocratique, confrontant les préconisations des chercheurs au regard des profs et des parents à travers l’exercice rafraîchissant, et inédit en France, de grandes conférences de consensus.

Le Cnesco n’avaient (presque) que des amis. Les journalistes d’abord qui y dénichaient une mine d’informations. Les personnels enseignants – du moins les plus curieux – qui y trouvaient un retour critique sur leurs pratiques. Les syndicats qui prenaient acte de ses conclusions, malgré des bulletins de notes parfois sévères pour leurs ouailles. Les parlementaires, à l’instar du député PS Régis Juanico et de sa collègue LREM Marie Tamarelle-Verhaege qui, fin septembre, dans leur « rapport sur l’organisation de la fonction d’évaluation du système éducatif », demandaient que l’on étende les missions de cette « instance productive, indépendante et transparente ». Le ministre de l’Education nationale, enfin, qui, en public du moins, ne tarissait pas d’éloges pour ce conseil, qui, « à ses yeux, avait bien fait ses preuves ».

Las, il faut croire que les preuves ne suffisent plus pour convaincre, rue de Grenelle. Le projet de loi « pour une école de la confiance », sorte de véhicule fourre-tout par lequel Jean-Michel Blanquer souhaite faire valider les évolutions législatives nécessitées par ses nombreuses réformes, prévoit en effet la suppression pure et simple du Cnesco remplacé par un « Conseil d’évaluation de l’école » (CEE), nouvellement créé.

 

 

Bon soldat

L’apparition de cette instance n’a rien de surprenant. Le ministre avait annoncé dans nos pages sa volonté de mettre en place une agence d’évaluation des établissements scolaires – une promesse de campagne du candidat Macron – et le Cnesco, organe de pilotage davantage que de contrôle, n’était pas calibré pour cela. Mais que cette nouvelle instance se substitue au conseil, là personne ne l’avait vu venir. Pas même les équipes dudit Cnesco, qui cet été se réjouissaient d’avoir obtenu des arbitrages budgétaires garantissant la pérennité de leur action.

Alors certes, le ministère a vaguement cherché à préserver les formes. La nouvelle instance sera bien « chargée d’évaluer en toute indépendance l’organisation et les résultats de l’enseignement scolaire ». Mais, dans le détail du texte, tout indique le contraire. Non seulement, le nouveau conseil ne pourra plus s’auto-saisir, et devra faire valider son programme de travail par le ministre, mais il devra se contenter d’ »établir une synthèse des différents travaux d’évaluation », et « veiller à leur cohérence », au lieu de produire ses propres évaluations. Autrement dit, il n’aura d’autres choix que de s’appuyer sur les rapports maison produits par les fonctionnaires de l’Inspection générale ou de la Direction de l’évaluation (DEPP). Un gage de sérieux sans nul doute, mais sûrement pas d’impertinence!

On notera également que le nouveau CEE, quand il ne s’occupera pas d’évaluer les établissements (ou plus exactement de fixer le « cadre méthodologique » et « les outils » desdites évaluations, les services du ministère se chargeant de leur réalisation), pourra s’intéresser aux « acquis des élèves » et aux « dispositifs éducatifs » (soit des politiques ciblées comme le programme Devoirs faits ou les CP à 12 élèves), mais pas aux grandes politiques éducatives à fort potentiel polémique comme la réforme du bac ou Parcoursup.

Enfin, les garanties d’indépendance de la nouvelle instance sont plus que fragiles. Alors que le Cnesco était composé de quatre parlementaires (ce qui permettait une représentation transpartisane des élus), de deux membres du Conseil économique et sociale et de huit personnalités extérieures nommées pour six ans (donc pouvant être d’un bord opposé à celui du ministre en poste), le CEE sera lui piloté par quatre représentants du ministère, quatre personnalités (nommées seulement pour trois ans, moins qu’une mandature) et par deux parlementaires. Soit a priori une majorité d’individus assujettis au ministre.

Science de l’enseignement

Le message envoyé est quand même curieux. Alors qu’en cette rentrée scolaire Jean-Michel Blanquer s’attelle à mettre en place des évaluations tous azimuts – des élèves, des profs, des établissements – et qu’il assume hardiment cette politique au nom de la « vérité » due aux usagers et aux citoyens, notre ministre semble vouloir se soustraire à toute évaluation indépendante, si ce n’est celle de son patron, Emmanuel Macron, qui, on le sait désormais, fait de lui le parangon du parfait ministre.

Comment expliquer cette discrète pulsion putschiste ? On avait bien noté que Jean-Michel Blanquer, derrière ses louanges de façade, faisaient bien peu de cas des travaux publiés par le Cnesco depuis son arrivée (sur le décrochage scolaire, l’apprentissage de l’écriture, si déficient en France…). On se doutait bien que l’intérêt du Conseil pour la dimension sociale et redistributive des politiques éducatives pouvait le perturber – fin 2016, un rapport très médiatisé sur les inégalités scolaires avait déjà mis à mal sa prédécesseure Najat Vallaud-Belkacem, pourtant plus allante que lui sur les questions de mixité sociale. Mais, on n’avait peut-être pas mesuré combien le ministre de l’Education nationale, politiquement et intellectuellement, avait choisi son camp.

Rue de Grenelle, il se dit que le Cnesco et ses 250 chercheurs associés – dont beaucoup de sociologues spécialistes des pratiques enseignantes, n’avaient plus vraiment leur place dans « l’écosystème du ministère ». Pour « évaluer le système à la lumière de la recherche internationale », le ministre dispose en effet d’un conseil scientifique depuis le début de l’année.

Ce conseil piloté par son ami Stanislas Dehaene, professeur au collège de France, réunit essentiellement des neuroscientistes et des statisticiens quantitativistes. Tous partagent la conviction qu’il est possible d’en finir avec l’échec scolaire en promouvant une « science de l’enseignement » s’appuyant sur l’étude du cerveau, et corroborée par de grandes enquêtes portant sur des milliers d’élèves.

« On ne peut plus se contenter de vagues intuitions et d’observations parcellaires du terrain », nous confiait récemment un de ses membres, défenseur acharné d’une approche intensive et mécanique de l’apprentissage de la lecture (le fameux b.a.-ba), comme elle se pratique, avec grand succès paraît-il, dans les pays anglo-saxons. Cela tombe bien : c’est aussi la conviction du ministre. Pas de contradictions possibles donc. Reste à s’assurer que cette « science de l’enseignement » puisse être déclinée dans les classes. Le CNESCO, ses didacticiens et ses nombreux passeurs dans le corps enseignant auraient pu amener un regard in vivo. Le ministre a préféré s’en priver. Et éviter les débats. Est-ce le meilleur moyen de s’assurer des jours tranquilles ? Ce n’est pas certain. Une vague intuition issue d’une observation parcellaire du terrain…

Gurvan Le Guellec

Publié dans:Non classé |on 13 octobre, 2018 |Pas de commentaires »

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