La lettre de Laurent Joffrin…………(04/11/2019)

Libération 04 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Les calendesmacroniennes

Réforme de la retraite, ou retraite de la réforme ? Manifestement, le gouvernement se trouve pris entre ces deux écueils, tel Ulysse entre Charybde et Scylla. Sur le papier, dans le principe (et en pratique pour les cadres aujourd’hui ou dans certains pays scandinaves), le système par points est rationnel et équitable. Tous les salariés sont alignés sur un régime unique qui fait correspondre à chaque point de retraite accumulé au fil de la vie un même montant de pension. Fini les «régimes spéciaux», sources de comparaisons frustrantes entre catégories de salariés, notamment entre public et privé.

Deux bémols viennent troubler cette harmonieuse perspective. Les «régimes spéciaux» ne sont pas tombés du ciel. Ils découlent souvent des conditions «spéciales» dans lesquelles travaillent les salariés concernés. On conçoit que les militaires, par exemple, dont le métier consiste, entre autres, à risquer leur vie au service de leur pays, partent plus tôt. Et si les militaires sont admis à cette exception, pourquoi pas les policiers ? De même, certains métiers sont plus pénibles que d’autres. Comment en tenir compte ? Et qui en décidera ? On peut trouver d’autres exemples…

La réforme poursuit un deuxième but, implicite mais clair : faire des économies pour équilibrer le système à terme. Si bien que l’harmonisation des régimes se fait par le bas. Au lieu d’étendre des avantages à tout le monde, on les supprime pour certains. Entre harmonisation et vaste coup de rabot, la différence est mince. Dans quelque sens qu’on tourne la chose, on aboutit à une régression pour les assurés concernés, qui sont loin de gagner des mille et des cents. A un moment où l’ambiance sociale est inflammable, où plusieurs secteurs touchés par la réforme sont au bord de l’incendie – SNCF, RATP, hôpitaux, etc. – le gouvernement hésite à craquer l’allumette.

D’où les promesses répétées de concertation, de négociation, d’aménagements, formulées par les ministres et le Président. Mais si on aménage pour les uns, que diront les autres ? On en vient à envisager «la clause du grand-père», autrement dit l’application de la réforme aux seuls nouveaux embauchés. Ce qui rassure les travailleurs en place, mais crée, dans l’immédiat, un nouveau régime à côté des autres. On vise la simplification ; on commence par la complication.

Et comment se targuer d’une réforme dont les effets se feront sentir… dans quarante ans ? Il y avait les calendes grecques. Voici les calendes macroniennes. Jusqu’à maintenant, les gouvernements ont modifié les retraites par touches successives, ce qui a permis de limiter les déficits et d’assurer la pérennité de la répartition. Etait-ce une mauvaise méthode ? Bricolage, dit le macronisme rationalisateur. Certes. Mais il agite un projet cartésien et complet, au risque de le mettre en œuvre, si tout va bien… après 2050. Et entre-temps, il devra, lui aussi, bricoler.

LAURENT JOFFRIN
 
Publié dans : Politique |le 4 novembre, 2019 |Pas de Commentaires »

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