La lettre de Laurent Joffrin……..(11/01/2019)

Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Dernier avertissement

Est-ce le point d’inflexion ? Déconcertant pour les commentateurs – à commencer par l’auteur de cette lettre – qui ont bien du mal à le faire entrer dans une catégorie connue et sont contraints d’évoluer avec les événements, le mouvement pourrait bien désormais se diriger vers la sortie. Il a fait preuve d’une résilience inattendue, même si ses effectifs ont beaucoup décru. Il y a là une profonde coupure qui interroge toute la société, en particulier ceux qui occupent des postes de responsabilité, comme en témoigne l’effrayant sondage du Cevipof. On y trouve tous les symptômes d’une défiance massive envers les institutions de tous ordres, de celles qui préludent à des changements politiques majeurs.

Mais dans l’immédiat, plusieurs «signaux faibles» vont dans le même sens. La cote de popularité des gouvernants, dont on annonce prématurément la fin, se redresse soudain de quelques points. On lance une «cagnotte» pour venir en aide à un manifestant boxeur placé en détention. Une «contre-cagnotte» destinée à aider les policiers obtient en quelques jours dix fois plus de contributions, ce qui traduit évidemment un désir d’ordre. Le soutien de l’opinion envers le mouvement s’effrite ; il est désormais minoritaire. De multiples réactions – partielles, fragiles, individuelles mais éloquentes – expriment une lassitude évidente face aux violences qui émaillent les manifestations. Les gilets jaunes annoncent leur intention de manifester à Bourges. Aussitôt la ville s’émeut, déménage le mobilier urbain, barricade ses boutiques, se calfeutre dans l’angoisse de débordements brutaux, comme si elle attendait l’arrivée des barbares. Une partie du peuple, désormais, a peur de l’autre. Bref, le mouvement est désormais au bord de l’impopularité et un informel parti de l’ordre exige qu’on arrête les frais.

Le gouvernement peut tabler sur cette usure pour éteindre l’incendie sous un flot de paroles, à la faveur d’un «grand débat» qui tournerait au déballage confus et sans conséquences. Il aurait grand tort. Cette éruption de colère, cette mise en cause violente de la classe dirigeante, au sens le plus large, est un avertissement solennel. Sans geste social, sans réforme démocratique, le débouché politique de l’affaire est écrit d’avance. On en voit la préfiguration en Italie, où le même ressentiment, la même réaction à la fois compréhensible et irrationnelle, a mis une coalition «antisystème» au pouvoir, sur fond d’intolérance, de démagogie sommaire et de promesses irréalisables (il suffit de voir la reculade du duo Salvini-Di Maio sur le budget). Depuis longtemps l’Italie est le laboratoire des combinaisons politiques inédites. Ses expériences, souvent, passent les frontières.

Laurent Joffrin
desirdavenir77500
Publié dans : Non classé |le 11 janvier, 2019 |Pas de Commentaires »

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