La lettre de Laurent Joffrin…………………..(09/10/2019)

Libération 09 octobre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Trump et son ancêtre

Bravache, péremptoire, le président américain a décidé de ne rien lâcher. Pris la main dans le sac, accusé de manœuvres délictueuses visant à fausser le processus électoral, menacé par les procédures des démocrates, il refuse de collaborer à l’enquête lancée au Congrès. Avec force rodomontades, il estime qu’il doit défendre les prérogatives de l’exécutif et affirme qu’il n’a de comptes à rendre qu’aux électeurs américains. Donald Trump dans ses œuvres ? Non : Richard Nixon.

Nous sommes en 1973. Depuis de longs mois, le scandale du Watergate domine la vie politique des Etats-Unis. Pendant la campagne électorale de 1972, une équipe de cambrioleurs est arrêtée pour avoir pénétré le QG démocrate situé dans l’immeuble du Watergate. Deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, démontrent que cette équipe est liée à la Maison Blanche. La justice et le Congrès s’emparent de l’affaire, une foule de révélations mettent en cause les méthodes des proches de Nixon.

Quand les élus et les magistrats apprennent que le Président faisait enregistrer les conversations tenues dans le Bureau ovale, ils exigent la communication des bandes. Nixon refuse au nom du «privilège de l’exécutif», puis il destitue le procureur spécial Archibald Cox chargé de l’enquête : le scandale prend encore de l’ampleur. Au bout d’une longue bataille juridique, Nixon est contraint de transmettre les bandes au Congrès, sans pouvoir expliquer pourquoi certains passages ont été effacés.

Difficile de ne pas faire le parallèle avec l’affaire qui met en cause Donald Trump. Dans les deux cas, il s’agit de combattre des adversaires politiques par des moyens obliques ou illégaux. Dans les deux cas, la Maison Blanche récuse les enquêtes menées contre elle et invoque la souveraineté populaire pour s’affranchir du contrôle exercé par les élus. Trump a bien demandé au président ukrainien de l’aider à discréditer Joe Biden, alors considéré comme son adversaire le plus dangereux, de même que Nixon a bien cherché à couvrir les agissements de ses conseillers qui voulaient se renseigner illégalement sur ses adversaires.

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Mais les différences entre Nixon et Trump sont également patentes. Certains diront même que les deux affaires n’ont rien à voir. Quand le contenu des bandes a été connu, l’opinion américaine a été choquée de la brutalité des propos tenus et du cynisme dont font preuve Nixon et ses conseillers. Cette brutalité et ce cynisme s’étalent tous les jours dans les tweets de Trump sans que l’opinion en soit alarmée plus que cela. Au fur et à mesure des révélations, la cote de Nixon s’est effondrée, y compris dans l’électorat républicain. Celle de Trump est toujours solide et son camp reste soudé derrière lui. Quand Nixon a refusé de coopérer à l’enquête et quand il a destitué les responsables qui le menaçaient, le scandale a redoublé. Trump a interdit à son administration de collaborer avec les enquêteurs, après s’être débarrassé sans cérémonie des officiels qui pouvaient le gêner, sans provoquer d’indignation au-delà des cercles démocrates. De toute évidence, les défenses immunitaires de la démocratie américaine se sont dangereusement abaissées.

Et quand la menace d’une destitution a pris de la consistance, Richard Nixon a jeté l’éponge et quitté la Maison Blanche. Quel que soit le destin de la procédure d’impeachment enclenchée par les démocrates, les chances de voir Trump l’imiter sont pratiquement nulles. Sous ce rapport, en effet, les deux affaires n’ont rien à voir. C’est bien ce qui doit nous inquiéter.

LAURENT JOFFRIN
 
Publié dans : Etranger |le 9 octobre, 2019 |Pas de Commentaires »

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