Brexit……………………………………..(06/02/2019)

Si tout se passe comme prévu, l’Eurostar 9158, attendu peu avant 23 heures en gare de Lille-Europe, sera le dernier à relier Londres au continent avant le Brexit, ce vendredi 29 mars 2019. Une soixantaine de minutes plus tard, le tunnel sous la Manche cessera d’être une ligne intérieure à l’Union européenne. La suite, à la grande inquiétude de tout le continent, baigne encore dans une alarmante incertitude. Moins de deux mois avant l’échéance, l’idée d’un Brexit dur, c’est-à-dire sans accord entre le Royaume-Uni et l’UE, est «de moins en moins improbable», estime une source diplomatique française. La Première ministre britannique, Theresa May, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, doivent s’entretenir jeudi matin à Bruxelles. Mais le blocage semble total depuis que le Parlement britannique a rejeté, le 15 janvier, le projet d’accord permettant une sortie «à l’amiable». De Tallinn à Lisbonne en passant par Paris, les gouvernements se préparent sérieusement au no deal, un saut dans l’inconnu aux conséquences encore incalculables.

Depuis Bruxelles

«L’UE a bien fait de commencer à préparer un « no deal » en décembre 2017.» Le message a été posté lundi sur Twitter par le secrétaire général de la Commission européenne, Martin Selmayr, après une rencontre jugée «non concluante» avec des parlementaires britanniques. Il témoigne de l’agacement croissant de Bruxelles face aux atermoiements britanniques et aux nouvelles exigences de Theresa May (lire notre article). Pressée par ses parlementaires, celle-ci souhaite désormais renégocier le «filet de sécurité» irlandais. Celui-ci prévoit, pour éviter le retour d’une frontière sur l’île, de maintenir l’Irlande du Nord dans le marché unique. Un point non négociable pour l’UE et ses Etats.

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Tout au long de 2018, la Commission avait publié un total de 88 fiches thématiques détaillant les conséquences d’un no deal dans de nombreux domaines. Le 19 décembre, surtout, à la suite du vote du Parlement britannique, elle a adopté un «plan d’action d’urgence» visant à assurer un niveau minimum de continuité dans certains secteurs, comme la finance et les transports aériens. Mais ces mesures provisoires ne pourraient, précise la Commission, «qu’atténuer les conséquences les plus graves d’un retrait sans accord». En matière d’aviation, le plan ne garantit par exemple qu’un service couvrant «les besoins de base pour les économies des Etats membres», et pas la continuité de toutes les lignes existantes dans leur volume actuel. Un certain nombre d’autres mesures sont renvoyées aux Etats, notamment incités à maintenir temporairement les droits des résidents britanniques dans l’UE. En cas de Brexit dur, ces derniers n’en devront pas moins demander un titre de séjour.

Depuis Paris

En France, c’est le 17 janvier qu’Edouard Philippe a pressé le bouton rouge. Quarante-huit heures après le rejet de l’accord de retrait par le Parlement britannique, l’exécutif a activé son propre plan Brexit dur. Au total, 200 mesures prioritaires avaient été répertoriées dès le printemps 2018. Le 19 janvier, une loi a autorisé le gouvernement à légiférer par ordonnances : deux de ces textes ont déjà été adoptés, trois autres le seront ce mercredi en Conseil des ministres. Ils concernent l’adaptation des points de contrôle à la frontière, les droits des résidents britanniques en France, le transport routier, les activités financières et la poursuite des transferts de matériels de défense entre les deux pays. Objectif : garantir dans chacun de ces domaines un niveau minimum de continuité en dépit du Brexit.

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A la frontière, le recrutement de 580 douaniers est déjà acquis, et les postes douaniers, dans les ports et aéroports, sont déjà en cours d’adaptation : «Il s’agit essentiellement d’installer des préfabriqués pour contrôler les marchandises et les passagers», précise le Quai d’Orsay. Budget des travaux : 50 millions d’euros. En cas de no deal, des contrôles supplémentaires viseront les passagers arrivant de Grande-Bretagne dans les ports et aéroports français. Quant aux marchandises, si une partie des formalités s’effectuera avant l’arrivée sur le continent, elles feront l’objet de contrôles aléatoires dans les nouvelles installations françaises. Problème : aucune de ces mesures n’a, officiellement, fait l’objet d’une concertation avec le Royaume-Uni. «En parler avec eux, c’est le signe qu’on admet la possibilité d’une sortie sans accord, alors que ce n’est pas notre souhait, explique-t-on au gouvernement. Et cela donne des arguments aux partisans d’un Brexit dur, qui pensent qu’on pourra tout régler par des accords bilatéraux.»

Une bonne partie de la réaction à un no deal se décidera en fait à Bruxelles. Ce qui n’empêche pas Paris d’y peser en faveur de ses intérêts. La France a notamment jugé inacceptable les premiers projets de la Commission s’agissant des routes maritimes entre l’Irlande et le continent, qui laissaient de côté les ports français. L’exécutif a, depuis, reçu des «assurances sur les grands ports normands et les petits ports bretons».

Pour les entreprises françaises

Pour leur part, les entreprises sont d’autant moins préparées au «gigantesque chaos» qui se profile, comme le dit le président du Medef, Geoffroy Roux de Bezieux, en déplacement cette semaine à Londres, que l’hypothèse d’un Brexit sans accord leur a longtemps semblé improbable. «Les conséquences sont si vertigineuses qu’il est difficile de les imaginer,explique un responsable patronal. I l faudra attendre d’y être pour mesurer la nature du choc.» Pour l’économie française, les répercussions peuvent être colossales : le Royaume-Uni est le premier excédent commercial de la France et son cinquième client à l’étranger (7 % des exportations). Une étude de l’assureur-crédit Euler Hermes chiffre à 3 milliards d’euros la perte en valeur pour les entreprises françaises en cas de no deal. D’où le danger, met-on en garde dans les instances patronales, à se contenter d’un «wait and see».

Liberation.fr

Publié dans : Non classé |le 6 février, 2019 |Pas de Commentaires »

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