Archive pour mars, 2019

La lettre de Laurent Joffrin……………….(26/03/2019)

Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Battisti et la gauche française

Errements de la gauche intellectuelle… Il y a quelques années, une escouade d’écrivains, de penseurs et d’artistes se sont mobilisés en faveur de Cesare Battisti, condamné en Italie pour quatre meurtres dont on l’accusait d’être l’auteur ou le complice. L’affaire donna lieu à de nombreux textes indignés ou sarcastiques dirigés contre les autorités italiennes, puis françaises, quand il a été question d’extrader Battisti. Las ! Non seulement la justice italienne a démontré qu’elle avait contre lui un dossier solide, mais l’intéressé lui-même a admis samedi, après avoir clamé son innocence pendant quelque trente années, qu’il était bien le meurtrier désigné par les juges. Terrible contre-pied.

On se gardera de toute vindicte envers un homme désormais emprisonné, probablement pour le restant de ses jours. En revanche, comment ne pas reconnaître pour ce qui concerne la France que cette mobilisation, après avoir occupé un large espace médiatique, avait quelque chose de gravement frivole, ou bien de dangereusement naïf ? Certains ont défendu Battisti – Libération notamment – au nom du respect de la parole de la France. Le président Mitterrand avant en effet, au début des années 80, statué à des fins d’apaisement que les Italiens poursuivis en Italie et réfugiés en France ne seraient pas extradés, à condition qu’ils n’aient pas de sang sur les mains et qu’ils aient renoncé à toute lutte armée. Jacques Chirac en avait décidé autrement et Battisti avait de nouveau pris la fuite.

La position avait une certaine logique : le geste de François Mitterrand avait soustrait à la justice italienne un certain nombre de militants impliqués dans les «années de plomb», mais ceux-ci n’ont jamais récidivé et se sont fondus dans la société française. En revanche, il apparaît maintenant que la «doctrine Mitterrand» ne pouvait s’appliquer à Battisti, qui avait bien «du sang sur les mains».

La défense de Battisti par un certain nombre de pétitionnaires allait plus loin : elle consistait aussi à postuler – ou à suggérer fortement – son innocence et à accuser la justice italienne de décisions expéditives et mal fondées. Les connaisseurs de la vie italienne étaient beaucoup plus prudents – notamment le correspondant de Libération à Rome, Eric Joszef – et faisaient remarquer que les charges pesant sur le terroriste présumé (et désormais avéré) étaient bien plus solides que ce qu’on en disait en France. Les défenseurs français de Battisti n’en avaient cure et moquaient le fonctionnement du système judiciaire italien. On disait, par exemple, que Battisti avait été condamné pour deux meurtres commis au même moment dans deux villes différentes, accusation absurde, oubliant de préciser qu’il était dans ces deux cas accusé d’avoir été complice ou commanditaire, et non auteur, ce qui change tout. De même, on soulignait le fait que certains témoins à charge étaient des «repentis» qui avaient parlé en échange de remises de peine. Mais les dénonciations des repentis fournissaient souvent de réelles pistes aux enquêteurs pour être ensuite recoupées par la justice, ce qu’on passait évidemment sous silence. Aussi bien, Battisti avait été condamné en première instance, en appel, et la décision avait été confirmée en cassation, ce qu’on rappelait très rarement. Deux journalistes, Guillaume Perrault du Figaro, puis Karl Laske de Mediapart (et ancien de Libération) avaient étudié le dossier en détail et publié chacun un livre pour préciser les charges, sérieuses, qui pesaient sur Battisti. Ils furent peu repris…

Ce qui conduit à une réflexion politique. Elle porte sur le rapport étrange qu’entretient une certaine gauche avec la démocratie. Les «années de plomb» ont ensanglanté la vie italienne pendant plusieurs années. La «guerre» déclenchée là-bas par les activistes d’extrême gauche s’appuyait sur une analyse en partie juste, mais au bout du compte fausse, de la démocratie en Italie. On la disait minée par des réseaux clandestins liés à l’extrême droite et à la CIA, ce qui était en partie vrai. Mais on en déduisait qu’elle n’était un jeu d’ombres, un décor Potemkine, manipulé en fait par des forces obscures plus ou moins liées à «l’impérialisme». Ce qui justifiait le recours à la lutte armée, autrement dit au terrorisme des Brigades rouges et de multiple groupes du même genre.

Or en fait, si ces tares existaient, la démocratie italienne a traversé l’épreuve sans renoncer, pour l’essentiel, aux principes de l’Etat de droit. Certaines actions judiciaires ou policières étaient brutales, arbitraires. Mais dans l’ensemble, les gouvernements de Rome ont maintenu en vie les principes qui les légitimaient. Les membres des groupes terroristes ont été poursuivis avec énergie, mais condamnés la plupart du temps au terme de procès en bonne et due forme. Ce qui était le cas de Battisti, puisque l’intéressé reconnaît aujourd’hui le bien-fondé des condamnations qui l’ont frappé. Parti communiste en pleine évolution, le PCI – tout comme le journal de centre gauche la Repubblica – avait d’ailleurs suivi cette ligne en se portant à l’avant-garde du combat contre le terrorisme.

Il y avait, disons-le, une certaine forme d’arrogance bien-pensante dans les jugements portés en France sur l’Etat italien qui restait, malgré toutes les vicissitudes, une démocratie. Il y avait surtout une erreur politique majeure : il est faux et dangereux de présenter les démocraties en général, et l’Italie en particulier, comme des régimes factices manipulés par des forces économiques ou étrangères obscures. Cela revient à les abaisser au niveau des dictatures, en établissant entre ces régimes une sorte d’égalité de fait et en justifiant, par là même, le recours à des actions illégales et violentes au sein de sociétés libres, excuse utilisée par tous les terroristes qui s’attaquent à des Etats de droit. Les libertés publiques, même écornées parfois, sont une réalité tangible. Les discours des terroristes sur ce point sont radicalement mensongers. Il eût fallu, pour le moins, vérifier. Ce que les partisans de Battisti, accréditant une version diabolisée de l’histoire italienne, ont négligé de faire.

Laurent Joffrin
Libération 26 mars 2019
Publié dans:Non classé |on 26 mars, 2019 |Pas de commentaires »

Londres pédale dans la semoule…………………(26/03/2019)

Les rebondissements n’en finissent pas au Royaume-Uni, où Theresa May, incapable de faire accepter l’accord sur le Brexit au Parlement, peine à se sortir de ce bourbier. Mais dans la nuit de lundi à mardi, l’impasse politique s’est encore amplifiée outre-Manche. Et pour cause. Les députés britanniques ont voté un amendement leur permettant d’influer sur le processus de sortie de l’UE, infligeant un nouveau camouflet au gouvernement.

EN SAVOIR
HUFF
Publié dans:Non classé |on 26 mars, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin………………………….(25/03/2019)

Libération 25 mars 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Union Jack et gilets jaunes

Impopulaire, l’Union européenne ? Près d’un million de personnes ont défilé pour elle samedi à Londres. Une pétition en ligne demandant l’annulation du Brexit a recueilli plus de cinq millions de signatures. De toute évidence, cette impopularité est relative…

Devant la pantalonnade politique qui se déroule depuis des mois, d’innombrables Britanniques sont exaspérés. Ils souhaitent annuler par un nouveau vote une décision absurde, qui ne correspond à l’intérêt de personne des deux côtés de la Manche. On dira pour les discréditer qu’il s’agit de la partie la plus diplômée et la plus aisée de Grande-Bretagne. Le même jour à Paris, quelques milliers de gilets jaunes défilaient pour exprimer la colère du peuple. On voit ainsi l’inanité des catégories simplistes qui s’imposent désormais dans le débat public. Peuple contre élite ? Un million de manifestants à Londres : c’est l’élite. Quatre mille à Paris : c’est le peuple. Les Ecossais, on le sait, ont voté à une nette majorité contre le Brexit, considérant que l’intérêt de leur pays lui commandait de rester dans l’Union. Les voici donc promus dans leur totalité membres de l’élite. Voilà qui leur fera plaisir mais ne fera rien pour clarifier l’analyse politique des populistes.

La vérité, c’est que le peuple est divisé sur beaucoup de questions, comme l’élite. Cette césure entre ceux d’en haut et ceux d’en bas ne vaut que pour certains problèmes et pas pour d’autres, tout aussi importants. Il y a un peuple de gauche et un peuple de droite, un peuple favorable à la mondialisation et un autre qui lui est hostile, un peuple pro-européen et un autre opposé à l’Union. Comme il y a une élite également divisée et répartie sur le spectre politique. Le populisme est un simplisme et comme tous les simplismes, il est trompeur.

L’amusant de la chose, c’est que les «remainers» d’outre-Manche présentent, somme toute, la même revendication que les gilets jaunes : un RIC à l’anglaise, c’est-à-dire, sur la base d’une pétition populaire, un référendum destiné à annuler une disposition votée (en l’occurrence le Brexit).

Au vai, ce «British RIC» n’est guère souhaitable : on serait tympanisé pour le restant de nos jours sur le thème du déni de démocratie, du vote obligatoire pour l’Union, de la «dictature des élites», de «l’Europe-prison dont il est impossible de sortir», etc. Les Britanniques ont mal voté, mais ils ont voté. Recommencer, c’est ajouter à la confusion et servir sur un plateau un argument en or aux europhobes. Mieux vaut trouver un arrangement raisonnable. La logique voudrait que le Parlement de Westminster reprenne la main et négocie à son tour un «soft-Brexit» qui placerait la Grande-Bretagne dans la situation de la Norvège ou de la Suisse, ce qui est la moins mauvaise des solutions pour une nation qui n’a jamais adhéré vraiment à l’idée européenne.

L’affaire nous montre aussi où mènerait ce genre de consultation référendaire sans encadrement. L’expérience britannique est éloquente. Au fil des mouvements d’opinion, on ferait et on déferait les lois comme la tapisserie de Pénélope, on limogerait des députés à peine élus, on imposerait aux gouvernements une marche en zigzag dont la course folle de Theresa May offre l’exemple parfait. Certains gilets jaunes le comprennent et admettent la nécessité de limiter le champ du référendum d’initiative citoyenne, par exemple en proscrivant l’abolition de lois existantes, en écartant le référendum révocatoire et en laissant au Parlement, comme en Suisse, une certaine maîtrise du processus.

Là aussi, c’est la voie de la sagesse : tout en respectant le principe de la démocratie représentative, elle permettrait une intervention directe des électeurs entre deux élections. Mais la sagesse, par les temps qui courent, n’est guère populaire.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Non classé |on 25 mars, 2019 |Pas de commentaires »

Justice à la Jonas……………………………..(25/03/2019)

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Des « gilets jaunes » ont-ils été verbalisés uniquement parce qu’ils portaient un pull prônant le RIC ?
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Publié dans:Non classé |on 25 mars, 2019 |Pas de commentaires »

Cocorico………………………………………….(25/03/2019)

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La Chine commande 300 Airbus, annonce l’Elysée à l’occasion de la visite du président Xi Jinping en France
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Publié dans:Non classé |on 25 mars, 2019 |Pas de commentaires »

Terra Nova communique…………………………………..(25/03/2019)

Terra Nova communique.........................................(25/03/2019) dans Non classé c663d423-53e6-4ecd-b5ad-d49e30462bbe
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Europe, l’heure des choix
Nos propositions pour l’Union Européenne

par le pôle Europe de Terra Nova 
Dans quelques semaines, les citoyens européens sont appelés à choisir leurs députés au Parlement européen. Leur vote aura aussi un impact sur le choix de la prochaine Commission qui sera renouvelée à l’automne. Leur voix orientera donc les choix de l’Union Européenne pour les années à venir. Or le projet européen doit rester ambitieux pour répondre aux défis du XXIe siècle. Mais il doit aussi se réinventer pour se recentrer sur l’essentiel, répondre à l’impatience des citoyens et au sentiment d’inefficacité.

Ce n’est pas par le repli national que l’on apportera une réponse à des défis d’ampleur séculaire et de dimension souvent mondiale. Un projet progressiste pour l’Europe appelle des propositions audacieuses et inventives alors que les divisions entre pays européens se sont multipliées et aggravées ces dernières années.

Au cours des cinq dernières années, Terra Nova s’est exprimé à des multiples reprises sur sa vision du projet européen. Cette note permet de remettre en perspective nos contributions avec le scrutin de mai prochain, et de rappeler les priorités qui ont jalonné nos travaux pour la prochaine décennie:

  • Une Europe de la transformation positive, fondée sur une nouvelle forme de croissance durable et équitable
  • Une Europe qui protège
  • Une gouvernance économique commune, centrée sur la régulation du capitalisme financier
  • Répondre à l’urgence démocratique
Lire notre contribution sur l’Europe
Publié dans:Non classé |on 25 mars, 2019 |Pas de commentaires »

Le mois de May sera chaud en Angleterre……………(24/03/2019)

Theresa May à Maindenhead, au Royaume-Uni, le 24 mars 2019.  (ADRIAN DENNIS / AFP)

Et si c’était elle qui sortait ? Critiquée de tous côtés pour sa gestion du Brexit, Theresa May est sous la menace de manœuvres visant à la déloger, affirmait dimanche 24 mars le Sunday Times. Selon le journal britannique, elle pourrait céder sa place au vice-Premier ministre, David Lidington, un europhile, dans un rôle intérimaire. Le chef du service politique du Sunday Times estime que 11 membres du gouvernement veulent obtenir la démission de la dirigeante conservatrice. « Une fronde gouvernementale en bonne et due forme est en cours ce soir pour destituer Theresa May », a ainsi déclaré Tim Shipman. Avant d’ajouter : « La fin est proche. Elle sera partie dans dix jours. » 

« Le gouvernement est bloqué. La confiance dans la démocratie s’effondre. Ça ne peut pas continuer. Nous avons besoin d’un nouveau Premier ministre », a tweeté samedi de son côté le député conservateur George Freeman, ancien conseiller de Therese May.

Publié dans:Non classé |on 24 mars, 2019 |Pas de commentaires »

Gilets jaunes……………………………….(23/03/2019)

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« Gilets jaunes » : 40 500 personnes mobilisées en France, dont 5 000 à Paris, annonce Christophe Castaner
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Publié dans:Non classé |on 23 mars, 2019 |Pas de commentaires »

Comme on change……………………………(23/03/2019)

Tim Ireland / AP

« Laissez le peuple décider ! », « Nous réclamons une consultation populaire ! », « Quitter l’UE ne marchera pas »… Brandissant des pancartes, des centaines de milliers de personnes, partisanes de la tenue d’un nouveau référendum sur le Brexit, manifestaient samedi 23 mars dans les rues de Londres, accentuant le climat de tension au moment où la première ministre, Theresa May, hésite à soumettre son accord de divorce aux députés.

En début d’après-midi, la foule, massive, dense et enthousiaste, défilait dans le centre de la capitale, non loin des bureaux de Mme May au 10, Downing Street, en chantant des airs anti-Brexit et en brandissant des drapeaux européens, parfois en forme de cœur. Dans le cortège, de nombreuses caricatures de la première ministre conservatrice la dépeignaient en dirigeante complètement dépassée par les événements.

« Le Brexit menace l’avenir de nos enfants et la paix en Irlande et fait monter l’intolérance », expliquaient Tim et Gill, venus du Somerset pour prendre part à cette manifestation. « Etre britannique et être européen, c’est la même chose. J’ai grandi en Europe. Si le Brexit a lieu, je lutterai toute ma vie pour qu’on revienne dans l’UE », disait aussi Conrad, un étudiant de 21 ans.

Le Monde

Publié dans:Non classé |on 23 mars, 2019 |Pas de commentaires »

La lettre de Laurent Joffrin……………………..(22/03/2019)

Libération 22 mars 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

L’énigme de Toutanmacron

En marge de l’expo Toutânkhamon, on peut aussi jeter un œil à une petite galerie qui retrace la vie d’un autre pharaon parvenu jeune sur le trône. C’est l’exposition Toutanmacron.

Comme son presque homonyme, Toutanmacron est un pharaon-enfant au magistère difficile. Son intronisation, elle aussi, a eu lieu à l’ombre d’une pyramide, moins imposante que celle de Khéops, mais entourée d’un rituel également solennel. Son avènement a rompu avec les idées de son prédécesseur Hollandaton, grand prêtre d’un dieu soleil socialiste pâlissant. Le nouveau pharaon avait pourtant été élevé à la cour de ce Hollandaton, mais il en a profité pour rallier à sa dissidence nombre de dignitaires qu’il a ensuite promus au rang de vizirs, ce qui lui assure une majorité dans l’assemblée d’Egypte.

Lié aux prêtres de la finance, il a rétabli le culte traditionnel du clergé conservateur, celui des marchands et des propriétaires, entouré de jeunes vizirs formés dans les meilleurs temples de Rê, de Ptah ou de l’Enah. Il a ainsi renoué, dans un style très différent, avec la théologie du prédécesseur d’Hollandaton, Toutsarkosy, lui aussi dédié à la religion de l’échange, célèbre pour son homélie aux esclaves : «Travailler plus pour ne rien gagner.»

Alors que, souvent, les pharaons se marient avec leur sœur ou leur cousine, le jeune monarque a trouvé une épouse hors de sa lignée. Malgré ce refus de la consanguinité, beaucoup voient dans la reine Neferbrigitte une sorte de grande sœur, voire de mère, au verbe rare mais à l’influence enveloppante. Quant à ses partisans, troupe monotone, ils sont aussi interchangeables que les personnages des fresques de la Vallée des rois. Il est vrai qu’ils sont difficiles à représenter. Telles les silhouettes stylisées de la Haute-Egypte, on les saisit toujours de profil : même quand ils sont assis, ils font mine d’être en marche. A l’instar de Ramsès II ou de Thoutmôsis III, Toutanmacron exerce un pouvoir vertical, quoique ses références au dieu romain Jupiter déconcertent ses sujets par leur anachronisme.

On le sait : la décrue trop rapide du Nil mine la légitimité des pharaons. Il en va de même pour la décrue des sondages, qui forment un fleuve capricieux au reflux meurtrier et gouvernent en fait le destin du nouveau pharaon. A cela s’ajoutent les écarts d’un sous-vizir trop entreprenant, prénommé Alexandre mais qu’on ne saurait comparer au fondateur d’Alexandrie. Ces écarts sont périodiquement mis en exergue par des scribes avides de vendre du papyrus, jetant une ombre persistante sur l’habileté du personnel de la cour, dont trois vizirs viennent d’être déférés à la justice.

Mais c’est la révolte de sujets trop longtemps écartés des terres fertiles, vêtus d’un pagne jaune en signe de rébellion, qui lui cause les plus grandes difficultés. Ces esclaves en colère ont été indisposés par quelques phrases du pharaon, rapportées elles aussi par des scribes malveillants. Voyant un ouvrier désœuvré sur la rive droite du Nil, le roi lui a jeté qu’il suffisait de traverser le fleuve pour trouver de l’ouvrage, ce que l’autre a pris de travers. Répondant à ses sujets mécontents, il les a traités de Nubiens réfractaires, ce qui n’a pas arrangé les choses. Il est vrai que, parlant d’un impôt sur les marchands, instauré par Hollandaton, il avait laissé tomber : «C’est Cuba sans la lumière d’Amon-Rê», ce qui a plongé l’Egypte dans un abîme de perplexité.

Depuis, Toutanmacron a beau sortir fréquemment de son palais, parfois avec la reine Neferbrigitte, pour palabrer avec ceux qu’il tient pour une peuplade turbulente, ou bien envoyer ses gardes pour réprimer leurs excès, il ne parvient pas à ramener l’harmonie dans le royaume. Certains le voient déjà comme le premier mais, en même temps, le dernier pharaon de la XVIIe dynastie. C’est aller vite en besogne. Toutânkhamon est mort dans sa vingtième année, pourtant son masque d’or fascine toujours les foules. Que dire de Toutanmacron, qui a passé la quarantaine, et dont le masque n’est toujours pas tombé ? A moins que des écoliers facétieux, comme pour Toutânkhamon, ne défigurent son nom, pour l’affubler du même patronyme dérisoire : Toutencarton.

Laurent Joffrin
Publié dans:Non classé |on 23 mars, 2019 |Pas de commentaires »
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