Jonas l’Européen……………………………..(03/07/2019)

Emmanuel Macron, c’est sa force, est un incorrigible optimiste. Le conclave européen, qui aurait pu se terminer en foire d’empoigne, a finalement trouvé une issue plutôt digne. Pas de quoi sauter au plafond, car, après tout, le choix du quatuor des « top jobs » correspond aux résultats des élections européennes du 26 mai.

La nomination de Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) et d’Ursula von der Leyen à la Commission, deux femmes, certes conservatrices, est une bonne nouvelle. Il n’y a donc rien à redire d’un point de vue de la pratique de la démocratie.

Ursula von der Leyen et Christine Lagarde : deux femmes prennent la tête de l’Europe

En revanche, les sujets qui fâchent ont été soigneusement glissés sous le tapis. Rôle de la BCE, contrôle des frontières, immigration, harmonisation des politiques sociales, fiscales et environnementales, choix de faire de l’Europe une vraie puissance mondiale et non pas un simple marché ouvert aux quatre vents… Les débats qui affleurent autour de l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) sont le signe que ces questions vont immanquablement atterrir sur les pupitres des nouveaux députés européens. Peut-on commercer en toute équité avec des pays comme le Brésil qui massacrent la biosphère sans le moindre scrupule ?

Pourquoi l’accord commercial UE-Mercosur fait polémique

 

Europe à deux vitesses

Une autre question, que personne n’ose vraiment aborder de front, ou alors avec des pincettes, concerne l’élargissement de l’Europe. De nombreuses voix répètent pourtant qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, repenser le monstre ingérable que nous avons créé depuis des décennies. Certes, on peut applaudir l’exploit de réunir autant de pays dans une même enceinte, qui se parlent et ne se font plus la guerre. Mais ne faudrait-il pas réduite la voilure, lancer cette Europe à deux vitesses, avec, en première ligne, les pays vraiment décidés à faire de cette entité, exceptionnelle et si fragile, une puissance politique qui compte face aux géants mondiaux ? C’est ce que pensent de nombreux dirigeants de l’Europe de l’Ouest. Cela passe par une perte de souveraineté pour chaque Etat. Pourquoi ne pas le dire clairement ?

Emmanuel Macron est de ceux-là, même s’il avance sur la pointe des pieds sur ce chemin escarpé. Hélas, ces tenants de l’Europe politique se heurtent aujourd’hui à un mur : la montée en influence des pays de l’Est, pris dans la vague populiste. Pour eux, l’Europe n’est qu’un marché libre, éventuellement une protection contre l’ours russe et ses désirs de reconquête à l’Ouest. Mais l’idée de perdre une once de souveraineté provoque immédiatement chez eux une bouffée de paranoïa. Il faudra bien pourtant mettre cette question sur la table de la Commission de Bruxelles et du Parlement de Strasbourg.

Les Etats, face à la mondialisation galopante, ne pourront pas longtemps faire l’autruche. Cela demandera du courage politique, du doigté, mais aussi de la franchise. Il faudra assumer l’idée de resserrer les rangs autour de pays déterminés à ne pas se laisser dévorer par les Etats-Unis, le Chine et d’autres géants en devenir. Emmanuel Macron doit-il jouer les lanceurs d’alerte et proposer une nouvelle Europe ? A dix, douze, quinze pays, prêts à jouer plus collectif ? Il y a urgence. Pour en finir avec ces conclaves interminables au terme desquels la seule victoire est d’avoir trouvé un compromis, incompréhensible pour les peuples ?

Serge Raffy

Serge Raffy

L’OBS

Publié dans : Europe |le 3 juillet, 2019 |Pas de Commentaires »

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