Je t’aime, moi non plus…………………………(29/03/2019)

  • Brexit : Theresa May, l’obsédée textuelle

L’image est cruelle. C’est une page blanche, sur laquelle flottent deux escarpins à imprimé léopard. Ils sont un peu usés et vidés de leurs pieds. «Après May : la bataille pour l’âme des tories est engagée», titre l’article de l’hebdomadaire conservateur The Spectator qui l’accompagne. Alors que le Brexit n’est toujours pas résolu, loin de là, les conservateurs pensent déjà à l’après-Theresa May. Son héritage n’est même pas encore défini. Restera-t-elle dans l’histoire comme la Première ministre qui, dans des circonstances extraordinaires, aura réussi à concrétiser ce fameux Brexit ? Ou laissera-t-elle l’image d’une femme obstinée au point de frôler l’absurdité, en compliquant incroyablement une tâche inédite et en échouant lamentablement ?

Extension

Le scrutin prévu vendredi après-midi à la Chambre des communes pourrait apporter un début de réponse. Le gouvernement a annoncé son intention de proposer au vote des députés la moitié de l’accord conclu avec l’Union européenne en novembre. Les parlementaires voteront sur l’adoption de l’accord de retrait, qui comprend les modalités du divorce avec l’UE, mais pas sur la déclaration politique qui esquisse les contours de la future relation.

Le but est de pouvoir obtenir de Bruxelles, avec l’accord de retrait, l’extension de l’article 50 promise jusqu’au 22 mai pour une sortie organisée. Le Conseil européen de la semaine dernière à Bruxelles avait donné une semaine aux Britanniques pour adopter l’accord et entériner un Brexit le 22 mai.

Sans l’obstination des députés qui ont, jusqu’à présent, refusé de voter pour l’accord de retrait, ce vendredi 29 mars aurait dû être le jour du Brexit. A priori, une petite fête est toujours prévue dans une salle à Londres, les réservations n’ayant pas pu être annulées. Les verres seront peut-être levés aux cris de «no surrender», tant la rhétorique des brexiters a pris ces derniers jours des accents guerriers. Aux Communes, les débats seront sans doute encore rageurs et désordonnés, le résultat du vote probablement négatif. Le Labour a d’ores et déjà annoncé qu’il voterait contre et, en dépit du ralliement récent de certains conservateurs, la Première ministre aura du mal à rassembler une majorité.

A côté du mot «robot», le terme le plus employé à propos de Theresa May depuis juillet 2016 est probablement «survivre». Sa fin a été donnée pour imminente un tel nombre de fois qu’aujourd’hui, alors qu’elle a annoncé son départ prochain – sans pour autant donner de date précise -, elle pourrait même survivre à son propre suicide politique. En promettant de démissionner si l’accord de retrait était adopté par les députés, elle espérait proposer le sacrifice ultime pour concrétiser le Brexit. Sauf que ça n’a pas marché. Certains conservateurs, trop contents de s’imaginer déjà calife à la place du calife – notamment Boris Johnson -, ont promis de retourner leur veste. Mais pas assez pour former une majorité. Le parti unioniste nord-irlandais, le Democratic Unionist Party (DUP), a à peine cillé à l’annonce du départ de Theresa May et n’a pas changé d’avis : il reste opposé à l’accord de retrait. Cette indifférence en dit long sur l’influence envolée de Theresa May. Elle est la Première ministre qui a enregistré dans l’histoire récente le plus grand nombre de démissions de son gouvernement en un an. Celle qui a subi le plus de rébellions et d’humiliations de ses ministres sans s’en débarrasser. Aujourd’hui, son prochain départ est vécu comme une évidence. Si sa résilience a souvent été saluée, ces derniers mois c’est son manque d’empathie qui a pris le pas, son absolu refus d’écouter ou de déléguer. Le triste spectacle donné ces derniers jours par la politique britannique ne repose certes pas sur ses seules épaules : le vote sur le Brexit a profondément divisé le pays, les régions, les familles, les amis et les partis politiques.

Refrain

Mais son attitude n’a jamais été dictée par la volonté de combler ces failles. Le seul horizon qu’elle a suivi est celui d’un refrain obsessionnel : «Il nous faut livrer le Brexit, respecter la volonté du peuple.» Et elle refuse l’idée que le peuple puisse avoir changé d’avis en presque trois ans. C’est elle qui a pris, très tôt après le vote sur le Brexit, la décision d’imposer des lignes rouges : sortie de l’union douanière, du marché unique et donc fin de la liberté de mouvement, sans avoir consulté le Parlement ou la société civile. C’est aussi elle qui a décidé de déclencher l’article 50 en mars 2017, appuyant ainsi sur le compte à rebours des deux années prévues avant la sortie. Sans la moindre idée de la direction à prendre. Enfin, elle a décidé de déclencher des élections anticipées dispensables en mai 2017, où elle a perdu sa majorité et s’est retrouvée l’otage des dix députés du DUP.

Aujourd’hui, alors qu’elle approche de la fin de son mandat, la trace qu’elle laissera reste suspendue à un vote, probablement celui de vendredi. Nicola Sturgeon, Première ministre écossaise, a résumé jeudi la situation par cette phrase cruelle : «Theresa May doit être le seul dirigeant au monde à essayer de se suicider politiquement et à réussir à se manquer.»

Sonia Delesalle-Stolper Correspondante à Londres

Publié dans : Non classé |le 29 mars, 2019 |Pas de Commentaires »

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