La lettre de Laurent Joffrin………………(18/09/2019)

Libération 18 septembre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Mélenchon boira-t-il la ciguë ?

Jean-Luc Mélenchon comédien et martyr… Tel Saint-Sébastien criblé de flèches macroniennes, le leader de La France insoumise se rend au tribunal précédé d’une longue lamentation indignée qui le présente comme la victime de vicieuses manœuvres ourdies en haut lieu. Son sort émouvant porte un nom, néologisme anglo-saxon qui désigne l’utilisation de la justice à des fins militaires ou politiciennes : le «lawfare», synthèse de «law» (la loi) et «warfare» (la guerre). Tel Socrate, Zola, Boukharine, Galilée ou Jésus, Jean-Luc Mélenchon serait la cible d’une justice politique, ameutée pour le condamner sans rémission. Ainsi, un banal tribunal correctionnel se transforme en théâtre judiciaire mélodramatique, et l’audience en procès à grand spectacle.

A l’origine de cette grandiose mise en scène, une gaffe également grandiose – et politiquement coûteuse – qui a consisté à pousser des hurlements malencontreusement filmés pendant une perquisition. Grand guignol au départ, grand guignol à l’arrivée.

C’est un fait que le procureur enquêtant sur des malversations supposées de La France insoumise a déclenché une opération de fouille de grand style, avec irruption policière dès potron-minet et déploiement de pandores inquisiteurs. On peut penser que cette offensive était disproportionnée, que des soupçons de détournement d’assistant ne valaient pas une telle débauche de moyens. Mais il faudrait aussi, pour justifier les philippiques insoumises, produire des preuves, ou à tout le moins apporter des éléments crédibles, montrant, ou même suggérant, que la chancellerie – ou l’Elysée – sont intervenus dans cette procédure. Tout indice parfaitement absent du réquisitoire mélenchonien. Ainsi, l’un des principaux leaders politiques français, aux ardentes convictions républicaines, affirme sans preuves que la justice républicaine est aux ordres, qu’elle rend des services et non des jugements, qu’elle s’identifie aux mascarades judiciaires en vigueur dans les régimes tyranniques. C’est pousser très loin le bouchon rhétorique.

L’excès de zèle ne procède pas toujours du calcul politique et l’évolution générale de la magistrature française montre au contraire qu’elle s’est progressivement émancipée des interférences politiques. Avec un risque dramatique à la clé : il est fort possible que le tribunal de fantoches décrit par Mélenchon s’abstienne de lui faire boire la ciguë et lui inflige une horrible relaxe qui l’innocenterait. Auquel cas l’échafaudage assemblé par ce Socrate furibard s’effondrerait comme un château de cartes.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans : Politique |le 18 septembre, 2019 |Pas de Commentaires »

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