La lettre de Laurent Joffrin…………..(18/10/2018)

Libération 18 octobre 2018
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Parlez français, madame !

L’échange est baroque, ou lamentable, comme on voudra. Dans la salle des Quatre-Colonnes de l’Assemblée nationale, Véronique Gaurel, journaliste de France 3 originaire de Toulouse, pose une question à Jean-Luc Mélenchon avec l’accent de sa ville natale : «Il y a quelques mois, vous pointiez les déboires judiciaires de Fillon et de Le Pen sur la 3, et vous disiez que c’était une décadence de la République, hein…» faisant bien sûr référence aux heurts de la veille entre La France insoumise et la justice. «Et alors, répond Mélenchon, qu’esseuh-que ça veut direuh ?» Avant de poursuivre : «C’est quoi votre question madame ? Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.» Puis il lui tourne le dos et lance à la cantonade : «Quelqu’un a-t-il une question formulée en français ? Et à peu près compréhensible ? Parce que moi votre niveau me dépasse, je ne vous comprends pas.»

Il est vrai que ces Français qui s’avisent de garder l’accent de leur région, à Marseille par exemple, ont quelque chose d’insupportable. Comment quelqu’un de normal, de bien éduqué (de parisien, quoi…) peut-il comprendre ces phrases chahutées comme un pointu du Vieux-Port par temps de mistral ? Il y a là une survivance archaïque, un obscurantisme linguistique, une atteinte à l’unité de la République. Voyez les films de Robert Guédiguian qui mettent en scène le petit peuple de Marseille : une invraisemblable cacophonie passéiste. Et dire que le réalisateur a soutenu Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle ! Où va-t-ong ? On devrait les sous-titrer, tout comme les films de Pagnol, où seul monsieur Brun parle un français acceptable, ce qui fend à coup sûr le cœur du leader de La France insoumise. Ne parlons pas de Bienvenue chez les ch’tis, entreprise séparatiste bien connue. Ou de feu Claude Nougaro, dissident toulousain et fier de l’être, putain, cong… On devine le calvaire de Jean-Luc Mélenchon à Marseille, dont il est l’élu, contraint d’endurer du soir au matin l’incompréhensible sabir de ses électeurs. Jean-Michel Aphatie, qui a fait de son accent une marque de distinction, et se trouve donc doublement exposé à «la haine» que professe Mélenchon à l’endroit de la gent journalistique – un exemple d’intersectionnalité des luttes… – a trouvé la réponse : tout accent est relatif. Pour lui, dit-il sur Twitter, ce sont les Parisiens qui ont un accent. Juste retour des choses.

Mais la réaction mélenchonienne a peut-être une autre origine : la question de la journaliste avait certes un accent de Toulouse, mais surtout un accent de vérité. Avant d’être renvoyée à sa province arriérée, elle avait entrepris de relever certaines contradictions dans les propos du linguiste insoumis. On se reportera sur ce point à la vidéo éclairante réalisée par le site Huffington Post, qui met en regard les protestations de ces deux derniers jours avec les propos tenus pendant l’affaire Fillon par le même Jean-Luc Mélenchon. «Chacun doit répondre de ses actes… Je n’ai pas d’autre choix que de faire confiance à la justice», disait-il quand on l’interrogeait sur les ennuis de Fillon. Et de stigmatiser ceux qui appelaient «à une émeute contre la justice», de dénoncer Marine Le Pen refusant de se rendre à la convocation des juges et «montrant du doigt les fonctionnaires de police». Les protestations de Fillon étaient factieuses, celles de Mélenchon ressortissent de la «résistance». Vérité en deçà d’une perquisition, erreur au-delà…

Laurent Joffrin
Liberation.fr
desirdavenir77500
Publié dans : Non classé |le 18 octobre, 2018 |Pas de Commentaires »

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