Brexit toujours……………………………………….(12/03/2019)

Cela suffira-t-il ? La mise en scène dramatique de lundi soir, avec le départ en trombe de la Première ministre britannique Theresa May vers Strasbourg pour d’ultimes négociations à l’arraché et un accord conclu aux petites heures de la nuit, suffiront-ils à convaincre les députés britanniques ? La réponse, ou plutôt le verdict, tombera mardi soir, après une journée qui s’annonce à nouveau tendue et incertaine.

La mine crispée, la Première ministre britannique Theresa May a confirmé lors d’une conférence de presse tardive qu’un accord sur un «Accord de retrait amélioré» avait été trouvé. L’accord, conclu en novembre dernier entre les négociateurs de l’UE et Londres, n’a en fait absolument pas été modifié. En revanche, deux documents supplémentaires seront ajoutés à l’accord initial. Le premier consacre un «instrument légalement contraignant» pour les deux parties. Il prévoit en fait de permettre au Royaume-Uni de sortir unilatéralement du «backstop», cette assurance supposée empêcher l’apparition d’une frontière physique entre le nord et le sud de l’île d’Irlande. En gros, si l’Union européenne venait à traîner des pieds pour négocier un accord de libre-échange permanent et tentait de garder l’Irlande du Nord au sein d’une union douanière, Londres pourrait se référer à une instance arbitre qui lui permettrait de suspendre unilatéralement le «backstop».

Parallèlement, un codicille également «légalement contraignant» - les deux mots-clés de ce dernier push dans les négociations – sera ajouté à la Déclaration politique qui accompagne l’Accord de retrait. La Déclaration politique est supposée définir les intentions des parties de conclure à terme un accord commercial. Le codicille prévoit que Londres comme Bruxelles devront se remuer pour trouver une solution de remplacement au «backstop» avant décembre 2020, soit avant même qu’il ne soit éventuellement mis en place.

Ultime chance

Avec ces modifications de dernière minute, Theresa May s’est acheté une dernière vie. Elle dispose désormais d’une petite chance de faire adopter l’Accord le retrait lors du vote à la Chambre des Communes attendu en début de soirée, et donc de confirmer le départ du Royaume-Uni de l’UE le 29 mars prochain. Un petit retard n’est pas à exclure, mais, dans ce cas, une extension de l’article 50 serait très courte et purement technique, destinée à permettre au texte de suivre la marche législative normale pour devenir une loi britannique.

Toute la journée, les regards seront tournés dans deux directions. C’est d’abord l’attorney general, Geoffrey Cox, conseiller juridique du gouvernement, qui devra décider si ces ajouts «légalement contraignants» le sont assez pour son goût et pour lui permettre de recommander aux députés de voter en faveur du texte. Dans ce cas, plusieurs députés conservateurs récalcitrants et brexiters durs pourraient se résoudre à se ranger derrière la Première ministre. La réaction du Democratic Unionist Party (DUP), petit parti unioniste brexiter, farouchement opposé au «backstop», sera également cruciale. Ses dix députés assurent à Theresa May une majorité au parlement. Leur décision sera déterminante. Nigel Dodds, le chef de leur groupe parlementaire, a indiqué dans la nuit de lundi à mardi qu’il avait bien l’intention de «scruter ligne par ligne les textes avant de former notre propre jugement».

Theresa May a une ultime chance de réaliser son ambition : remplir ce qu’elle estime être son devoir, à savoir offrir aux Britanniques le Brexit ordonné pour lequel 51,9% d’entre eux ont voté il y a bientôt trois ans. Mais elle sait aussi qu’elle joue là sa dernière carte. Jean-Claude Juncker a été très clair. «En politique, on a parfois une seconde chance. C’est le cas ici, mais il n’y aura pas de troisième chance.»

La vérité est que l’Union européenne n’a cédé en rien. Elle a refusé la réouverture de l’Accord de retrait conclu en novembre dernier avec Londres et elle n’a pas modifié le «backstop», deux réclamations de Londres. Mais elle a concédé quelques assouplissements, quelques assurances supplémentaires pour offrir à Theresa May un dernier levier domestique. Jean-Claude Juncker n’a laissé aucun doute sur la suite. «Laissez-moi être clair comme de l’eau de roche sur le choix : c’est ce deal ou le Brexit risque de ne pas se produire du tout». C’est peut-être ce dernier argument qui convaincra les plus dubitatifs des brexiters de voter finalement avec leur Première ministre.

Sonia Delesalle-Stolper Correspondante à Londres

 

Liberation.fr

Publié dans : Non classé |le 12 mars, 2019 |Pas de Commentaires »

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