La lettre de Laurent Joffrin……………….(16/09/2019)

Libération 16 septembre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Sus aux «privilégiés»

La réforme des retraites aboutira-t-elle à la retraite des réformes ? La grève massive de la RATP la semaine dernière a sonné comme un avertissement. Elle est suivie aujourd’hui d’une mobilisation tout aussi massive des avocats, des pilotes, des hôtesses, des stewards, etc. toutes professions qui craignent pour leurs avantages historiques.

Sur le papier, le gouvernement a pour lui la logique : le système projeté met tout le monde à égalité. Un point cotisé donnera droit à la même fraction de retraite pour les pensionnés. Le système existe dans plusieurs pays (scandinaves notamment), il s’applique déjà aux cadres, il reçoit le soutien de principe de la CFDT et de l’Unsa : difficile de crier à l’absurdité ou à la réaction.

Mais il y a un mais… Il tient en une phrase : appliquer les mêmes règles à des situations différentes, est-ce l’égalité ? Le cas des avocats est éloquent. Ils bénéficient d’un régime autonome qui dégage des excédents chaque année. S’ils passent sous la toise, les moins prospères – des jeunes le plus souvent – verront leurs cotisations doubler et la profession verra son magot collectif, par elle accumulé sans faire appel au contribuable, absorbé par le régime général. Un peu raide, tout de même. Même chose pour les orthophonistes, les kinés et quelques autres métiers fort respectables.

Pour les salariés, il s’agit, dit-on, de mettre fin aux «privilèges». Certes. Il semble illogique que certains partent en retraite plus tôt que les autres, surtout si leur caisse est déficitaire et si ce sont les autres salariés qui règlent la facture. Mais, en même temps (maître-mot de la macronie), est-il bien sérieux de parler de «privilège» pour un conducteur du métro qui gagne environ 2 000 euros par mois et passe sa vie dans des tunnels ? On connaît des «privilégiés» mieux dotés… Même chose pour les cheminots ou les électriciens, dont le statut, de surcroît, a été révisé par les précédents gouvernements et se rapproche peu à peu du sort commun. Faut-il brusquer les choses ?

C’est toute l’ambiguïté du mot «réforme», leitmotiv des classes dirigeantes depuis une trentaine d’années. Longtemps, «la réforme» se traduisait par un progrès des conditions de vie, une amélioration du sort matériel de catégories modestes ou moyennes (meilleure protection sociale, hausse du niveau de vie, réduction du temps de travail, etc.). Avec le ralentissement de la croissance et le tour libéral pris par la politique sociale, le mot réforme signifie désormais sacrifice.

La «réforme des retraites» implique leur diminution, ou bien l’allongement des années de cotisation nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein. En fait, pour des millions de Français, un recul social. On s’étonne ensuite qu’ils ne manifestent pas un enthousiasme sans mélange devant les projets du gouvernement. Alors qu’il s’agit de rogner sur le niveau de vie de retraités qui, de toute manière, vivront le restant de leurs jours avec un revenu inférieur à 1 500 euros par mois, ce qui les place difficilement dans la catégorie honnie des «privilégiés». On dira que l’allongement de l’espérance de vie, en accroissant le nombre des retraités par rapport à celui des actifs, rend ces sacrifices nécessaires pour l’équilibre général du système. Certes. Mais ces considérations d’équilibre budgétaire, quand il s’est agi de réduire l’impôt sur les grandes fortunes ou d’instaurer une «flat tax» sur les revenus financiers, n’ont pas pesé bien lourd.

LAURENT JOFFRIN
 
Publié dans : Politique |le 16 septembre, 2019 |Pas de Commentaires »

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