Archive pour le 12 novembre, 2019

La lettre de Laurent Joffrin….(12/11/2019)

Libération 12 novembre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin

Droite-gauche, c’est fini ?

Sondage Ifop pour le Figaro : 68% des Français ne croient plus au clivage droite-gauche, 27% seulement pensent que cet axe politique reste pertinent. Résultat : une large majorité anticipe un duel Macron-Le Pen au second tour de la prochaine présidentielle. Mais aussitôt, un correctif : une majorité encore plus large (72%) juge cette perspective déplorable. Comme si les Français prononçaient la mort de l’ancienne dichotomie, pour la regretter dans le même mouvement. Paradoxe ?

C’est un fait que, depuis au moins vingt ans, les Français, sur des points importants, sont divisés selon des lignes de fracture nouvelles qui ne recoupent pas la séparation droite-gauche. L’Europe divise les deux camps, comme on l’a vu lors du référendum de 2005, tout comme la contestation des élites, qu’on retrouve chez Mélenchon et chez Le Pen, ou encore l’âpre discussion sur la laïcité où s’affrontent dans chaque camp une droite Le Pen et une droite Juppé-Macron, une gauche républicaine raide sur la question et une gauche démocrate tentée par le multiculturalisme. Autrement dit, l’opposition ouverture-fermeture, identité-tolérance, peuple-élites, tend à organiser le débat public, autant que l’ancienne division entre libéraux conservateurs et progressistes socialisants.

Cette évolution ne remplace pas un axe par un autre : elle les cumule. Sur les autres sujets, en effet, l’opposition droite-gauche demeure : la droite classique continue de réclamer un recul de l’Etat et de la fiscalité quand la gauche y est rétive ; la droite se méfie des évolutions sociétales telles que le mariage pour tous ou la PMA, la gauche les réclame ; la droite est hostile à l’immigration, la gauche l’accepte plus volontiers ; la droite admet l’impératif écologique du bout des lèvres, la gauche l’a adopté ; la droite veut l’autorité, la gauche défend avant tout les libertés, etc. Au sein même de La République en marche, mouvement fondé sur le dépassement de l’ancienne opposition, on crée un courant «de gauche». Comme quoi…

La vie politique se retrouve ainsi répartie sur deux axes et non un seul : horizontal entre droite et gauche, vertical entre ouverture et fermeture (c’est-à-dire entre élites et peuple). Macron a choisi le second axe : il symbolise l’ouverture et combat Le Pen, apôtre de la fermeture, tandis que, dans ce scénario, droite et gauche traditionnelles sont éliminées au premier tour. Mais Macron incarne aussi l’élite, opposée au peuple. Or il se trouve que le peuple est majoritaire : la réélection du Président est tout sauf acquise. D’où l’angoisse des Français. Ils prévoient un duel entre deux protagonistes dont ils ne veulent pas, c’est-à-dire, pour la troisième fois, un choix négatif et contraint, avec cette fois le risque majeur de voir Le Pen l’emporter.

Pour surmonter cette aporie, il faudrait que la droite ou la gauche classiques redeviennent des concurrents crédibles. Nous en sommes loin. La gauche est émiettée et sans présidentiable, la droite est plus unie mais réduite à la portion congrue. Les deux années qui viennent auront ainsi des allures de course-poursuite ; droite et gauche vont essayer de se refaire la cerise, tandis que les deux champions de l’ouverture et de la fermeture, du libéralisme de centre droit et du nationalisme extrême, essaieront de rester en tête. Deux ans avant l’échéance, rien n’est joué en principe. Mais les poursuivants partent de loin.

LAURENT JOFFRIN
Publié dans:Politique |on 12 novembre, 2019 |Pas de commentaires »

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