La lettre de Laurent Joffrin…………………(21/10/2019)

Libération 21 octobre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

A gauche duvide

Quelque 75 personnalités, issues pour la plupart du PS, appellent à la création d’un «pôle de gauche» dans la majorité. Il était temps. L’intention est louable à bien des égards, poussée par un ministre solide, Jean-Yves Le Drian, et de respectables responsables, tel Roland Ries, maire sortant de Strasbourg, François Loncle, vénérable radical de gauche, ou Tony Dreyfus, qui a blanchi sous le harnois rocardien. Encore souffre-t-elle d’une contradiction. Il s’agit en effet de doter d’une aile gauche un mouvement – la macronie – qui prétend… dépasser le clivage droite-gauche et, donc, se situer sur un axe dont il proclame par ailleurs la disparition.

Il n’y a que deux manières de sortir de cet oxymore. Soit ce courant nouveau ne sait pas très bien où il habite, puisqu’il se place à la gauche d’une majorité qui nie le concept de gauche. Un peu comme une planète qui serait située à la gauche d’un point sans coordonnées, perdu dans l’espace flou d’un «dépassement» nébuleux, dont le centre est partout et la circonférence nulle part, flottant dans le vide d’un «nouveau monde» qui échoue à se définir. Ce qui en ferait un «pôle» qui a perdu le nord.

Soit, hypothèse plus logique et plus probable, ces macroniens sans doute nostalgiques de leur identité précédente veulent rééquilibrer une majorité platement centriste, qui a fortement dérivé vers la droite, ce qui tendrait à avouer, de l’intérieur de la macronie, que l’axe droite-gauche, à l’inverse du discours macronien, structure toujours l’espace politique du pays et que la majorité a glissé du mauvais côté. Voilà qui sent furieusement son ancien monde…

Dans ce deuxième cas, l’aveu est révélateur. Ainsi, une escouade de macroniens juge que Macron est trop à droite, que le «président des riches», devenu aussi le rempart de l’ordre pendant le mouvement des gilets jaunes, a dévié de son cap initial et se ramène, expérience faite, à une impossible synthèse. S’il faut un «pôle de gauche» à la majorité, c’est bien que le pôle de droite a conquis la prééminence dans la coalition, que la chaîne de commandement qui va de Matignon à Bercy, de Philippe à Le Maire et Darmanin, a imprimé sa marque dans la politique gouvernementale, que le macronisme, à l’usage, se résume à un projet de centre droit, tel qu’un Juppé l’aurait mis en œuvre, peut-être avec une attention plus soutenue aux questions sociales. Dans le «en même temps», il y en a deux : un temps fort qui séduit à droite, un temps faible destiné à endormir la gauche.

On peut alors douter de la réussite de l’initiative. Techno très politique, Emmanuel Macron estime de toute évidence que son adversaire le plus dangereux se situe sur sa droite. Ce qui le menace, en l’absence d’une gauche décidée à gagner les élections, c’est l’émergence possible d’un leader, ou d’une leadeuse, qui ramènerait au bercail les électeurs naguère rattachés à la défunte UMP et qui s’insérerait de nouveau entre lui et le Rassemblement national. Selon une tactique de triangulation bien connue, il reprend donc les idées de la droite pour la priver d’oxygène.

Dans ce cas, le «courant de gauche» jouera un rôle cosmétique. Sa seule utilité sera de maquiller d’un peu de rose une politique d’un bleu profond. Bonne chance…

L’auteur de «La lettre politique» étant absent ces jours-ci, celle-ci reprendra à partir de jeudi.

LAURENT JOFFRIN
 
Publié dans : Politique |le 21 octobre, 2019 |Pas de Commentaires »

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