La lettre de Laurent Joffrin……………(16/10/2018)

Libération 16 octobre 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Remaniement : second souffle ou zéphyr ?

Enfin Fesneau vint… Si l’on considère que la nomination de ce fidèle de François Bayrou est l’une des nouveautés les plus notables de ce remaniement, on a la mesure du changement annoncé ce matin par l’Elysée. On pourrait prendre d’autres exemples : Attal, Wargon, Guillaume, Nuñez, Dubos ou Pannier-Runacher… Illustres inconnus du grand public, seconds couteaux promus premières gâchettes. On voit à l’énumération de ces vedettes de l’ombre que ce remaniement a peu de chances de bouleverser l’opinion. Le «second souffle» attendu de l’opération, dixit le communiqué gouvernemental, se ramène pour l’instant à une haleine de bébé, un zéphyr politique. Certains avaient parlé d’un tournant. C’est un tournant en ligne droite. Le même communiqué n’en fait pas mystère, d’ailleurs, puisqu’il est souligné que la nouvelle équipe aura le même «mandat politique» que l’ancienne. On change sans changer tout en modifiant sans infléchir.

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La nomination de Franck Riester à la Culture est la seule arrivée d’un certain poids : l’homme, fort honorable, est connu pour sa constance, son habileté politique et son esprit d’indépendance, quoique circonscrit jusque-là à une droite plus ou moins ouverte. Françoise Nyssen apprend à ses dépens qu’une brillante réussite dans la société civile – dans l’édition en l’occurrence – ne présage en rien d’un succès ministériel. Contrairement à une idée reçue, le métier politique suppose des compétences particulières qui s’apprennent le plus souvent au contact des électeurs et non des lecteurs.

Les promotions internes sont plus éclairantes : Castaner, soutien de la première heure, rogue à souhait, prend l’Intérieur avec un ancien préfet, Nuñez, frotté aux questions de sécurité. Il s’occupera sans doute des élections autant que du maintien de l’ordre. Jacqueline Gouraud, femme politique d’expérience, affable et ferme, est promue ministre d’Etat pour s’occuper «des Territoires», selon le jargon en vigueur. Autre geste envers le Modem, et surtout signal lancé aux élus locaux et à la France rurale, jusqu’ici hérissés par le style macronien et par quelques réformes désagréables.

Les équilibres internes à la majorité ont été pesés au trébuchet, ce qui explique sans doute, outre l’indécision élyséenne, l’inhabituelle longueur de la séquence. La rhétorique du nouveau monde est respectée, à en juger par le nombre de responsables de peu d’expérience politique qui rejoignent le gouvernement. Mais le dosage d’apothicaire qui préside à l’opération – une mesure de LREM, cent grammes de Modem, un zeste d’Agir – nous ramène aussitôt à l’ancien. De la difficulté d’échapper aux règles classiques…

Constance ou entêtement ? Emmanuel Macron garde le cap, jugeant que seuls des résultats tangibles – qui ne viendront pas tout de suite – lui permettront de remonter la pente dans l’opinion. L’opposition aurait tort de juger la chose impossible. Mais ses difficultés de casting illustrent bien l’une des faiblesses majeures de son régime. Il perd en un an Bayrou, Sarnez, Hulot, Collomb. Il gagne Attal, Wargon, Dubos, Pannier-Runacher. En notoriété, on passe de l’Olympia au radio-crochet. Tous viennent d’En marche. Mais s’il y a une marche dans ce remplacement, c’est celle qu’on descend.

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
Publié dans : Non classé |le 16 octobre, 2018 |Pas de Commentaires »

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