Archive pour le 25 avril, 2019

La lettre de Laurent Joffrin…………………….(25/04/2019)

Libération 25 avril 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Emmanuel Macron : un virage en ligne droite

Rien ne sera plus comme avant, avait dit le Président. Pour l’essentiel, si. Tournant ? Relance ? Nouveau chapitre ? Non. Le cap est maintenu, l’objectif initial réaffirmé : une libéralisation de la société et de l’économie, accompagnée de mesures sociales ponctuelles utiles, mais aussitôt contrebalancées par cette volonté de faire travailler plus les Français, de réduire les dépenses publiques, de maintenir la suppression de l’ISF ou de rétablir les frontières. La posture centriste, ni droite ni gauche, adoptée pendant la campagne présidentielle, est une nouvelle fois récusée. Une droite sociale, en fait, où le mot droite apparaît, sans qu’on le reconnaisse pour autant, en majuscules. Un Juppé sans calvitie ou un Raffarin maigre, au choix. Et sur le fond, une sorte de virage en ligne droite.

Le Président se justifie en arguant de premiers résultats. Déclaration audacieuse : depuis qu’il est là, l’activité a ralenti, ainsi que le rythme des créations d’emploi, diminué de moitié en 2018 par rapport à 2017, ce qui rend plus ténue l’inversion de la courbe du chômage obtenue – un peu tard – par son prédécesseur. Comme disent les communicants, qui savent enrichir la langue française, le Président cherchait un effet «waouh», onomatopée anglo-saxonne qui exprime la surprise admirative. Pas sûr que les Français l’aient ressenti. Encore moins les gilets jaunes qui usent d’onomatopées en général moins bobo et attendaient évidemment beaucoup plus. On est certain, en revanche, de l’effet «ouah, ouah», qu’exprimera l’opposition par ses aboiements attendus – et souvent justifiés, tout autant que de l’effet «oui, oui» que les responsables de la République en marche reprendront en chœur dans la profondeur de leur être marchant.

Macron évitera toutefois l’effet «ouaf, ouaf», qui consisterait à tourner en ridicule les annonces présidentielles, jugées insignifiantes ou dérisoires. Elles ne le sont pas. Dédoublement des classes étendu, pensions pour mères seules mieux assurées, gel des fermetures d’écoles ou d’hôpitaux, retour du service public grâce à la création d’une maison «France service» à l’échelle cantonale, annonce d’un futur statut pour les «aidants», ces personnes qui dédient une bonne partie de leur temps à l’accompagnement des anciens ou des personnes handicapées : rien de tout cela n’est à dédaigner. De même les amendements à cette République impérieuse, quelque peu monarchique : RIP facilité, proportionnelle partielle, création d’un conseil citoyen tiré au sort, prudentes réformes qui ne créent en rien une VIe République, mais qui font mieux respirer la Ve.

Pour le reste, la philosophie est la même. Moins d’Etat, moins d’impôt, l’accent mis sur la seule égalité des chances, qui consiste à renouveler autant que possible les premiers de cordée, sans changer beaucoup le sort de ceux qui, de toute manière, suivront. Une conception fondée sur l’initiative individuelle, l’effort personnel – donner le meilleur de soi-même – plus que sur la solidarité et la lutte contre l’injustice. Comme le montre cette injonction à travailler plus, dont les modalités restent encore floues. Le tout fondé sur une comparaison contestable : les Allemands ou les Néerlandais, pourtant prospères, travaillent encore moins que les Français. Avec en prime quelques signaux à la droite : le retour des frontières, une fermeté en matière migratoire, un éloge de la famille, etc. Face à une gauche en miettes, Emmanuel Macron veut d’abord éviter le retour du parti LR, que certains sondages commencent à dessiner. On explique, on argumente, on fait quelques mea culpa. Mais on ne perd pas de vue ses préoccupations électorales.

LAURENT JOFFRIN
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La conférence de presse (partie)……………..(25/04/2019)

Ce qu’il faut retenir de la conférence de presse d’Emmanuel Macron

Récap’.

Résumé de l’intervention du chef de l’Etat devant la presse :

> Emmanuel Macron veut faciliter la mise en œuvre d’un référendum à l’initiative du peuple en proposant d’abaisser à un million le nombre de signatures nécessaires pour saisir le Parlement, a-t-il annoncé, tout en écartant le «référendum d’initiative citoyenne» (RIC) voulu par des gilets jaunes. Cette mesure figurerait dans la réforme constitutionnelle que le chef de l’Etat veut voir revenir au Parlement «à l’été».

> Le chef de l’Etat a clamé son intention de réduire «significativement» l’impôt sur le revenu, à hauteur de cinq milliards d’euros.

> Le président de la République a précisé qu’il n’envisageait pas de supprimer un jour férié supplémentaire pour financer cette baisse d’impôts. Il a aussi ajouté qu’il ne comptait pas revenir sur l’âge légal de départ à la retraite, privilégiant la piste menant à l’allongement de la durée de cotisation.

> Les retraites «de moins de 2 000 euros» seront réindexées sur l’inflation en 2020, mesure attendue. En outre, aucune pension n’augmentera moins vite que les prix à partir de 2021.

> Le président a annoncé «un nouvel acte de décentralisation» dans les territoires, qui devra aboutir «au premier trimestre 2020».

> Confirmant son intention de «supprimer l’ENA», Macron a annoncé qu’il souhaitait mettre fin aux systèmes des «grands corps» de la haute fonction publique, dont les membres sont actuellement selon lui «garantis d’une protection à vie».

> Emmanuel Macron a souhaité «ne plus avoir d’ici à la fin du quinquennat de nouvelles fermetures, ni d’hôpitaux, ni d’écoles sans l’accord du maire».

> Il a confirmé son souhait que les classes de grande section de maternelle, de CP et de CE1 ne «dépassent jamais 24 élèves» par classe, défendant un «investissement dans nos enfants dans lequel (il) croit profondément».

> Le Président a souhaité que les caisses d’allocations familiales (CAF) aient la «prérogative pour prélever les pensions alimentaires familiales» et ainsi aider les familles monoparentales. Il a également évoqué le cas des aidants familiaux. «Nous devons les reconnaître, les nommer, mais aussi dans nos politiques publiques leur bâtir une place pendant la réforme des retraites et leur construire des droits

> Le chef de l’Etat a souhaité la mise en place d’un «conseil de défense écologique» qui réunira les ministres dédiés pour faire les «choix stratégiques» imposés par «l’urgence climatique».rtie)

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A lire…………………………………..(25/04/2019)

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Critique des médias, attaques sur Macron… On a lu « Crépuscule », le livre « censuré » de Juan Branco
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La lettre de Laurent Joffrin…………………..(25/04/2019)

Libération 24 avril 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Affaire Fillon : le complot imaginaire

Le complotisme est une plaie. On observe ses ravages, le plus souvent, au sein des courants extrêmes, de droite ou de gauche, parmi les obsédés de la «contre-info» sur le Net ou encore chez une partie des gilets jaunes. Cette recension est insuffisante : il y a aussi un complotisme des élites. L’affaire Fillon en est l’illustration frappante.

Mis en cause par le Canard enchaîné, puis par un nombre respectable de journaux relayés par les médias audiovisuels, François Fillon avait aussitôt dénoncé une sombre coalition ameutée contre lui. Pour lui, comme pour nombre de ses partisans, il était clair qu’on avait décidé de l’éliminer pour interrompre par des moyens obliques son irrésistible course vers l’Elysée. Un certain nombre de journalistes et de juges, suggérait-il avec insistance, objectivement ou subjectivement complices dans cette entreprise, avaient opportunément sorti une affaire subalterne, indûment montée en épingle, pour fausser la présidentielle et priver le favori d’une victoire probable. Solennellement, à la télévision, le candidat de la droite avait même désigné sans ambages un «cabinet noir» sis à l’Elysée et chargé des basses besognes de la hollandie. Tout cela, ajoutait-il, s’effondrerait dans l’inanité quand il aurait produit les «preuves» de son immaculée blancheur et de la cynique noirceur de ses adversaires.

Deux ans plus tard, le complot ainsi décrit avec force indignation s’est évanoui comme la rosée du matin. Ce fut d’abord l’aveu consenti par Marc Ladreit de Lacharrière pour s’épargner un procès public : oui, il avait bien rémunéré, pour ne rien faire ou presque, Penelope Fillon, épouse du candidat placée au centre du scandale. Il confirmait ainsi les enquêtes de presse menée autour la Revue des deux mondes, qui avait bien fourni un revenu à cette pigiste avare de piges, en échange de notes de lectures aussi étiques que rarissimes. Nul complot, donc, dans cette mise sur la place publique d’un comportement irrégulier reconnu par celui-là même qui l’avait accepté.

C’est maintenant la justice, dont on disait, avec maints sous-entendus, qu’elle serait contrainte d’enterrer l’affaire faute d’éléments, qui a approfondi, recoupé, vérifié les accusations du Canard et des autres enquêteurs de presse. On ne saurait préjuger du procès à venir, sinon en disant qu’il aura bien lieu, contrairement aux prophéties mythomaniaques des fillonistes. Les magistrats du siège apprécieront les charges détaillées par leurs collègues de l’instruction. Mais la lecture des extraits de l’arrêt de renvoi est édifiante. Dans leurs conclusions, les juges et les enquêteurs, au terme d’une longue investigation, reprennent – et même amplifient – les accusations documentées produites dans les journaux de l’époque. Pour eux, il est clair que Penelope Fillon a bien bénéficié d’emplois fictifs répétés pendant de longues années, pour une somme rondelette, sans que le couple ait pu leur fournir d’arguments convaincants pour réfuter cette thèse. Quant au «cabinet noir», il s’avère aussi fantomatique que la contribution de l’épouse au travail parlementaire de son mari. Autrement dit, la thèse du complot apparaît pour ce qu’elle était : une diversion rhétorique destinée à discréditer les accusateurs faute de pouvoir contredire les accusations.

Au passage, s’effondre aussi l’idée si souvent reprise d’une «connivence» entre la «caste journalistique» et la classe politique. Comme dans l’affaire Cahuzac, et comme dans tant d’autres scandales politico-financiers, c’est le travail de révélation des journaux qui est mis en lumière, si dommageable aux hommes politiques indélicats. C’est-à-dire le contraire de la «connivence». Ainsi, il était juste, utile à la rectitude démocratique, qu’on s’intéressât de près aux pratiques d’un candidat qui avait lancé sa candidature en dénonçant son rival de l’époque par cette phrase définitive : «Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ?» Le Général, non. Mais François Fillon, oui.

LAURENT JOFFRIN
 
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Tout tout tout, vous saurez tout sur………………………….(25/04/2019)

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Report, reprogrammation, fuites… On vous raconte l’histoire secrète du discours annulé d’Emmanuel Macron
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Tu causes, tu causes………………………………….(25/04/2019)

Par Sylvain Courage

Publié le 25 avril 2019 à 07h00

La communication politique est un art de l’improvisation. Les brainstormings créatifs, les plannings stratégiques et les briefs préparatoires, entre quatre murs et six conseillers à l’Elysée, ne garantissent pas le succès de l’entreprise. Il suffit qu’un événement survienne et tout est à refaire. Emmanuel Macron l’a vérifié lorsque s’est propagé l’incendie catastrophique de la toiture de Notre-Dame. L’allocution de 20 heures, du 15 avril, attendue depuis la Noël de 2018 a été déprogrammée et promptement effacée des bans vidéos.

Le discours censé dévoiler un train de mesures inédites et boucler le grand débat national était bon à passer à la broyeuse… Problème : le script de l’allocution (18 feuillets) et une note de synthèse pointant les 12 mesures proposées par l’exécutif avaient été préalablement distribués à quelques médias. Et ce qui devait arriver, arriva. Le contenu de l’adresse macronienne destinée à convaincre les Français, les yeux dans les yeux, que le deuxième acte du quinquennat pourrait corriger les impairs et les incompréhensions du premier, a été dévoilé par RTL et « l’Obs » dès le lendemain de l’incendie. Après le feu, la fuite !

Après Notre-Dame, « il fallait enchaîner »

Le président a volé au chevet de Notre-Dame et promis de la rebâtir en cinq ans. Mais ce miracle annoncé a eu pour corollaire une hécatombe d’effets d’annonces. Introduction du suffrage proportionnel, référendum d’initiative citoyenne local, assemblée de 300 citoyens tirés au sort pour traiter d’écologie, nouvel acte de décentralisation, renforcement des effectifs de fonctionnaires sur le terrain, baisse des impôts pour les classes moyennes, réduction significative de l’impôt sur le revenu pour les travailleurs, suppression de certaines niches fiscales, baisse de la dépense publique, petites retraites indexées sur l’inflation, moratoire sur les fermetures d’école et d’hôpitaux, 24 élèves par classe en grande section de maternelle et CE1, réforme de l’ENA , paiement des pensions aux mères isolées et plan dépendance… N’en jetez plus ! Douze mesures comme autant de travaux d’Hercule se sont retrouvées exposées dans les gazettes sans susciter « l’effet waouh » escompté par les stratèges de la Macronie…

Un désastre collatéral à l’embrasement du lieu saint ? Plus ou moins. Car le président fort agacé et son entourage se sont vite adaptés. « Les annonces étaient faites, pas question d’y revenir par une nouvelle allocution solennelle. Il fallait enchaîner », explique un visiteur du président. Que le spectacle continue ! L’Elysée a donc résolu d’exécuter la suite de son programme : une conférence de presse d’explication initialement prévue le mercredi 17 avril se tiendra donc ce jeudi.

« Pas question d’en faire un grand débat à rallonge avec les journalistes »

A 18 heures précises, le président démarrera son premier exercice du genre par un discours de présentation suivi d’une séance de questions-réponses avec quelque 300 journalistes accrédités : pas plus de deux représentants par rédaction ! La séquence ne devra pas excéder deux heures pour se terminer à 20 heures et alimenter journaux télévisés, éditions spéciales et tables rondes de commentaires. « Pas question de faire de cette conférence de presse un grand débat à rallonge avec les journalistes », promet-on à l’Elysée. Avant de déterminer la date de l’événement, l’équipe communication de l’Elysée a discrètement enquêté auprès des chaînes de télévision. Le jeudi a été privilégié car il correspond à un pic hebdomadaire d’audience des JT et des émissions d’infos.

Les propositions sont sur la table, dessinées comme en pointillé. Qu’à cela ne tienne, Emmanuel Macron reliera les points avec deux préoccupations : brosser le tableau d’ensemble et entrer dans les détails pratiques, notamment en matière sociale et fiscale, les deux sujets les plus attendus par l’opinion. Y-aura-t-il une « surprise du chef » ? Connaissant le président, certains observateurs parient sur une ou plusieurs mesures inédites sorties du chapeau pour pimenter la conférence et créer le buzz. Confidence d’une ministre zélée :

« Macron a profité du report pour nous demander de lui soumettre de nouvelles mesures. Mais nous ne savons pas ce qu’il va en retenir. »Mais compte tenu des décisions déjà dans le tuyau, le président a-t-il vraiment intérêt à jouer les prestidigitateurs ? Un écart entre la liste des mesures quasi annoncées le 15 avril et les décisions officialisées ce soir ne manquerait pas d’être commenté et pourrait alimenter le procès en improvisation que ne manqueraient pas d’instruire opposants et citoyens sceptiques. La priorité est donc plutôt à la pédagogie de l’après grand débat. Et à l’échange avec les journalistes.

« Il doit donner du sens pour les trois ans qui viennent »

Jusqu’à ce jour, Emmanuel Macron s’était gardé de convoquer une conférence de presse dans la salle des fêtes de l’Elysée comme l’avaient fait tous ses prédécesseurs depuis le général de Gaulle. Il s’agissait surtout de se différencier de François Hollande, grand adepte qui promettait, trois heures durant, l’inversion de la courbe du chômageaux éditorialistes assemblés…

Emmanuel le jupitérien ne voulait surtout pas descendre dans ce genre d’arène. Il le fait aujourd’hui en espérant arrondir les angles avec les journalistes qu’il a snobés. L’exercice, généralement bien encadré par le service presse de la présidence qui transmet les micros aux interviewers, ne comporte pas de risque majeur. Ce genre de grand-messe n’est pas le lieu de l’insolence, ni de la relance. Pas sûr que les « gilets jaunes » et leurs sympathisants s’y retrouvent. On ne fait guère plus éloigné d’un rond-point que la salle des fêtes de l’Elysée.

Cette conférence de presse devrait pourtant marquer un tournant du quinquennat. « On ne peut plus attendre. Il faut qu’il parle pour répondre aux demandes des Français et rassembler la majorité », explique un membre du gouvernement. « Il doit donner du sens pour les trois ans qui viennent. » Emmanuel Macron sera donc être particulièrement attentif au maintien de son « en même temps » : des mesures de pouvoir d’achat pour contenter sa gauche, une invite à réduire les déficit et à « travailler plus » pour rassurer sa droite.

Deux ans après son élection, c’est l’occasion pour celui qui voulait « transformer la France » de se relancer après cinq mois de tourmente protestataire. Le mécontentement l’autorise à abandonner son engagement de rigueur budgétaire pour pratiquer une forme de relance par le pouvoir d’achat de moins en moins déguisée. Qui pourra le lui reprocher à Bruxelles quand Paris menace de s’embraser chaque samedi ?

La gouvernance, par trop monarchique, peut elle aussi être amendée. Grâce à la proportionnelle ou au référendum élargi, Macron descend de son piédestal et promet de s’appuyer désormais sur les « corps constitués » – syndicats, associations, élus locaux… – qu’il avait jusqu’alors dédaignés et souhaite désormais réunir à l’occasion d’une grande conférence sociale et environnementale. Rien n’indique que les réformes institutionnelles évoquées iront à leur terme. L’opposition du Sénat à tout aggiornamento demeure. Mais ces vœux démocratiques renouvelés ont un immense atout aux yeux du chef de l’Etat : ils lui permettent de se remettre dans le sens de la marche. Que verrons-nous ce soir sinon un président de la République à la recherche d’un second souffle, celui qui permet de surmonter les obstacles d’un premier quinquennat d’en l’espoir d’en décrocher un second ?

Sylvain Courage

Sylvain Courage

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 L’OBS
Publié dans:Non classé |on 25 avril, 2019 |Pas de commentaires »

Blablabla élyséen……………………………(25/04/2019)

Même la cour élyséenne, d’un naturel plutôt idolâtre, en convient : le Président a perdu de sa superbe. Ses proches ont du mal à comprendre sa logique. Il lui aura fallu dix jours pour reprendre ses esprits après le dramatique incendie de Notre-Dame, et se soumettre à un exercice qu’il disait exécrer : le face-à-face avec la presse. Pour « être challengé », disent ses communicants dans la novlangue qui est la leur. Traduction : il accepte enfin de répondre à des questions de journalistes. Mais pour dire quoi ? Rien ou presque que nous ne sachions déjà, puisque son discours enregistré en ce triste 15 avril a fuité de toutes parts. Une « suppression » de l’ENA que personne ne lui a demandée, la création de tranches inférieures de l’impôt, et une ré-indexation des petites retraites sur l’inflation… Mais surtout pas une mesure qui puisse contrarier les grandes fortunes. Ni tranches supérieures de l’impôt ni, bien sûr, retour de l’ISF ou suppression de la flat tax qui plafonne la contribution des plus riches (1).

Et c’est ici que le débat qui a suivi l’incendie de la cathédrale vient compliquer la tâche d’Emmanuel Macron. Alors que toute sa politique consiste en un partage entre pauvres et un peu moins pauvres (si vous voulez du pouvoir d’achat, il va falloir travailler plus…), voilà que les plus grosses fortunes font bruyamment irruption, au plus mauvais moment pour lui. Cent millions par-ci, deux cents par là, ça n’étonne pas les économistes, ni les ONG spécialisées dans la traque de l’évasion fiscale, mais ça frappe brutalement l’imagination d’une opinion publique soudain confrontée à un monde dont on sait qu’il existe, mais que l’on voit peu.

La formule entendue ces jours-ci « on préfère sauver les vieilles pierres que les pauvres » a eu l’efficacité redoutable d’une bonne « agit-prop ». Même s’il faut en dire les limites. Les « vieille pierres » de Notre-Dame sont un peu plus que ce que disent les mots. Elles ont été découpées, polies et transportées pour être intégrées à une grande œuvre humaine. Que serait une civilisation qui livrerait son art à l’abandon ? C’est déjà assez de voir nos tableaux devenir objets de spéculation entre les mains des financiers. Il faut donc prendre le problème par le bon bout. Tant mieux si Notre-Dame est sauvée. Mais ces sommes gigantesques sorties en un claquement de doigts par les Pinault, Arnault, Bettencourt et consorts font ressurgir une réalité que l’on s’efforce le plus souvent de cacher. Et cela, en pleine crise sociale.

Cette rencontre entre deux actualités perturbe évidemment le discours d’Emmanuel Macron. Cet argent qui, nous dit-on, fait si cruellement défaut, existe en réalité à foison. Une fiscalité plus juste, une lutte contre l’évasion fiscale pourraient rendre à notre société de quoi résoudre bien des problèmes, et soulager bien des souffrances. Au grand dam du Président, c’est la revendication du rétablissement de l’ISF qui découle logiquement de tout ça. Le débat sur la reconstruction de Notre-Dame a rendu audibles des économistes qui prêchent souvent dans un désert médiatique. Des études sortent ou ressortent qui vont toutes dans le même sens : non, l’argent rendu aux très riches ne va pas irriguer notre économie ; non, il ne va pas à l’humanitaire ; oui, il se détourne du mouvement associatif et alimente surtout la finance; et oui, la théorie du ruissellement est une imposture. C’est tout le système dont Emmanuel Macron fait couramment l’apologie qui chavire. Le temps d’une émotion.

Voilà qui rend encore un peu plus dérisoires les maigres dispositions qu’il doit annoncer. Ce sera trop peu pour calmer le jeu après une hystérisation de la vie politique due en grande partie à ce sentiment que le pouvoir n’a eu pour seul objectif que de décourager le mouvement social. Emmanuel Macron en a bien conscience. D’où cette impression que le jeune et pimpant président qui voulait snober les corps intermédiaires, ignorer la presse, négliger les oppositions, doit sérieusement en rabattre. Cependant, ne nous berçons pas d’illusions, sa politique antisociale est plus que jamais l’horizon immédiat de notre pays. Mais lui qui voulait transcender les clivages, parer de modernité son projet de régression, n’est plus aujourd’hui qu’un politicien de droite, un peu plus réactionnaire que Sarkozy. Selon la vieille formule du cardinal de Retz, il est sorti de l’ambiguïté à ses dépens. Et le débat qui a suivi l’incendie de Notre-Dame n’a pas arrangé ses affaires. Sa métaphore du « peuple de bâtisseurs » qui fera les grandes réformes, sans doute selon les plans de l’architecte Macron, est mal passée. Trop lourd. Trop grossièrement récupérateur. Sa promesse de reconstruire l’édifice en cinq ans, pile poil pour les jeux Olympiques, a confirmé l’image d’un politique obsédé par l’économie la plus pusillanime, incapable de s’élever à la hauteur de l’enjeu culturel. Et on se dit que, décidément, cet homme-là était fait pour rester à Bercy.


(1) Lire à ce sujet nos analyses et la chronique de Dominique Plihon.


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