Benalla suite………………………………..(08/02/2019)

  • L’affaire Benalla déteint sur Matignon

Après l’Elysée, c’est au tour de Matignon d’être pris dans l’affaire Benalla et ses ramifications troubles avec la Russie. Dans la galaxie de personnages qui composent cet interminable feuilleton, un couple est désormais au cœur des interrogations : Chokri Wakrim, militaire de 34 ans, et Marie-Elodie Poitout, commissaire divisionnaire en poste à Matignon. Comme l’a révélé mercredi Libération, Chokri Wakrim, très proche d’Alexandre Benalla, est impliqué dans un contrat avec un oligarque russe, Iskander Makhmudov, soupçonné de liens avec la criminalité organisée. Et ce, alors que sa compagne, Marie-Elodie Poitout, dirigeait depuis mai 2017 le GSPM, le groupe de sécurité du Premier ministre. Un mélange d’intérêts pour le moins embarrassant. Entendue jeudi par le directeur de cabinet du chef du gouvernement sur ses liens avec les deux autres protagonistes, la policière a finalement présenté sa démission. «Consciente de la sensibilité de sa fonction et soucieuse d’écarter toute polémique, la cheffe du GSPM a demandé au Premier ministre d’être affectée sur une autre mission au sein du ministère de l’Intérieur», a simplement indiqué Matignon dans un communiqué. Chokri Wakrim, lui, a été suspendu mercredi par le ministère des Armées.

Rencontre

Par ailleurs, le parquet national financier (PNF) vient d’ouvrir une enquête pour «corruption» afin de faire toute la lumière sur ce mystérieux contrat russe. Les juges vont désormais chercher à comprendre comment un tel contrat privé avec une puissance économique proche du Kremlin a pu se nouer au cœur même de l’Etat ?

Fin juillet, alors que Benalla vient d’être mis en examen à la suite des incidents du 1er Mai, notamment pour «violences volontaires», Marie-Elodie Poitout et Chokri Wakrim le reçoivent à leur domicile parisien, à quelques pas du Trocadéro, dans le XVIe arrondissement. Une rencontre que l’ancienne cheffe de la sécurité de Matignon a reconnue auprès de sa hiérarchie. Ces trois-là se connaissent bien. Depuis que Benalla a sollicité son ami Wakrim pour travailler sur le contrat russe, en lien avec la société de sécurité privée Velours, les deux hommes ne se quittent plus. Quant à Poitout, elle a affirmé connaître Benalla depuis 2017, sans plus de précision. Elle a en revanche démenti avoir vu ce dernier en compagnie de son partenaire Vincent Crase, un gendarme réserviste qui a travaillé pour la sécurité du parti présidentiel et au commandement militaire de l’Elysée.

Les deux hommes apparaissent aujourd’hui acculés par des enregistrements audio révélés par Mediapart. La séquence, authentifiée par le site d’information, est datée du 26 juillet. Benalla et Crase, qui se rencontrent ce jour-là en violation flagrante de leur contrôle judiciaire, discutent notamment de la meilleure façon de détruire des preuves. «T’as effacé tout ce qu’il y avait dans ton téléphone ?» s’inquiète Benalla. «Bah, tout ce qui concerne Velours… bien sûr, bien sûr», rétorque Crase.

Montage

Un mois plus tôt, ce dernier a reçu la première tranche du contrat russe sur le compte de sa société, dénommée Mars : un virement de 294 000 euros qui fait immédiatement l’objet d’un signalement de Tracfin, le service antiblanchiment de Bercy. En réalité, cela fait plusieurs mois qu’un homme d’affaires français, Jean-Louis Haguenauer, négocie ce contrat pour le compte d’Alexandre Benalla, alors que ce dernier travaille encore à l’Elysée. Une négociation entamée dès l’hiver 2017, selon Mediapart. Pour ne pas apparaître en première ligne, Benalla passe alors par la société de son ami Vincent Crase. Lors de sa deuxième audition devant la commission d’enquête sénatoriale, en janvier, ce dernier a expliqué que le contrat avait été en partie sous-traité à la société Velours, car lui-même n’était pas titulaire d’un agrément de dirigeant d’entreprise de sécurité.

Lorsque l’affaire des violences du 1er mai éclate, mi-juillet, les deux hommes réalisent le risque qu’ils courent si ce montage venait à être ébruité et le contrat gelé. «Là, il y a le feu», panique Crase dans l’enregistrement de Mediapart. «Il faut couper la branche […]. Faut changer de portage pour faire ce qu’on avait prévu de faire et transférer […]. Faut que tu disparaisses de la boîte», lui indique alors Alexandre Benalla.

Parts

Deux mois plus tard, une nouvelle société voit le jour. Baptisée France Close Protection, elle est domiciliée à la même adresse que la société Mars, à quelques rues de l’Elysée. Lancée avec un simple capital social de 100 euros et dirigée par un ancien militaire de 44 ans, Yoann Petit, également proche de Benalla, France Close Protection a étrangement comme unique actionnaire un homme d’à peine 18 ans. Selon le Canard enchaîné, cette nouvelle structure va pourtant verser plus de 22 000 euros à Alexandre Benalla entre novembre et décembre, scellant ainsi son lien avec le contrat russe. Devant la commission d’enquête sénatoriale, le même Benalla avait pourtant affirmé sous serment n’avoir «jamais» contribué à la négociation ni à la conclusion de ce contrat.

D’autres liens sont depuis apparus entre les différents acteurs de cette histoire. Comme l’a révélé Libération, Chokri Wakrim a également fondé cet été une discrète société avec l’un des responsables de Velours, avant de racheter ses parts quelques semaines plus tard. S’agissait-il d’un simple véhicule financier destiné à rémunérer secrètement Wakrim sur le contrat russe ? Contacté à plusieurs reprises, ce dernier n’a pas répondu à nos sollicitations. Il semble en tout cas avoir eu conscience d’agir en dehors des clous. Selon Valeurs actuelles, le militaire a été entendu le 1er février à la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), le service de contre-ingérence des armées, reconnaissant devant ses pairs avoir «travaillé de manière déclarée mais non autorisée».

Tout s’est brusquement accéléré le 31 janvier avec la révélation des enregistrements d’Alexandre Benalla et Vincent Crase par Mediapart. Le jour même, un journaliste de Valeurs actuelles contacte les services du Premier ministre pour savoir si la conversation entre les deux hommes a été enregistrée au domicile de Marie-Elodie Poitout, et si d’éventuelles écoutes administratives ont été diligentées. Branle-bas de combat à Matignon.

Fichier

Dès le lendemain, le directeur de cabinet du Premier ministre écrit au procureur de la République de Paris, faisant état de la sollicitation de plusieurs médias : «Depuis vingt-quatre heures, des journalistes contactent le cabinet du Premier ministre en cherchant à évaluer une allégation selon laquelle la rencontre relatée par la presse entre messieurs Benalla et Crase, en infraction des obligations de leur contrôle judiciaire, se serait déroulée au domicile de Marie-Elodie Poitout». Le directeur de cabinet dit avoir «convoqué» l’intéressée «sans attendre», précisant qu’aucune autorisation d’interception des services de renseignement n’avait été validée par Matignon, autorité compétente en la matière.

C’est sur la base de ce simple courrier, rapportant les questions des journalistes et les démentis de Poitout, que le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire pour «atteinte à la vie privée» et «détention illicite d’appareils ou de dispositifs permettant la réalisation d’interception de télécommunications ou de conversations». Dans le cadre de ces investigations, le parquet de Paris s’est précipité au siège de la rédaction de Mediapart, lundi, pour perquisitionner ses locaux, espérant ainsi mettre la main sur fichier original de l’enregistrement. Au risque de s’asseoir sur le secret des sources des journalistes. Un acte d’enquête que le site d’information a pu refuser, les magistrats n’ayant pas obtenu l’aval d’un juge des libertés et de la détention, comme le prévoit le code de procédure pénale.

Liberation.fr

Publié dans : Non classé |le 8 février, 2019 |Pas de Commentaires »

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